‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introductionChapitre 18 sur 89 · NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIX · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIX

heureuse influence sur l'esprit et le cœur de l'homme. Héroet laisse entendre (v. 22) qu'il avait d'abord intitulé son nouveau poème Perfection d'amour ; il adopta le titre de la Parfaicte Amye, sans doute pour l'opposer plus clairement à l'œuvre de La Borderie '. Le début rappelle en effet presque mot pour mot le début de VAmie de Court ; dans le premier livre, Héroet reprend en détail les déclarations de 1' « amie de court », en faisant honneur à son héroïne de sentiments tout opposés. La « parfaicte amye » affecte de ne pas nommer son ennemie ; cette marque de dédain lui semble imposée par le sentiment de sa dignité, c'est une convenance morale de plus qui s'ajoute au piquant attrait des allusions. Curieux mélange de naïveté et de malice, de dialectique et d'inspiration, ce premier livre fut peut-être la partie la plus goûtée de l'ouvrage ; mais aussi dans tout le poème, éloquente apologie de l'amour idéal, quelle délicatesse et quelle grandeur ! Héroet donna à sa réplique la même forme que La Borderie avait donnée à son œuvre. D'ailleurs, le monologue sentimental et en particulier la « complainte » étaient fort à la mode. La Fiammetta de Boccace, qui depuis longtemps était le modèle de ce genre et en était toujours le chef-d'œuvre, obtenait précisément alors un regain de succès *. Par la beauté de l'ensemble et la précision de l'analyse, la Parfaicte Amye méritait d'être comparée à l'œuvre de Boccace. Combien était pourtant différent l'amour des deux héroïnes ! Fiammette fait entendre les

1. C'était aussi peut-être une flatterie à l'adresse de François I", qui aimait à signer ses poésies « le parfait des amans ».

2. Fiammette. \ Complainte des tristes amours \ de Fiammette à son amy Pamphile, \ translatée d' italien en vulgaire françoys | On les vend à Lyon par Claude Nourry, \ dict Le Prince, prés Nostre Dame de Confort [1552]. — Autres édit. chez François Juste, à Lyon, et chez Jehan Longis, à Paris (cette dernière imprimée par Anth. Bonnemere). — En même temps, Maurice Scève traduit la Dephurahle fin de Flamete, élégante invention de lehan de Florès...; cette traduction parait en 1535 à Lyon, chez François Juste, et en 1536a Paris, chez Denys Janot. — Sur le succès de cette histoire d'amour vers 1535, voir aussi Cl. Marot, épître xliv ou 2' épître « du Coq à l'Asne », à Lyon Jamet :

Or çà, le livre de Fiammette,

Tout cela est bonne doctrine.

Et n'y a rien de defFendu.

(Édit. P. Jannet, t. I, p. 224).

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