STANCES D'ALCIDON
Sur une absence
il É pourquoy, ma mémoire, Maintenant de ma gloire Te veux-tu souvenir, Puis que, par cette absence, J'ay perdu l'espérance D'y pouvoir revenir ?
Dis-tu pas que ma Dame Conserve dans son ame L'espoir de mon retour, Et qu'il faut que de mesme J'espère, si je l'ayme, De la revoir un jour ?
Que comme la pensée D'une peine passée Plaist quand elle revient, Une gloire obtenue De mesme continue Quand on s'en ressouvient ?
Tay-toy, tay-toy, flateuse l En ma fortune heureuse,
Autrefois je me plus ; Mais, ores [l'ayant eue, Le souvenir me tuë Du bien que je n'ay plus.
Et que l'espoir encore De voir ce que j'adore M'apporte guerison :
C'est une flaterie Pleine de tromperie Mais vuide de raison.
Helas ! que l'espérance Sert de peu d'allégeance Contre le mal presant, Et que le mal excède De beaucoup le remède Qu'elle va produisant !
Cesse donc, o Mémoire, Do rappeler la gloire Que je regrette icy :
Tu reblesses mes playes, Alors que tu t'essayes De les guérir ainsy.
III, m.
Slii$f$iililiiiiiiil$l$iili$i$$î