NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXIII
Que vraye amour n'ayt esté reciprocquc.
En prétendant repousser tout romanesque et toute fiction, Héroet définit avec justesse l'originalité de son œuvre dans la littérature amoureuse de l'époque.
La valeur littéraire et morale de la Parfaicte Amye dépasse de beaucoup l'intérêt des événements dans lesquels elle s'encadre ; mais ne fût-ce que pour marquer l'influence de cette œuvre, il importe d'indiquer brièvement les derniers épisodes de la querelle.
Les choses tournèrent à la confusion de La Borderie ; ses amis mêmes l'abandonnèrent. Charles Fontaine, qui avait trouvé en Héroet un allié si précieux, gagna à la cause Mellin de Saint-Gelais ^ et Guillaume des Autels * ; c'est aussi à Ch. Fontaine que « raaistre Paul Angier » présenta, comme nous le verrons plus loin, la défense de VAmie de Court. En 1543, parurent ' en même temps les protestations de plusieurs poètes : c'était le Nouvel Amour d'Almaque Papillon, valet de chambre de François I^r et ami de Cl. Marot ; c'étaient des dizains de Charles de Sainte-Marthe, et une épître a abhorrant folle amour » de Cl. Marot lui-même. Le petit poème de Papillon encadre
1. Voir dans l'édit. Blanchemain, t. II, p. 59, le huitain de Saint- Gelais à Ch. Fontaine.
2. Voir dans les Ruisseaux de Fontaine son épître écrite, sous le pseudonyme de G. Teshault, à Ch. Fontaine.
j. Ces petites pièces parurent à la suite des Questions problématiques du pourqnoy d'amours, nouvellement traduict d'italien en langage françois par Nicolas Leonique {Thomé), poète françois, avec un petit livre contenant le Nouvel Amour intenté par le seigneur Papillon et une epistre abhorrant fol amour par Clément Marot, aussi plusieurs dixains à ce propos de Saincte Marthe. Paris, Alain Lotrian, mdxliii (voir La Croix du Maine, I, 214, — Brunet, III, 987, — et CataJ. Rothschild, I, 545, n° 806).
La même année paraissait à Rouen Le Nouvel \ Amour invente par le \ Seigneur Papillon. \ fl Item une Epistre en ab- | horrant folle Amour, par j Clément Marot, varlet de \ chambre du Roy. | fl Item plusieurs Dizains à ce propos de S. Marthe. | On les vend, chei Nicolas de Barges, \ demeurant près le neuf marché, devant | le pèlerin. 22 ff. n. ch. Sign. A-C4.
L'avis de l'imprimeur qui est au v° du titre est copié de l'épitre
d' « Estienne Dolet au Lecteur » qui se trouve dans l'édit. de Y Amye de
Court, Lyon, 1542. — Le volume se termine au f. 24 V par les mots :
Finist le Livre Damours
Tout en espoir.
Ce volume se trouve à la Bibl. royale de Stuttgart.
XXXIV NOTICE BIOGRAPHiaUE
dans l'éloge des amours du roi l'histoire allégorique d'une querelle que l'Amour a suscitée à Vénus, sa mère. L'Amour s'est aperçu que les plaintes et les malédictions proférées par les hommes contre lui venaient des maux que Vénus mêle aux passions qu'il fait naître : il veut s'affranchir de la tutelle de sa mère ; désormais il sera plus clairvoyant et tout-puissant. Vénus indignée réplique que sans elle le monde périrait, et menace l'Amour de lui rogner les ailes. Jupiter intervient; naturellement, il prend le parti de Vénus et il réussit à réconcilier l'Amour avec sa mère ; s'ils se séparaient,
le tout si mal iroit due peu à peu le monde periroit.
Quant au chaste amour du roi et de la dame « tant exquise », il n'est pas l'œuvre de Cupidon, c'est Jupiter lui-même qui l'a permis,
Car ce feu là dedans eulx espandu.
C'est un sainct feu d'icy haut descendu.
Par cette flatterie, Papillon indiquait clairement au roi qu'il pouvait se prononcer en faveur du chaste amour, sans sacrifier sa nouvelle passion. Sous le nom du « parfaict des amans », le roi avait rimé à maintes reprises la définition de l'amour « la plus vraye et non faincte ' » ; de tels vers étaient un engagement. Clément Marot se prononça moins par conviction sans doute que par tradition de famille, pour suivre l'exemple de son père ^, et par égard pour ses amis. Il ne pouvait pas oublier qu'il avait été soutenu par Ch. Fontaine dans sa lutte contre Sagon, et qu'il avait invoqué aussi l'amitié d'Héroet. D'autre part, c'était La Borderie, son « mignon », qui avait eu l'imprudence de s'attirer cette méchante affaire. Mais Marot ne nomme pas La Borderie, et ce n'est pas non plus à Ch. Fontaine, l'auteur de la Contr' Aniye et l'un des promoteurs de la querelle, qu'il adresse son épître, c'est à Papillon. D'ailleurs, cette épître « abhorrant folle amour »