‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introductionChapitre 55 sur 89 · I. Cf. l'Amie de court (y. 89, p · texte numérisé non relu

I. Cf. l'Amie de court (y. 89, p

Sur les quinze ans, le corps plaisant à veoir Fut consummé et l'esprit de scavoir, Tant que devint ma grand' perfection Le seul object de mainte affection, Gaignant les cueurs d'une grand' multitude De serviteurs, qui mettent leur estude Chascun pour soy d'avoir ma bonne grâce. Je retiens tout et personne ne chasse, Fondant ma gloire et louenge estimée.

Sans aymer nul, estre de touts aymée ; Qui est le poinct de mon enseignement.

Voir au contraire la Parfaicte Ainye (v. 488), et, en note, les citations du Courtisan de Castiglione ; Héroet reproduit exactement les idées et même les expressions de Gistiglione, mais il élargit la doctrine et en fait un principe de vertu pour toutes les femmes, et non simplement pour les dames de la cour.

485 Si le changer lui plaist, il changera,

Et variant, de moy ne bougera.

Ce que je dys, ce n'est point fiction ;

D'amy parfaict vient ma parfection '.

Quand vous voirrez une amye laissée, 490 Ne la blasmez que de s'estre addressée

Aux ignorants : car de telle ignorance

Ne peult partir ny amour ny fiance.

Sans vraye amour, sans foy, et sans scavoir.

Rien ne se peult attaindre ny avoir ; 495 Ou si on l'a, ce qui doibt contenter,

Se tournera prest à vous tourmenter.

Avec amour et scavoir increable

Qu'a mon amy, qui n'a poinct de semblable,

Il a cherché et trouvé que j'abonde 500 Seulle des biens, qu'a la reste du monde.

Bien demandant, me faict si bien respondre,

487. dy PTBM5-M6 ; n'est pas a — 489. verrez O a — 492. peult sortir a — 493. vray a ; scavoir D* — 494. attendre a — 496. près M — 497. scavoir D * — 499. que je a — 500. Seule b ; de biens B.

I. Au contraire l'Amie de Court se sent capable de former et « domestiquer » son mari, quelles que soient ses imperfections (voir t. 793, p. 32) :

. . . s'il est lourd, assez me sens subtile

Pour le changer en peu de temps habile.

S'il est haultain, cruel, audacieux.

Ma douleur peult le rendre gracieux...

h' Amie de Court n'est occupée et ne nous occupe que d'elle ; elle vante sa beauté, sa force d'âme, ses talents ; c'est au contraire aux mérites de son ami que la Parfaicte Amye revient toujours ; elle lui rapporte même ce qu'il y a de meilleur en elle (voir v. 475). Elle a suivi le conseil donné par Castiglione, Courtisan, f. 154 v" : « A une telle femme je ne scauroye adjoindre aucune chose, sinon qu'elle fust aymee d'ung si excellent courtisan..., et qu'elle l'aymast aussi, affin que l'ung et l'autre eust totallement sa perfection... », et f. r 5 5 v° : « Si la beauté, les conditions, l'esperit, la bonté, le scavoir, la modération et tant d'autres vertueuses qualitéz que nous avons données à ceste femme sont cause de l'amour du courtisan envers elle, par nécessité la fin de ceste amour sera pareillement vertueuse. »

Que j'ay grand' peur de ses raisons confondre,

Quand son amour il compare à la mienne,

Qui est la paix d'une guerre ancienne, 505 Et d'ung débat que souvent démenons ;

C'est la campaigne ou noz cueurs proumenons,

Ou j'ay gaigné, si j'ay esté deceue, [23]

Ou je vaincray, si j'ay esté vaincue.

Voila comment j'ay vescu en présence ; 510 Si je vous rends compte de son absence,

Venter me puis n'avoir oncques pensé

Rien, faict, ou dict, dont il fust offensé.

S'il avoit sceu, lors trop saincte est ma vie,

Et trop me vient de le revoir envie.

SIS Si ung mary ou allié j'escoute.

Il scayt combien la parolle me couste

En respondant. Et pensant à celluy

Que je soubhaitte en la place de luy.

S'il parle bien, il lira dans mes yeulx 520 Que mon amy diroit encores mieulx.

Et s'il faict mal, j'ay le cueur tout transi

De n'oser dire : il ne faict pas ainsi.

Tout me desplaist et à touts veulx desplaire ;

Je n'ay besoing ny vouloir de me faire 525 Aymer, priser, et gaigner le support

De qui peult faire à mon amy rapport.

Comme feroit quelcque mal' asseurée.

Qui, pour donner à son amour durée.

Ou bien couleur à sa legieretté 530 A tout le monde esgallement traicté.

506. compaigne PM7 a (corr. compaignie) a, compaignie B — 508. este D' ; quant je seray vaincue a — 509. Voyla D» — 511. Me puis vanter a — 512. faict ne dit a — 513 et $14. rayés d'un trait a — 514. la M$-M7 — 515, mari D» — 516. sçayt D* — 520. dira a; encore M* M7 — 521. Et si a — 523. tous TBMs — 529. légèreté M7, ligereté a.

Faignant qu'il fault les faveurs mandier

De touts, qui veult à ung se dédier ',

Et qu'ung amy l'on garde seurement

Quand d'aultre voit suivy son jugement.

S3S Ha pauvre amour! Si soubs la couverture [24]

Femmes ont faict à leurs amys injure,

Si ta douleur ne fut oncques amere,

Si je t'ay plus adoré que ta mère,

Ne souffre pas que mon amy mesure 540 Ma grâce aux dicts de ceulx qui n'en ont cure,

Mon amytié me sembleroit pollue.

Si je voulois, ou si j'estois voulue

D'aultre personne. Et si ne suis aymée

De luy, qu'aultant que je suis estimée 54$ Des estrangiers, je seray mal venue ;

Car je n'en suis ne veulx estre congneue.

Je n'attens d'eulx louange ne diffame,

Ny nom d'amye, à grand'peine de femme.

Si grâce j'ay, j'en veulx estre louée S 50 De celluy seul à qui je l'ay vouée

Pour le revoir, qui au partir me tarde :

Si j'ay en moi rien de bon, je luy garde. Là mes doulceurs sont toutes employées,

Mes grâces là sont toutes desployées ;

531. Faingnant MS-M7 ; mendier D» — 532. soy dédier P — 533. que ung a — 534. d'autre avoit PTM, d'aultre avoir B, d'autres veoit a — 53"). paoure D* — 537. doukeur a; ne [ne] T — 539. seufFre PTB; ami D' — 540. aulx D» ; qui en a — 545. estrangers M5 b, estranges (corr. estrangiers) a — 546. ne suis ny a, nen suis ny b; congnue TB — 547. n'attends b;ny a b — 548. peyne b — 550. celuy b — 551. retour b ; a TBM — 552. Si ay (corr. si j'ay) a — 553. employés a, employez b — 554. La mes trésors ouvers et desployes a b {b écrit desployez).

I. C'est exactement ce que fait l'Amie de Court (voir la citation au V. 256).

555 Ma pleume n'ose au paradis entrer,

Sans le reveoir présent, ou rencontrer.

Ce que j'en sçay, je ne le veulx redire ; Car le disant, je pourrois trop induire A vouloir suyvre amour, qui ne permect

560 Qu'on le retienne en lieu, s'il ne s'y mect; Et qui l'y tient, son feu luy cuict et deult.

Dames, croyez qu'il n'ayme pas, qui veult. Plusieurs ont dict leur amoureux désirs [25]

Qui oncq amour n'eurent ny ses plaisirs.

56s Je les ay touts ; et si n'en diray qu'ung.

Qui est bien rare et vous semble commun.

Quand deux esprits au ciel devant liés, Puis recongneus en terre, et r'alliés.

Trouvent les corps propices, et les sens

570 Touts attentifz, serfz, et obéissants, De mutuelle et telle affection, L'ung a de l'aultre une fruition, Ung aise grand', certain contentement.

Qui n'est congneu que de l'entendement.

575 De quel plaisir ces deux là sont munys. En se voyant en divers corps unis ?

Comme chascun de touts ses maulx délivre De la liqueur desyrée s'en yvre.

Quelle senteur, quel goust a l'Ambrosie,

lîSo Dont on arrouse ainsi sa fantasie ?

Combien que tout soit à l'amour possible,

555. plume TB M4-M8 ; noze b — 556. revoir D»TB; Que le reveoir présente a b — 558. pourroys a b; réduire (corr. induire) a, induyre b — 5 59. voulloir suivre b — 560. si nea b — 561. cuist T — 562. Dame b ; croiez D» ; qui n'ayme a b — 565. on D » O, onc b; leurs MS-M7 — 565. tous b — 566. nous D* — 567. Quant b; lyez b — 568. rallyez b — 570. Tous actentifz b; obeissans b — 572. L'un b; l'autre b ; fruiction b

— 573. Une a b — 576. Quant il se verrient (corr. verroient) a. Quant ilz se veoient b ; ce DPM4-M8, se TBOM'-M? ; unyz b — [577. deslivre b

— 578. désirée TB t — 579. à D' ; l'ambroisye b — 580. fantaisie b.

Si seroit-il, ce me semble, indicible.

Bien vous diray ce que j'en imagine.

Geste union est fureur tresdivine, )8s Dont les esprits quelcque foys agités

Sentent l'odeur de tant de deités,

Que revenuz de ce ravissement

Laissent au corps ung esbahissement,

Comme si l'heur à jamais fust perdu 590 Qu'on leur avoit pour peu d'heure rendu.

Ne demandez quel heur : car qui l'a heu, [26]

Oncques depuis redire ne l'a sceu '.

•» Or s'il advient quelque foys en la vie

Que, Tame estant en tel estât ravie, 595 Les corps voisins comme morts délaissés.

D'amour et non d'aultre chose pressés,

Sans y penser se mettent à leur ayse.

Que la main touche, ou que la bouche baise *,

Cela n'est pas pour deshonneur compté ; )oo C'est ung instinct de naifve bonté.

Si, ce pendant que les maistres jouyssent,

582. se b; indeciblea — 583. ymagine b — 585. quelques a, quelque b; agitez b — 586. deitez b — 588. Laissant P ; esbayssement D» — 589. feust b — 590. avoit peu TBM', avoit en peu M'-M* — 591. eu ^ — 59J. quelcque D* ; ma vie M* — 594. ravye b — 595. voysins D^ ; mors délaissez b — 596. dautre chose pressez b — 597, semectent a leur aise b.

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