‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introductionChapitre 56 sur 89 · Voir la Parf. Amye, v. 926 et suiv · texte numérisé non relu

Voir la Parf. Amye, v. 926 et suiv

2. Au contraire, l'Amie de Court qui résume son enseignement dans cette formule :

Sans aymer nul, estre de touts aymee, prétend rester toujours maîtresse de ses sens (v. 605, p. 26) :

Rien ne nie sert tant que la congnoissance

Que j'ay de moy, qui me donne puissance

De refréner toute envie soubdainc.

D'endurer soif au pied d'une [de la édit. 1^4}] fontaine. En revanche, elle accorde de singulières privautés.

Tièroet. j

Les corps qui sont serviteurs s'esjouyssent ' ;

Et quand des deux la jouyssance advient,

Prins le plaisir, plus ne leur en souvient. 605 Ny les esprits scauroyent estre records

De ce qu'ont faict en absence les corps ;

Ny le corps scait, ny langue signifie

L'heur, qui l'esprit en terre déifie.

Voyla comment jamais on ne doibt croyre 610 Celluy qui se mect à venter sa gloire ^ ;

Car si d'amour eust prins la jouyssance,

Il n'en auroit scavoir, ny soubvenance.

Et de ma part je vous puis asseurer

Que j'ayme bien, et n'oserois jurer 615 D'aulcun plaisir, qu'en amour ay repceu.

J'oublie aussi tout ce que j'en ay sceu,

Fors que l'amy qui seul me faict avoir,

Comme il luy plaist, oubliance et sçavoir. Pour luy j'ay heu ce plaisir indicible, 620 Pour luy feray plus qu'il ne m'est possible. [27]

602. s'esjouissent b — 605. quant T b; jouissance b — 605. scauroyent D* ; recors b — 607. sçait D '; signiffie b — 608. que M4-M8 — 609. croire b — 610. Celuy b; a se venter a b — 611. jouissance b — 612. savoir b; souvenance TB b — 614. n'ozeroys b — 615. D'aucun fc; j'ay b; receu TB b — 616. J'oublye ainsi b — 617, fait b — 618. obliance P; savoir b — 619. Par b; eu b.

1. L'idée paraît hardie, mais il ne faut pas y voir une concession faite aux esprits vulgaires ; dans le Courtisan de Castiglione, un personnage considérable, Pierre Bembo, développe l'idée et lui donne une interprétation platonicienne; il admet qu'il y a « des mesmes choses qui se doyvent quelque foys refuser à 1 amour sensuelle et bailler à la raisonnable... ; oultre luy toucher la main [à son ami], la femme peut aller jusques au baiser, ce qui par les reigles du Seigneur Magnifique n'est pas licite en l'amour sensuelle... Tous chastes amoureux désirent le baiser comme assemblement d'âme dont le divinement amoureux Platon dit que, en baisant, l'âme luy vint aux lèvres pour sortir du corps... » (f. 229 v°). Tel est aussi le sens que donne Héroet à tout ce passage.

2. Allusion directe à VArnie de Court (voir p. 10, n. i et p. 28, n. i).

Si devant luy je meurs, je reviendray, Je luy promets et croy que luy tiendray. S'il meurt premier et ne veult revenir, Si de douleur la mort peult advenir, 625 Bien tost après je l'accompaigneray.

Si non, je sçay comment je languiray.

Dames, oyez : j'ay de vous dire envye. Apres sa mort quelle ^eroit ma vie ».

621. davant a — 622. promectz b — 624. douUeur b — 628. vye b.

I. UAmie de Court et le premier livre de la Parfaicte Amye se terminent de même par l'idée de l'inévitable séparation. L'amour que rêve l'héroïne de La Borderie sera heureux et durable, « tant arresté

Que dedans nous il fera sa demeure Jusques à tant que l'ung ou l'aultre meure, Accompaignant les immortelz espritz.

Tant que le ciel les ayt en soy repris (p. 55).

Mais l'idée qui sert à La Borderie de conclusion sert ici à Héroet de transition : les développements suivants achèveront d'opposer à l'amour très positif de Y Amie de Court l'amour très pur et très détaché des jouissances terrestres de la Parfaicte Amye.

DE LA

Dieux, destournez tout malheureux présage, 650 Et ne souffrez qu'on m'estime si sage Que de parler de fortune incongneue, Affin qu'après elle estant advenue.

Soit ma foyblesse et forte et ramparée Contre le mal que j'auroys, séparée 635 D'ung tel amy '. Combien qu'une sagette,

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