‹ Œuvres poétiquesChapitre 89 sur 121 · AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE · texte numérisé non relu

AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE

Amis, couple chéri, cœurs formés pour le mien. Je suis libre : Camille à mes yeux n''est plus rien : L'éclat de ses yeux noirs n'éblouit plus ma vue. Mais cette liberté sera bientôt perdue.

i66 ELEGIES

Je me connais. Toujours je suis libre et je sers,

Etre libre. pour moi n'est que changer de fers.

Autant que l'univers a de beautés brillantes,

Autant il a d'objets de mes flammes errantes.

Mes amis, sais-je voir d*'un œil indifférent

Ou l'or des blonds cheveux sur l'albâtre courant,

Ou d'un flanc délicat l'élégante noblesse,

Ou d'un luxe poli la savante richesse?

Sais-je persuader à mes rêves flatteurs

Que les yeux les plus doux peuvent être menteurs?

Qu'une bouche où la rose, où le baiser respire,

Peut cacher un serpent à l'ombre d'un sourire?

Que sous les beaux contours d'un sein délicieux

Peut habiter un cœur faux, parjure, odieux?

Peu fait à soupçonner le mal qu'on dissimule,

Dupe de mes regards, à mes désirs crédule,

Elles trouvent mon cœur toujours prêt à s'ouvrir.

Toujours trahi , toujours je me laisse trahir;

Je leur crois des vertus dès que je les vois belles.

Sourd à tous vos conseils, ô mes amis fidèles,

Relevé d'une chute, une chute m'attend;

De Charybde à Scylla toujours vague et flottant.

Et toujours loin du bord jouet de quelque orage,

Je ne sais que périr de naufrage en naufrage.

Ah! je voudrais n'avoir jamais reçu le jour Dans ces vaines cités que tourmente l'amour. Où les jeunes beautés, par une longue étude, Font un art des serments et de l'ingratitude. Heureux loin de ces lieux éclatants et trompeurs, Eh ! qu'il eût mieux valu naître un de ces pasteurs Ignorés dans le sein de leurs Alpes fertiles,

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