‹ Œuvres poétiquesChapitre 87 sur 121 · LIVRE II — CAMILLE i6ç · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE i6ç

Lq recevra charmante, et mon heureux amour

Détruira chaque nuit cet ouvrage du jour. > Sa tabis par mes mains sera prête et choisie ; ' L'eau pure de ma main lui sera l'ambroisie. f Seul, c'est moi qui serai partout, à tout moment,

Son esclave fidèle et son fidèle amant. » , Tels étaient mes projets, qu'insensés et volages

Le vent a dissipés parmi de vains nuages!

Ah ! quand d'un long espoir on flatta ses désirs, On n'y renonce point sans peine et sans soupirs. Que de fois je t'ai dit : « Garde d'être inconstante, Le monde entier déteste une parjure amante. Fais-moi plutôt gémir sous des glaives sanglants, Avec le feu plutôt déchire-moi les flancs. » O honte! à deux genoux j'exprimais ces alarmes; dallais couvrant tes pieds de baisers et de larmes. Tu me priais alors de cesser de pleurer; En foule tes sermens venaient me rassurer. Mes craintes t'off'ensaient ; tu n'étais pas de celles Qui font jeu de courir à des flammes nouvelles : Mille sceptres off"erts pour ébranler ta foi, Eùt-ce été rien au prix du bonheur d'être à moi? Avec de tels discours, ah ! tu m'aurais fait croire Aux clartés du soleil dans la nuit la plus noire. Tu pleurais même ; et moi, lent à me défier. J'allais avec le lin dans tes yeux essuyer Ces larmes lentement et malgré toi séchées; Et je baisais ce lin qui les avait touchées. Bien plus, pauvre insensé! j'en rougis : mille fois Ta louange a monté ma lyre avec ma voix. Je voudrais que Vulcain, et l'onde où tout s'oublie, André Chénier. 2t

Eût consumé ces vers témoins de ma folie. La même lyre encor pourrait bien me venger, Perfide! Mais non, non, il faut n'y plus songer. Quoi ! toujours un soupir vers elle me ramène! Allons, haïssons-la, puisqu'elle veut ma haine. Oui, je la hais. Je jure... Eh! serments superflus! N'ai-je pas dit assez que je ne l'aimais plus ?

Je suis né pour l'amour, j'ai connu ses travaux;

Mais certes sans mesure il m'accable de maux.

A porter ce revers mon âme est impuissante.

Eh quoi! beauté divine, incomparable amante.

Je vous perds! Quoi ! par vous nos liens sont rompus!

Vous le voulez; adieu, vous ne me verrez plus:

Du besoin de tromper ma fuite vous délivre.

Je vais, loin de vos yeux, pleurer au lieu de vivre!

Mais vous fûtes toujours l'arbitre de mon sort;

Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort.

Oui, sans mourir, hélas ! on ne perd point vos charmes.

Ah! que n'êtes-vous là pour voir couler mes larmes,

Pour connaître mon cœur, vos fers, vos cruautés,

Tout l'amour qui m'embrase et que vous méritez!

Pourtant que faut-il faire? on dit (dois-je le croire?)

Qu'aisément de vos traits on bannit la mémoire;

Que jusqu'ici vos bras, inconstants et légers ,

Ont reçu mille amants comme moi passagers;

Que l'ennui de vous perdre, où mon âme succombe,

N'a d'aucun malheureux accéléré la tombe.

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