CHANSON
Quand Hylas apperceut les yeux De Phillis, sa belle Maistresse :
« Void-on encor telle Déesse Ailleurs, dit-il, que dans les Cieux ? »
Phillis, d'un esclat rougissant (Oyant ces mots) devint plus belle :
« En vain, cette beauté nouvelle Rend, dit-il, vostre œil plus puissant ».
Elle, d'un gracieux sousris Recevant cette flatterie :
« Cessez, luy dit-il, je vous prie ; C'est fait : enfin Hylas est pris ».
• Mais, s'il plaint, dit-elle à l'instant, Sa liberté, qu'il la repreine ». — « Nous estes, dit-il, moins humaine En pardonnant qu'en surmontant ».
Lien trop aymable et trop cher, Dont le captif craint qu'on le lasche ! Heureux Amant 1 puis qu'il te fasche, Quand tu vois qu'on te veut lascher I
II, m.
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SONNET DE CLORIAN
11 parle au vent
Y\ovx Zéphyr, que je vois errer folastrement *-^ Entre les crins aigus de ces plantes hautaines, Et qui, pillant des fleurs les plus douces haleines, Avec ce beau larcin vas tout l'air parfumant ;
Si jamais la pitié te donna mouvement, Oublie en ma faveur icy tes douces peines, Et t'en va dans le sein de ces heureuses plaines Où mon malheur retient tout mon contentement.
Va ; mais porte avec toy les amoureuses plaintes Que parmy ces forests j'ay tristement empraintes, Seul et dernier plaisir entre mes desplaisjrs,
Là, tu pourras trouver sur des lèvres jumelles
Des odeurs et des fleurs plus douces et plus belles :
Mais rapporte-les-moy pour nourrir mes désirs.
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SONNET D'HYLAS
Sermens amoureux
Y\ elle, de mes désirs vous estes le trespas, ^ Et c'est vous toutesfois que seule je désire : J'en jure vos beaux yeux que le Soleil admire, Et j'en jure mon cœur, surpris de vos appas.
J'en jure vos douceurs, qui sont tout mon soûlas, J'en jure vos desdains, qui sont tout mon martyre, J'en jure mes douleurs, tesmoins de vostre empire, J'en jure ces plaisirs, qu'avoir je ne puis pas.
J'en jure les Amours, amoureux de vous mesme J'en jure ces beautez, qui font que l'on vous aime, J'en jure mes espoirs, encor que bien petits.
J'en jure ces désirs que vous me faictes naistre, Bref, j'en jure par vous, sans [qui] je ne veux estre... Encor ne croirez-vous ce que je vous en dis.