‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 14 sur 161 · LA MÈRE · texte numérisé non relu

LA MÈRE

Suis-je encore assoupie? Voici le jour, les champs sont couverts de laboureurs. Gomment ne pas dormir, lorsque Marie n'est plus là pour m'éveiller ! Toute la nuit j'ai pleuré;

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je me suis endormie quand le jour commençait à poindre. Mon brave Simon est déjà dans la plaine ; il a devancé Taurore en sortant à jeun^ sa faux en main, pour ne pas m'éveiiler. Il fauchera, tout le jour, les kerbes et les fleurs ; mol, je dormirai sur le tombeau. Pourquoi reviendrais-je à la maison? qui nous servira le diner ? qui viendra s'attabler avec nous? Marie est morte ! Marie est mcnrie !

Tant que nous te possédions, notre chaumière était un vrai paradis; à nous les plus longues VèiMées, à nous les plus joyeusessemailles, ànoos ks plus abondantes moissons : à nous les garçons et les filles de tout le village. Tu pars, la maison est déserte; chacun, en la voyant si triste, passe son chemin, les ais des portes se rouillent, la cour se remplit de mousse. Dieu s'est détourné de nous, les hommes nous évitent : Marie est morte ! Marie est morte !

l'amie.

C'était ici le matin, près du ruisseau ; moi, je te pariais de toniamant : toi, tu me parlais du mieh. Oh! nous ne parlerons plus jamais de nos amours!

Qui médira tous ses secrets? qui donc entendra tous les mieq^ ? Ah ! lorsque je ne partage plus avec toi mes bonheurs et mes peines, la peine reste peine, le Ixmheur n'est plus le bonheur : Marie est morte! Marie est morte !

L'étranger entend tout cela; il soupire, ses larmes coulent : puis, il se remet de son trouble, essuie ses pleurs, et poursuit sa route avec les radeaux '.

BOMANGEBO. 9

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