Edit. Marty-Laveaux, 1. 1, p
NOTICE BIOGRAPHIQjCJE XXXIX
A qui jadis dedans la bouche Les abeilles alloient formant Le miel, lors qu'il estoit dormant Encor enfant, dedans sa couche...
La Pléiade était née sous les auspices de la renaissance platonicienne ; à ce moment, les Dialogues d'amour de Léon Hebrieu sont à la mode, comme quelques années plus tôt le Courtisan de Castiglione. L'influence de Pétrarque persiste, et du Bellay consacre ses premiers sonnets à chanter l'amour idéal. Pour la même raison, Héroet devait mériter les éloges de Pontus de Tyard, qui a commencé par traduire les dialogues platoniciens de Léon Hebrieu et qui, dans les Erreurs Amoureuses % se montre pénétré du platonisme régnant.
D'une façon plus générale, Héroet méritait la reconnaissance des novateurs pour avoir élevé la poésie au-dessus des sujets vulgaires et pour avoir révélé les vraies sources de l'inspiration poétique. A ce titre surtout, du Bellay pouvait l'appeler un « Orphée » : car il avait orienté les poètes vers l'étude de l'antiquité ; il leur avait donné le modèle d'une poésie savante, où l'on trouvait le reflet de la pensée et de l'imagination antiques. Comme on se sent loin, quand on lit la Parfaicte Amye, du badinage galant ou des facéties libertines de Saint-Gelais ! Si la muse de Marot s'élève parfois aux pensées graves, c'est par échappées ; mais d'ordinaire elle se contente d'être souriante et spirituelle ; la muse d'Héroet a pour elle le sérieux et la noblesse.
C'est seulement sur la forme de la poésie d'Héroet que la Pléiade a fait des réserves. Dans la Deffenceet Illustration (1549), du Bellay cite Marot et Héroet comme deux poètes qu'on se plaît à imiter, et la critique se mêle discrètement à l'éloge ^ ; plus loin, la critique se précise, mais c'est par une allusion élogieuse
1. Sur Héroet, voir à la suite des Erreurs Amoureuses (iSSi) le Cbant en faveur de quelques excellens poètes de ce teins :
Voyez encores l'Amour Q.ui héroïquement parle Souz Héroet...