PRÉAMBULE AUX LECTEURS
« Entre les livres Italiens bien inventés et mieulx estimés de ceulx qui cognoissent, nous tenons le Courtisant pour le plus excellent aucteur et le moins digne de estre ignoré, pource qu'en ce livre, qu'on ne scauroit assez louer, cinq ou six gentilz homes, desquelz verres cy après les noms, disputent en la présence de la duchesse d'Urbain premièrement des vertus et grâces nécessaires à celluy qui s'ose venter d' estre bon courtisan; lequel traicté je vous eusse rendu en francois sans l'espérance que j'ay de le veoir en brief translaté par home scavant en l'une et l'autre langue. Une chose je veulx que saches actendant le comande-
I. Cette traduction partielle est, selon moi, un fragment de l'ébauche dont Jacques Colin avait confié la revision à Mellin de Saint-Gelais ; le manuscrit contient en effet plusieurs pièces de Jacques Colin.
XXIV NOTICE BIOGRAPHiaUE
ment du Roy, sans lequel ce livre ne vous peult estre communiqué : c'est le propos, qui fut commencé par la ducesse d'Urbain, de ce qu'il convient faire à une dame de qualité ; laquelle elle ne voulut nommer courtisane, pour ce qu'ainsy s'appellent en Italie celles qui plus ont leur plaisir en recommandation. Et à celle fin que ne tumbes quelquefois en difficulté par ignorance des noms estranges et de la disputation la faicte, dont cest article est dépendant, je vous advertiray de la bonne et honnorable coustume qu'ilz ont en pais d'Italie. Car non la comme icy est permis en compagnie de duchesse, marquise ou comtesse parler chascun particulièrement à celle que plus ilz ayment, mais en commun raisonne qui veult, et respond qui scait respondre, et sont les choses souvent tellement debatues et avec si bonne audience que les espritz se monstrent myeulx que les corps, desquelz ilz ne font grand estime, s'ilz ne les veoient accompagnés de scavoir. Et est défendu de interrompre, de troubler celle qui sagement parle. Et n'est estimé maulvaise grâce de se taire à celle qui ha plus besoin d'apprendre que d'enseigner.
« Et supposes doncques les grâces du bon courtisan avoir esté suffisamment declareez ; sur l'instruction que l'on donnoit à la dame de cour ou de palais la duchesse demanda s'il estoit possible que celle dame se peult garder d'aymer. » (Vient ensuite la traduction qui correspond au f. 50 ro de l'édition de Jehan Lpngis et se continue jusqu'à la fin du 3e livre.)
Cette curieuse préface nous indique que les contemporains trouvaient un intérêt particulier au chapitre consacré à la « dame de cour », comme dit le traducteur. Le passage qui était traduit en prose, La Borderie allait le mettre et l'interpréter en vers. Le titre même VAniie de Court trahit l'embarras, que Jacques Colin avoue, et rappelle celui que le traducteur avait d'abord indiqué.
L'Amie de Court de La Borderie ' s'annonce comme une pro-
I. Sur La Borderie, les renseignements font à peu près défaut. La Croix du Maine et Du Verdier n en parlent pas ; la notice de Goujet, t. XI, p. 148, est insignifiante. — Il naquit en Normandie en 1507, si l'on s'en rapporte à la médiocre autorité de Fr. Godefroy {Litt. franc. XVI' siècle, Paris, 1878, p. 450). D'après deux documents relatés dans