I, VI
V1LANELLE d'hYLAS
Sur son inconstance
La belle qui m 'ar restera Beaucoup plus d'honneur en aura.
1 ayme à changer, c'est ma franchise ;
J Et mon humeur m'y va portant.
Mais quoy! si je suis inconstant,
Faut-il pourtant qu'on me méprise ?
Tant s'en faut ! Qui m'arrestera Beaucoup plus d'honneur en aura.
Faire aymer une âme barbare, C'est signe de grande beauté; Et rendre mon cœur arresté, C'est un effect encor plus rare.
Si bien que qui. . . .
Arrester un fais immobile, Qui ne le peut faire aisément ?
Mais arrester un mouvement, C'est chose bien plus difficile.
C'est pourquoy qui. . .
Et pourquoy trouvez-vous estrange Que je change pour avoir mieux ?
11 faudroit bien estre sans yeux, Qui ne voudroit ainsi le change; Mais celle qui
On dira bien que cette belle, Qui rendra mon cœur arresté, Surpassera toute beauté, Me rendant constant et fidelle.
Par ainsi qui
Venez doncques, chères Maistresses,
Qui de beauté voulez le pris,
Arrester mes légers esprits
Par des faveurs et des caresses.
Car celle qui m'arrestera Beaucoup plus d'honneur en aura.
I, vu.
STANCES DE T1RC1S
Sur la mort de Cleon
IJourquoy cacher nos pleurs? Il n'est plus temps
[de feindre Un amour que sa mort découvre par mon dueil. Qui cesse d'espérer, il doit cesser de craindre, Et l'espoir de ma vie est dedans le cercueil.
Elle vivoit en moy, je vivois tout en elle ; Nos esprits, l'un à l'autre estraints de mille nœuds, S'unissoient tellement qu'en leur Amour fidelle Tous les deux n'estoient qu'un, et chacun estoit deux.
Mais sur le poinct qu'Amour, d'un fondement plus
[ferme, Assuroit mes plaisirs, j'ay tout veu renverser : C'est d'autant que mon heur avoit touché le terme Qu'il est permis d'attaindre et non d'outrc-passer
Mais je me trompe, ô Dieux I ma Cleon n'est point
[morte :
Son cœur, pour vivre en moy, ne vivoit plus qu'en soy ; Le corps seul en est mort; et, de contraire sorte, Mon esprit meurt en elle, et le sien vit en moy.
I, vu.
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SONNET d'hYLAS
Sur la douceur d'une amitié
r\uAND ma Bergère parle, ou bien quand elle chante, ^^ Ou que d'un doux clin d'oeil elle éblouyt nos yeux, Amour parle avec elle, et d'un son gratieux Nous ravit par l'oreille, et des yeux nous enchante.
On ne le void point tel, quand cruel il tourmente Les cœurs passionnez de désirs furieux ; Mais bien lors qu'enfantin, il s'en court tout joyeux Dans le sein de sa mère, et mille amours enfante.
Ny jamais se jouant aux vergers de Paphos, Ny prenant au giron des Grâces son repos, Nul ne l'a veu si beau qu'auprès de ma Bergère.
Mais quand il blesse aussi, le doit-on dire Amour? Il l'est quand il se joue et qu'il fait son séjour Dans le sein de Carlis, comme au sein de sa mère.