‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 155 sur 161 · LÉGENDE. 41 S · texte numérisé non relu

LÉGENDE. 41 S

tombe un drapeau : Tescadron s'ébranle^ se trouble et s'a- ^te en désordre.

Gomme les' bûcherons abattant les chênes et les pins le long de la forêt^ répandent au loin le bruit des cognées^ le grincement des scies ; de moment en moment s'affaisse une cime d'arbre, et Ton distingue enfin dans le bois éclaire! les hommes et les reflets de Tacier : ainsi le guerrier inconnu, renversant les Teutons sur son passage , se fraye une route sanglante vers les Lithuaniens.

Hâte-toi, ô guerrier, de ranimer leur valeur, de secourir les défaillants ; hâte-toi, il en est temps : les Lithuaniens touchent à feur défaite , le rempart de lances et de boucliers est entr'ou vert. Le komthour triomphant cherche Litavor sur toute la plaine et l'appelle; celui-ci lui répond : tous deux volent en carrière, le duel suprême va commencer.

Litavor lève son sabre pour en frapper son adversaire ; le komthour fait feu d'une arme foudroyante. Les Lithuaniens tressaillent, ils regardent le prînce. Hélas! le sabre s'échappe de ses mains, les rênes flottent sur le cou du destrier, son firent ne peut plus soutenir l'acier qui le presse ; glissant hors de la selle, il tombe à la renverse et les siens s'élancent pour le soutenir.

L'homme noir a rugi ; comme un sombre nuage, après avoir tonné, lance une grêle meurtrière, ainsi, le fer haut, il vole droit au vainqueur. A peine ont-ils croisé Tépée, le Teuton roule à terre, et le sombre guerrier fait trépigner son cheval sur son corps.

Il vole à l'endroit où les serviteurs s'empressent autour du prince ; il le saisit» brise les noeuds de l'armure, dépouille avec précaution le métal rougi de sang, sonde le coup de feu profondément noyé : mais le sang jaillit de nouveau. La douleur rappelle le blessé à la vie; il ouvre les yeux, regarde autour de lui et baisse avec soin la visière.

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U repousse a\ee colère les soldats et les pages ; et, serrant la main du vieux Rymvid, il lui dit tout bas : « C'en est fait, mon veilami... Ne découyreiE pas mon sein... vespeetez le mystère... Tout secoure serait vaie... bientôt je dois mourir. Vite au château, c'est là que je veux expirer. »

Rymvid plonge deux grands yeux dans les traits du blessé ; il se croit poursuivi par un rêve affireux , il laisse tomber la main qu'il mouillait de ses [^eurs ; le frisson lui court dans les os, une froide sueur inonde son visage : il reconnaît maintenanteette voix qu'hier il a pu méconnaître!

Cependant le noir vainqueur conOe aux mains de Rymvid les rênes abandonnées et revient vers le prince. Il bâte le départ ; il entoure le mourant de ses bras , le pose devant lui sur la selle, étanche la blessure av^ la main : et, sur un signe donné, tous trois s'élancent hors du champ de bataille.

Ils approchent de la cité; les habitants curieux leur bar* reut le passage : mais les guerriers, en piquant des deux à travers la foule étonnée volent en silence vers les remparts du château. A peine entrés, on ferme la poterne ; et le chef inconnu donne aux gardes l'ordre sévère de ne laisser pénétrer ni sortir personne.

Bientôt les combattants arrivent de ta plaine avec ce qui reste ^e leuf ^urnée; et, bien que la journée soit à leur chef, on ne manifeste aucune joie dans lacité, l'inquiétude domine tous les cœurs, le deuil est sur tous les fh>nts , chacun demande des nouvelles du prince : « Où donc est-il^ vit-il encore? la blessnre est-eHe profonde^ it

Personne n^a été au château, rien n'a transpiré, les ponts sont levés et les herses baissées. Cependant des soldats descendent dans les fossés, au milieu des broussailles, armés de scies et de cognées; ils coupent les buissons, abattent les peupliers, les frênes, et transportent à bras ou sur des

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