LIVRE lî— CAMILLE i
Allons, l'heure est venue, allons trouver Camille.
Elle me suit partout. Je dormais, seul, tranquille;
Un songe me l'amène, et mon sommeil s'enfuit.
Je la voyais en songe au milieu de la nuit;
Elle allait me cherchant sur sa couche fidèle, ! Et me tendait les bras et m'appelait près d''elle. I Les songes ne sont point capricieux et vains;
Ils ne vont point tromper les esprits des humains.
De l'Olympe souvent un songe est la réponse;
Dans tous ceux des amants la vérité s'annonce.
Quel air suave et frais! le beau ciel! le beau jour!
.Les dieux me le gardaient; il est fait pour l'amour.
Quel charme de trouver la beauté paresseuse, De venir visiter sa couche matineuse.
De venir la surprendre.au moment que ses yeux S'efforcent de s'ouvrir à la clarté des cieux. Douce dans son éclat, et fraîche et reposée, Semblable aux autres fleurs, filles de la rosée! Oh! quand j'arriverai, si, livrée au repos, Ses yeux n'ont point encor secoué les pavots. Oh! je me glisserai vers la plume indolente, Doucement, pas à pas, et ma main caressante Et mes fougueux transports feront à son sommeil Succéder un subit, mais un charmant réveil; Elle reconnaîtra le mortel qui l'adore.
Et mes baisers longtemps empêcheront encore
Sur ses yeux, sur sa bouche empressés de courir, Sa bouche de se plaindre et ses yeux de s'ouvrir.
Mais j'entrevois enfin sa porte souhaitée. Que de bruit! que de chars! quelle foule agitée! Tous vont revoir leurs biens, leurs chimères, leur or, Et moi, tout mon bonheur, Camille, mon trésor. Hier, quand, malgré moi, je quittai son asile. Elle m'a dit : a Pourquoi t'éloigner de Camille? Tu sais bien que je meurs si tu n'es près de moi. » Ma Camille, je viens, j'accours, je suis à toi. Le gardien de tes murs, ce vieillard qui m'admire. M'a vu passer le seuil et s'est mis à sourire. Bon! j'ai su (les amants sont guidés par les dieux) Monter sans nui obstacle, et j'ai fui tous les yeux. Ah! que vois-je?... Pourquoi ma porte accoutumée, Cette porte secrète, est-elle donc fermée? Camille, ouvrez, ouvrez, c'est moi. L'on ne vient pas. CieJ ! elle n'est point seule! On murmure tout bas. Ah! c'est la voix de Lise. Elles parlent ensemble. On se hâte; l'on court; on vient enfin; je tremble. Qu'est-ce donc? A m'ouvrir pourquoi tous ces délais? Pourquoi ces yeux mourants et ces cheveux défaits? Pourquoi cette terreur dont vous semblez frappée? D'où vient que, me voyant. Lise s'est échappée? J'ai cru, prêtant l'oreille, ouïr entre vous deux Des murmures secrets, des pas tumultueux. Pourquoi cette rougeur, cette pâleur subite? Perfide! un autre amant...? Ciel! elle a pris la fuite. Ah! dieux! je suis trahi. Mais je prétends savoir... Lise, Lise, ouvrez-moi, parlez! mais, fol espoir! La digne confidente auprès de sa maîtresse