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et avec le roi ; dans le troisième, les interlocuteurs essayent de peindre la « dame de palais » d'une manière conforme au portrait idéal du parfait courtisan ; l'intérêt du quatrième livre est dans l'éloquent exposé que P. Bembo fait de la théorie platonicienne de l'amour, pour décider si le courtisan devenu vieux peut encore aimer. Il est curieux de voir ainsi reparaître les idées platoniciennes dans tous ces livres italiens, qui se, répandirent en France aussitôt après, et y préparèrent la renaissance du plato" nisme. Manuel pratique du courtisan, traité de métaphysique amoureuse, l'ouvrage de Castiglione présentait ainsi un double attrait ; en Italie, il n'eut pas moins de treize éditions en vingt ans ; en France, on le traduisit aussitôt, ce fut la tâche d'écrivains en renom. En 1537, paraissait à Paris chez Vincent Sertenas et Jean Longis une traduction de Jacques Colin d'Auxerre, secrétaire du roi, poète alors très connu et très lié avec Mellin de Saint-Gelais, qui consentit à revoir et corriger cette traduction '.
François I^r se devait à lui-même d'assurer en France le succès de l'œuvre de Castiglione. C'était sur son invitation en effet et pour lui complaire que, de l'aveu même de l'auteur ^, le Courtisan
1 . Le Courtisan \ nouvellement traduid de langue \ yialicque enfrancoys. \ On les vend [a Paris] au Palais en la gallerie près \ la chancellerie en la boutique de lehan Lon- \ gis et de Vincent Sartenas. In-8, 238 fF. Car. goth. Le privilège accordé « à la requeste de plusieurs gens notables » est du II avril 1537 (cf. Catalogue des actes de François I", t. III, p. 299). — Voir La Croix du Maine, II, 115 ; Jacques Colin mourut la même année; sa traduction fut réimprimée, en 1538 a Lyon, par François Juste, et en 1549 à Paris, par Gilles Corrozet. — Brunet indique aussi une traduction, sans lieu ni date, intitulée Les quatre livres du Courtisan du Conte Balthaxar de Castillan. — En 1580, Gabriel Chapuis a donné à Lyon, chez Louis Cloquemin (puis à Paris en 1588), une traduction avec ce titre : Le parfait Courtisan es deux langues respondant par deux colonnes l'une à Vautre. — A la fin du xvii'' siècle, en 1690, paraissait encore à Paris Le patfaict Courtisan et la Dame de cour. Traduction nouvelle de l'italien du comte Balthasar Castiglione [par l'abbé Duhamel].
2. Primitivement, Castiglione avait dédié son œuvre à l'Arioste, et dans 1 epître qui accompagnait la dédicace, il expliquait que François I", dont il faisait les plus grands éloges, lui avait demandé par l'intermédiaire de l'Arioste d'écrire le Courtisan. Cette préface restée manuscrite a été retrouvée par Serassi, qui l'a publiée dans son édition des Lettres de Castiglione (176g, t. I, p. 181-186). Pour des raisons politiques, l'auteur fit disparaître cette préface, et les éditions imprimées portent une dédicace à un prélat espagnol, don Michel de Silva, où François I'"' n'est
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avait été composé. De plus, à plusieurs reprises, Castiglione avait mis dans la bouche des interlocuteurs du dialogue un éloge enthousiaste de Monseigneur d'Angoulême (le futur François 1er), d'Anne de Bretagne, de la cour de France et des Français eux-mêmes. Si Castiglione reprochait à la nation française de ne pas honorer les lettres, il exprimait en même temps l'espoir que l'avènement du duc d'Angoulême serait le signal d'une renaissance littéraire en France. Ces éloges donnaient la vraie signification d'un ouvrage où les seigneurs et les grandes dames de France avaient plus à apprendre que la noblesse italienne, puisque, en réalité, le Courtisan était avant tout le code du gentilhomme accompli, tracé d'après le modèle des cours italiennes à l'usage de la noblesse française. Composé à la demande de François ler, c'est sans doute aussi sur son ordre qu'il fut traduit.
Le succès du Courtisan fut très grand en France '. L'ouvrage était riche en aperçus de toutes sortes : la forme même du dialogue, qui laisse le plus souvent les questions sans solution, offrait une matière aux discussions. Par exemple, le Courtisan n'était qu'une longue apologie de la vie de cour ; des moralistes austères lui opposèrent aussitôt le Mespris de Cour de l'espagnol Guevara ; et chose curieuse, la traduction qu'Alaigre en donna en 1543 fut réimprimée plusieurs fois avec la Parfaicte Amye.
plu? même nommé. — Mais ici se pose un petit problème bibliographique : comment se fait-il que daus la traduction française publiée en 1537 par Jehan Longis^ chacun des livres de l'ouvrage soit précédé de la mention « à messire Alphonse Arioste » ? Cette traduction a sans doute été faite, non sur la première édition italienne, mais sur un manuscrit, qui portait la trace de la dédicace primitive.
I. « Savoir le courtisan » était devenu une expression proverbiale (voir la 70' nouvelle de Bon. Despériers). La Boétie, ayant reçu d'une dame un exemplaire du Courtisan, s'écrie (sonnet xii, édit. P. Bonnefon, p. 275) :
O livre bienheureux, mon Maron, mon Horace, Mon Homer, mon Pindar, ce semble, te font place ; Meshuy d'estre immortel tu te peus bien venter...
En France même, on réimprima le texte italien (par exemple à Lyon, en 1562, chez Guillaume Roville). C'est sans doute la vogue de cet ouvrage qui inspira à J. du Bellay le titre même de sa fameuse pièce le Poète courtisan, et à d'autres poètes les titres du Médecin courtisan, du Courtisan retiré, etc.