‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introduction (volume 2)Chapitre 13 sur 50 · Ç4 ŒUVRES POETIQUES CHOISIES · texte numérisé non relu

Ç4 ŒUVRES POETIQUES CHOISIES

Et sans le mériter, — ce que le Ciel desnie Aux désirs infinis d'une Amour infinie?

« Mais — ô foible raison ! — le devoir, dites-vous, Par [ses] lois m'a contrainte. »

Et quel devoir plus fort, et quelle loy plus saincte Sçauroit estre pour nous,

Que la foy si souvent dedans nos mains jurée,

Quand nous nous promettions une Amour, asseurée ?

t [Puisse], me disiez-vous, incontinent seicher

Ma main, comme parjure, Si je manque jamais à ce que je t'asseure

Et si j'ay rien plus cher Ny que dedans mon cœur davantage je prise Que cette affection que ta foy [m'a] promise ! »

O cruel souvenir de mon bon-heur passé,

Sortez de ma mémoire l Helas ! puis que le bien d'une si grande gloire

Est ores effacé, Effacez-vous de mesme : il n'est pas raisonnable Que vous soyez en mo>, qui suis si misérable.

PLAINTE DE CELION

•^utré par la douleur de mortelles atteintes, ^■^ Sans autre reconfort

Que celuy de mes plaintes,

Je souspire à la mort.

Ma défense est, sans plus, l'impossible espérance Mais le glaive acéré Dont le malheur m'offense Est un mal asseuré.

J'espère quelquefois, en ma longue misère, De voir finir mon dueil; Mais quoy? je ne l'espère Sinon dans un cercueil.

Celuy ne doit-il point s'estimer misérable Et les Dieux ennemis, Dont l'espoir favorable En la mort est remis ?

Mais où sont les desseins de ce courage extrême En mon mal résolus?

Mais où suis-je moy-mesme ?

Je ne me connois plus.

Mon âme, en sa douleur, est tellement confuse Que ce qu'ore elle veut Soudain elle refuse Alors qu'elle le peut.

Reduitte en cet estât, elle ne peut connoistre Qu'elle a, ny quelle elle est.

0 ! pourquoi faut-il estre, Lors que tout nous déplaît ?

STANCES DE T1RC1S

Sur une trop prompte mort

i fous qui voyez mes tristes pleurs, "^ Si vous sçaviez de quels mal-heurs

J'ay l'ame atteinte ; Au lieu de condamner mon œil, Vous adjousteriez votre dueil

Avec ma plainte.

Dessous l'horreur d'un noir tombeau, Ce que la terre eut de plus beau

Est mis en cendre.

O destins trop pleins de rigueur !

Pourquoy mon corps comme mon cœur

N'y peut descendre ?

Elle ne fust plustost ça-bas,

Que les Dieux par un prompt trespas

Me l'ont ravie ; Si bien qu'il sembloit seulement

Que pour entrer au monument Elle eust eu vie.

Pourquoy falloit-il tant d'Amour, Si, ressemblant la fleur d'un jour

A peine née, Le Ciel la montroit pour l'oster Et pour nous faire regretter

Sa destinée ?

Comme, à son arbre estant serré, Du tronc mort n'est point séparé

L'heureux lierre, Pour le moins me fut-il permis Vif auprès d'elle d'estre mis

Dessous sa pierre.

Content près d'elle je vivrois Et, si là dedans de la voix

J'avois l'usage, Je benirois d'un tel séjour La Mort, qui m'auroit de l'Amour

Laissé tel gage.

Page 1