‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 110 sur 161 · FEUX · texte numérisé non relu

FEUX

Silence, Attendez !... je l'avais prévu. Oh ! pour nous, qui connaissons Konrad , ce n'est pas un mystère. Minuit est son heure. Maintenant, Félix, tais-toi ; nous allons entendre une autre chanson. Mais il nous faut de la musique. Freiend, ifoici ta flûte; joue cette mélodie qu'il aimait autrefois, et nous écouterons : puis nous chanterons en chœur quand le temps sera venu.

JOSEPH , regardant Konrad.

Frère... son âme est envolée... elle erre dans une contrée lointaine... Peut-être lit-elle l'avenir dans les cieux ouverts pour lui seul; peut-être s'entretient-elle avec ses esprits familiers qui lui racontent ce qu'ils ont appris dans les étoiles. Quels yeux étranges! La flamme brille sous ses paupières, et ses yeux ne disent rien, ne demandent rien... L'âme les a quittés; ils brillent comme les foyers qu'abandonne une armée partie en silence et dans l'ombre de la nuit pour une expédition lointaine... Avant que les feux ne s'éteignent, l'armée sera de retour dans son camp délaissé. (Freiend essaie qoekioes «1rs. )

KONRAD , chantant

Mon génie était mort, ma voix était maette; Mais le chant la réveille, et soudain, rugissant. Surgit l'hymne vampire : il demande du sang. Du sang, du sang, du sang! c*est le cri du poêle.

Vengeance! à.toute heure, en tout lieu;

Vengeance ! avec Dieu, malgré Dieu !

CHCEUR.

Vengeance! avec Dieu, malgré Dieu!

MIÇRIEWICZ. T. 1. 19

318 LBS AÏEUX.

KONRAD

Et void ce qa*il dit : « AlloDS par tout Pempire « Torturer nos amis dans lears tombeaux ardents; « Que leur Ame en démence ensanglante nos dents, (I Atin qu*elle revienne et se change en vampire. »

Vengeance! à toute heure, en tout lieu;

Vengeance ! avec Dieu , malgré Dieu !

CHOEUR

Vengeance! avec Dieu» malgré Dieu!

KONRAD

Allons boire le sang de Tennemi , du traître, Découper son cadavre ; et, lambeau par lambeau. Clouons ses pieds, ses mains aux planches du toml)eau : Pour que Jamais, vampire, il ne puisse renaître.

Vengeance ! à toute heure, en tout lieu ;

Vengeance! avec Dieu, malgré Dieu!

CHCEUR.

Vengeance! avec Dieu, malgré Dieu!

K0NR4D.

Jusqu'au fond des enfers nous traînerons son âme;

Nous asseyant dessus, durant Tétemité,

rïous lui ferons vomir son immortalité.

Tant qu'elle sentira, fouettons, mordons IlnfAme!

Vengeance ! à toute heure, en tout lieu;

Vengeance ! avec Dieu, malgré Dieu '^!

Vengeance ! avec Dieu...

l'abbé lwowicz^ les interrompant Konrad, au nom du ciel, arrête! c'est une chanson païenne !

LE caporal.

Quel regard affreux!... C'est une chanson diabolique!

KONRAD^ aa son de la flûte.

Je monte, je m'envole !... là, âu sommet du rocher! Je plane au-dessus de la race des hommes, entre les prophètes! D'ici , je perce de mon regard, comme d'un glaive , les épais nuages de l'avenir; avec mes mains comme avec le souffle des tempêtes, je déchire ses brouillards!... 11 se lève... il se fait jour!... J'abaisse mes yeux sur les peuples. Là se déroule le livre sibyllin des destinées du monde; là, sous mes pieds, regardez!... Comme les oiseaux de la plaine, effrayés d'apercevoir un aigle, se jettent par volées contre terre, se cachent, se blottissent dans le sable, ainsi des événements et des siècles futurs, en me voyant, moi, l'aigle dans les cieux ! Fondez à leur poursuite, mes yeux de vautour, mes éclairs ! saisissez-les, mes ongles î . . . Les voilà ! ... je les tiens ! ...

Mais quoi! quel oiseau s'est dressé, déployant ses ailes, couvrant tous les autres et me défiant du regard ?. .. Ses ailes, noires comme une nuée enceinte de la foudre, longues et laides comme un arc-en-ciel ! Le voilà qui les étend sur tous les cieux!

C'est un corbeau géant!... « Corbeau !... qui donc es-tu ? Parle ! — Je suis un aigle ! » 11 me regarde droit dans les yeux... Il trouble mes idées... «Qui es-tu? — Je porte la foudre. » Il me regarde encore... il frappe mes yeux comme d'une fumée ardente qui m'éblouit; il confond mes pensées, les agite...

QUELQUES DÉTENUS

Que dit-il?... Quoi?... Que signifie?... Voyez comme il est pâle ! . . . Calm e- toi !.. . ( ils le saisissent . )

KONRAD

Arrêtez! arrêtez !... un instant!... Je me suis mesuré avec le corbeau... Laissez-moi! Je recueillerai mes pensées, j'achèverai mon hymne, je l'achèverai... (il chancelle.^

l'abbé LWOWICZ.

Assez de ces chants!...

zmSovZ m noSia • • » •

d'autres.

LE CAPORAL

Allez! Que Dieu vous béuisse!... La sonnette!... entendez-vous la sonnette ?. . . La ronde y la ronde est à la porte ! . . . Éteignez les chandelles... Chacun chez soi!

UN DÉTENU , regardant par la fenêtre.

Ils ont ouvert la porte... Konrad se trouve mal... les voilà!..* Laissons-le seul y tout seul dans sa cellule.

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