I. Cf. Platon, Banquet, 196 B
De son amour prend conseil et présage.
Qu'elle s'enquiere à soy mesme de soy,
De quelle force et constance est sa foy. 1625 Si ung long temps luy pourroit faire injure,
Si de durer obstinément s'asseure,
Sonde son cueur ; et s'il est suffisant
De soustenir ung fardeau si pesant
Comme est celluy de sa persévérance, 1650 Si jamais n'eut désir d'aultre accointance,
Si touts les biens venants d'ailleurs refuse,
En s'excusant si ung souspir l'accuse,
S'elle se sent si vifvement attaincte
Qu'elle ayt ensemble et hardiesse et craincte, 165s Ne mette point en longueur son affaire ;
Je ne voy point par quoy elle diffère.
Ce continu désir et obstiné
Monstre l'amy luy estre destiné,
Qu'il ne pourroit, s'il vouloit, s'exempter 1640 De la servir et de la contenter.
Pour vous donner de cela certitude.
Pensez qu'amour vient de similitude [63]
Tant d'esperits que de complexions '.
Si j'ay porté fermes affections 1645 A mon amy, pource que luy ressemble,
Il fault qu'il ayt (au moyns il le me semble)
Luy ressemblant à moy quelcque semblance
Qui le contraigne à une bienvueillance.
1627. Fonde M5.M7 — 163 î- vivement D' — 1634. ait T — 163s. mecte D», mettre M ; langeur Ms M*, langueur M? — 1641. nous B — 1645. esperitz D', espritz BM5 M» — 1646. ait T; moins D» — 1648. contraingne OM5-M7.
I. C'est la doctrine du Ly sis, qu'on retrouve dans rallégorie développée par Aristophane sur l'Androgj'ne {Banquet, 189 E) et traduite par Héroet avant la composition de la Parfaicte Amye.
yé LA PARFAICTE AMYE
Pareille en luy, comme en moy, je la sens ;
1650 Pourroit il bien entrer en aulcun sens,
Que voulunté fust d'aulcune approchante, Qui en seroit loingtaine et différente ? Certes nenny. Dames, je vous promets Qu'il n'adviendra, et il n'advint jamais,
16s s Que vraye amour n'ayt esté reciprocque '.
Ne craignez point, les foys qu'il vous provocque. D'entrer en tant horrible et dur service. Faictes à luy de voz cueurs sacrifice.
Laissez luy en tout le gouvernement 2,
1660 Et s'il ne faict bien et heureusement
Vivre chascune en ses amours contente, Ne m'appeliez jamais parfaicte amante.
1653. promectz D^, promects T — 1655. este D' — léçé. craingnez MS-Mv — 1660. heuresement T — 1662. parfecte Ms-M».
1, Tel est le sujet du petit poème intitulé : De iCaymer point sans estre aymé (voir plus loin, p. 96), qui aurait pu être inséré ici, et qui semble en effet un fragment détaché de la Parfaicte Amye.