I. Voir la note au v
1485 Je me desdis des faictz que je promects.
Apres sa mort, il ne mourra jamais
Que je ne sois incontinent sa morte,
Et touts amants seront de ceste sorte ;
Ainsi vivants, nul mal n'endureront, 1490 Et après mort et mourant aymeront.
Ne craignez point, comme d'aulcuns devisent,
Que ce pendant qu'amants se favorisent.
Ayant l'esprit en ung bien arresté.
Souffrent le mal yssu de pauvreté.
1495 Celle qui ayme est riche à suffisance.
Elle a tousjours de son bien jouyssance ;
Ambition ne la scauroit tenir, [58]
Ny avarice aultre circonvenir.
Son vray Royaulme et ses possessions 1500 Sont d'amytié les méditations.
Dont ne vouldroit avoir changé les pires
Aux Empereurs ny à touts leurs Empires ;
Et s'en fault tant qu'amants, qui se contentent,
Le mal venant de pauvreté ne sentent, 1505 Qu'il n'est remède au monde, ny science,
Que bien aymer pour fuyr indigence.
Je n'escris point mille aultres maléfices,
Que serviteurs pleurent en leurs services.
Ne recevez, Dames, aulcune craincte, ijro Quand vous oyez des doloreux la plaincte.
Touts les escripts et larmoyants autheurs.
Tout le Petrarcque et ses imitateurs,
Qui de souspirs et de froydes querelles
Remplissent l'air en parlant aux estoilles,
1487. ne omis OM' M^ M4 M»; soys D' — 1488. tous TB — 1489. n'omis M*-M8 — 1490. morant P, mourans O — 1491- craingnez M5
— 1494. paovreté D'B — 1497. le O; scauroit D* — 1502. tous TB
— 1504. paovreté B, povreté O — 1505. n'y D* — 1507. escriptz B — 1510. douloreux B, douloureux M 5 — 1511. espritz B.
1)1) Ne facent point soupsonner qu'à aymer
Entre le doulx il y ayt de l'amer '.
Quant vous voyez ces serviteurs qui meurent
Et en priant hors d'alaine demeurent,
Evitez les comme maies odeurs, 1520 Fuyez ces sots et lourds persuadeurs,
Pour vous tirer qui n'ont point d'aultre aymant
Que compter maulx, qu'ilz souffrent en aymant.
En telz fascheux et forgeurs de complainctes
Ne trouverez que mensonges et fainctes.
1^2) Ung vray amant en comptant ses désirs
Proposera mille nouveaulx plaisirs, [59]
Aura tant d'ayse et d'heur à scavoir dire
Comme il osa penser ce qu'il désire,
Monstrera tant de joye en bien disant 1530 Ce qui luy est nécessaire et duisant.
Qu'impossible est que dame s'en offense.
Et que bien tost après elle ne pense,
Puis qu'il y a tant d'ayse à demander,
Qu'elle en auroit plus à luy commander, IS3 5 Puis que plaisir a de l'ouyr compter,
Qu'elle en auroit plus à le contenter.
1515. souspeçonner M5-M7 — 15 16. les [lé] toutes édit.saufD — 1521. Aymant D* — 1524. feinctes PO — 1527. sçavoir D* — 1528. ose B.
I. Antithèse fréquente alors. Voir Rondeaux et autres poésies du xV siècle, publiés par G. Raynaud, p. 21 :
C'est mon bien de l'ouïr nommer.
C'est ma doulceur sans nul amer.
Giviceo, Peregrin, f. 57 v° : « Q.ue dois-je faire ? Doulx et amer, je souffre. » Marguerite de Navarre, Dernières Poésies, édit. Lefranc, p. m :
Mon âme périr et noier
Oh I puisse en ceste doulce mer
D'amour, où n'y a point d'amer...
Cf. Héroet, Poésies diverses, v, 237 et vu, 2.
Ainsi, su5rvant ce que j'ay recité,
Y a tousjours grande félicité.
D'où viennent doncq les fables et histoires 1540 Pleines de morts et de malheurs notoires,
Qui sont jadis pour aymer advenuz
A ceulx qu'on a loyaulx amantz tenuz ? Je vous diray. Bien peu de gens sont nés
A s'entreaymer : aultres infortunés Ï545 Qui n'ont vouloir, cueur, ny affection,
Par entreprinse et imitation,
Pour ce qu'on dict qu'il n'est rien qui façonne
Myeulx ne plus tost une jeune personne.
Sans jugement, sans veoir ou ilz se mettent, 1S50 Touts à meiner ce pauvre amour se jectent.
Le feu qui lors les transporte et consume,
Illégitime et sorty de coustume.
En jouyssant les rend non satisfaicts.
Les faict crainctifs et jaloux de leurs faicts, 1555 Les faict pleurer et plaindre incessamment. [60]
Puis, mal contents de leur contentement,
Veulent changer et quelcques foys blasmer ;
Vous les voirrez nostre amour blasphémer.
Compter et mettre en ligne de service 1560 Ce qu'ilz ont deu prendre pour exercice,
Ung proumener, une course de lance,
Voyages faicts en poste ou diligence.
Les desplaisants plaisirs par eulx receuz,
Et les faveurs de qui les a deceuz 1565 Hz compteront à aultres damoyselles.
1539. vient B; doncq' D» — 1542. aymants T, aymans O — IS44s'entraymer M — iS47- façonne D' — 1548. Mieulx D» — 1550. mener TBOMS ; poavre D», paouvre TB, povre O, paovre M* — iSS4- crainctifz D* — 1555. plorer PM*M7, plourer O — 15 57- quelquefois TBM5- M* — iSS8. voyrrez D*, verrez O — 1560. exercice. DPTBOMs, exercice M*-M7 — 1561. pourmener toutes èdit. sauf D — 1565. Ils D-.
De là viendront les combats et querelles ;
De là viendront les travaulx et les cris ;
Par là seront recités et escripts
Les maulx d'amour, qui jamais n'y pensa, 1570 Qui telz ne veit oncques, ny offensa. Ha, nul ne peult sa deité blasmer.
Quand c'est amour luy seul, qui faict aymer
Aux esperits gentilz, que luy possède,
Tant à propos toute chose succède, 1)7) Qu'il veult franchir l'opinion commune,
Qui veult qu'amour soit subjette à fortune. * Je dys qu'amour est dessoubz la nature.
Dessus fortune, et ne crainct adventure
N'aultre accident ; mais à eulx tout commande, 1580 Et à la fin a tout ce qu'il demande.
Je croiroys bien qu'en peu de lieux il passe,
Et qui l'a heu, l'a heu par don de grâce. Bonté, scavoir, aultres vertuz insignes,
Sont apparents presaiges et enseignes [éi]
I iS) Pour les congnoistre ; et si j'avois loysir,
Vous les monstrer me seroit grand plaisir. Mais maintenant achevons de respondre
A ceulx qui ont, pour nostre amour confondre,
Dict que c'estoit passion véhémente 1590 Sus la raison de l'homme trop puissante.
Qu'il soit nommé passion, je l'accorde.
Passion est aussi miséricorde.
Et toutesfoys, pour estre ainsi nommée.
1570. vit M5; n'y D» — I575- espritz B — IS77- dyTBOMJ; dessus corr. ms. dans P (Bibl. Ars.), truiis Androgyne, v. 244, confirme dessoubz
— IS79- ^o"s M5-M7 — iî8o. a omis M4-M7 — 1582. quila P, qu'il a TB, qu'il la M5 — 1583. sçavoir D* — 1584. présages MS — 1585. avoys D»
— 1586. le [les] MS-M7 — 1589. Escript [Dict] corr. ms. dans P {Bibl. Ars.); c'est TBM' M», ce est POM» M+.M» — 1590. Sur PB.
Femme qui l'a, ne doibt estre blasmée.
1595 Nostre terre est subjette aux passions,
A ung millier de perturbations,
Dont y en a de maulvaises et bonnes.
Quand ceste là d'amour vient aux personnes.
Elle est si forte et a telle efficace, 1600 Qu'affections toutes aultres efface.
Aultres pourroient estre en extrémité,
Toutes ensemble, et d'une infinité
Troubler les sens de l'homme et jugement;
Mais si l'amour y passe seulement, 1605 II veult régner seul et sans compaignie.
O bon tyrant ! ô doulce tyrannie !
Et si c'est mal, ô heureuse malice,
Qui ne reçoit avec elle aulcun vice !
Il vault trop mieulx à ce doux mal entendre, 1610 Qui seul nous peult de touts aultres deffendre,
Puis qu'à touts maulx nostre foyblesse est née,
Qu'en demeurant en simplesse obstinée.
Aux ennemys laisser la porte ouverte [62]
Et nous fascher avecques nostre perte.
1615 . Cela me plaist, dira quelcque craintifve ;
Mais s'il me vient de voulunté naifve
Désir d'aymer homme ailleurs engagé,
N'auray-je point le cueur descouragé ?
N'auray-je point tourments innumerables ' ? 1620 Y en a il au monde de semblables ?
Respondons luy que toute femme sage
1601. pourroyent D* — 1602. infinité D'— 1604. Vomis OU — 1608. reçoyt D* ; aucun TMS — 1609. myeulxT — 1610 et 1611. tous M5 — 161 3. perte (doublon de 1614) D, porte toutes autres édit. — 1616. vouluntc D', voulenté O ; naïfve T, nayfve B — 1617. aillieurs B.