MOTES
de moins ; les revues françaises lui doivent aussi qiieHmes articles de main de maître sur les deux plus bellps races de chevaux , arabe et polonaise. 3* Après cette traduction du Pbaris, faite par Tauteur lui«mème, et dont nous sommes lieureux de pouvoir enrichir notre ouvrage t nous don» nous une traduction en vers, «îui du'raoins aura le mérite de la fidélité :
Comme un esquif Joyeux , se livrant à la brise , Glisse avec volupté sur la vague soumise, Et frappant de la rame un flot paisible et pur, Balance un cou de cygne au-dessus de Taxar, Tel l'Arabe aime à voir son cheval qui s'élance De la cime d'un roc dans le désert immense ; Quand le steppe, en|r*ouvert sous les pas du coursier, Bouillonne comme Tonde où Ton trempe Tacîer : Et , requin du désert , rapide , insaisissable, Quand il nage au milieu d'un océan de sable.
O mon coursier, prends ton essor Dans le tourbillon de poussière ; Quitte le sol , fange grossière :
Yole plus haut, plus haut enoor!
Il est noir, mon coursier, comme un ciel de tempête ; Son crin fauve est un voile ondoyant dans les airs , De ses pieds argentésjaillissent des éclairs : Et Tastre du matin rayonne sur sa tète !
Fuyez, bois et rochers, sur le sable mouvant; Mon cheval aux blancs pieds , en avant! en avant)
La palme au tronc léger qui penche.
M'offre son ombrage et ses f^ts ; Je cours , la dépasse et m'enfuis.
Elle descend, petite branche, Au sein d'une verte oasis ; Et, de loin, son feuillage insulte h mon mépris.
Les rochers du désert , ses gardiens, ses ministres , Menacent le Bédouin de leurs têtes sinistres; Ils veulent l'arréteri, ^ d'échos en éclios Poursuivant son. cheval , lui répètent ces mots t
« Où vas- tu , Bédouin imbécile?
Là , point d'ombrage et point d'asile
Qui te cache aux yeux du soleil ; ^
Là, tu n'as pas dressé de tente
Dont la voite ombreuse et flottante
Puisse protéger ton sommeil; Le rocher seul ici peut s'endormir sans peine , Car il n'est au désert quMne tente : les deux \ »
Vains mensonges l menace vaine !
L Jç bondis., l'éclair dans les yeux >
OBlENTi^ES. 433
Je Tole, et bientôt sar U plaine
J'ai fui les locben envieux :
Et d^à les géants, honteux de leur défaite, L*un à l*abri de l'autre allaient cacber leur faite.
Un vautour était là; jne voyant fugitif, Il Jura , Tinsensé , de me prendre captif : Il déploya son aile et , sûr de sa victoire , Trois fois il me ceignit d'une auréole noire. Puis il cria : « Je flaire un cadavre qui fuit ; L'Arabe et le cheval sont à moi cette nuit !
« Le cheval cherche un pâturage,
L'Arabe des bois chevelus ;
Plaines sans fleurs, b<^ sans ombrage !
Qui vient id n'en revient plus ;
L'ouragan seul pasae et repasse
En ne laissant aucune trace
Des longs sentiers qu*il a suivis:
Dans ces campagnes infertiles ,
Les vautours , les morts , les reptiles ,
De leur chair vont être assouvis ! >•
Trois fbis , me menaçant de ses serres avises , Le yautour sur les miens fixa ses yeux livides. Lequel eut peur? C'est lui ; car il prit son essor : Et lorsque du regard Je ie suivais enoor, Que Je bandais mon arc pour punir son audace , De vautour qu'il était il se change en aiglon ,
'En papillon, puis en frelon.
Et puis, maigre cousin , il se perd dans l'espace.
Fuyez , rochers , vautours, sur le sable mouvant ; Mon cheval aux blancs pieds , en avant ! en avant !
Un nuage léger fut Jaloux de ma fuite. Blanc , sur un ciel d'azur, il fond à ma poursuite. D'un vol aussi rapide il veut fendre les airs, Que l'Arabe à cheval traversant les déserts ; Et , déployant sur moi deux ailes diaphanes , Il m'adresse en sifflant ces paroles profanes :
« Où V8s-tu, Bédouin trop hardi ?j.' Chez nous , pas de pluie argentine Qui rafraîchisse ta poitrine, Sous Tardent rayon du midi.
Chez nous , point de fontaine pure Dont le cristal , dont le murmure Charment ton oreille et tes yeux ; Avant que la froide rosée N'ait touché la terre embrasée.
Les vents l'emportent dans les cieux ! »
mÇKlEWlCZ. T. I. 37
Yains propos ! je m*élaiioe et m'enfois de plas belle ;
Je laisse loin de moi le iraage rebelle :
Sans couleur, sans haleinef il semble s*acerocher
Ao sommet aigu d*an rocher.
Et lorsque, dédaigneux , Je poursuis ma carrière ,
f e le vois , fuyant en arriére
A l'autre extrémité du ciel ;' Mais Je lis sur son front la douleur qui le navre :
Rouge d*orgueil , Jaune de fiel, ' Et iK^rci par la mort, ce n*est plus qu'un cadavre.
Fuyez, brouillards, vautours, sur le sable mouvant ; Mon cheval aux blancs pieds, en avant! en avant!
Alors, nouveau soleU , sous la céleste voàte
Seul, Je réffoe en raattre et vainqueur;
Mes rivaux ne sont phii t Jetés loin de ma route. Ils ont tous fui , la rage au cœor.
Jamais un mortel sur la terre
N'a d'un pareil triomphe éprouvé la mystère !
Ici règne à jamais le calme de la mort ;
Les échos sont muets, la nature s'endort* Comme sur de nouveaux rivages Les troupeaux de bétes sauvages
De l'homme, hôte inconnu, ne craignent pas PttbtfM.
Allah I Je me trompais ! m la plaii^e s'élève
Un rempart de guerriers' à cheval , ceints du glaive ;
Voyageurs ou bandits guettant un voyageur ?
Je ne sais ; mais .ils sont d'une horrible blanohchr !
Je cours, je crie : en vain! ces oml)«es sont maetleft!...
Armée ou caravane enfouie au désert.
Le simoun a tout découvert I Sur les os des chameaux des cavaliers squelettes, Ne pouvant plus descendre; «t, des trous de leurs tètes , Des mâchoires sans chair ou des yeux sans regards Le sable en longs ruisseaux coule sur les remparts , Et semble murmurer une sinistre plainte :
« Où vas-tu, Bédouin insensé?
Ici le simoun a passé!... • Mais le lils ilu désert ne connaît pas de crainte !
Fuyez, morts et simoun, sur le sàble mouvant; Mon cheval aux blancs pieds, eu avant! en avant!
Un simoun , le plus fort des enfants de l'Afrique, Remuait le désert de son pied frénétique. Soudain 11 m'aperçoit, il ^arrête; et, surpris. Tournoyant sur lui-même, il crie avec mépris : « Quel est donc ce simouq au vol bas et timide Qui foule ces flots d'or dont f ai seul hérité? » 11 mugit , se dressa comme une pyramide ;
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Et, Toyaai que J^étais stortel , mids intrépide , . 11 frappa le désert de soo pied irrité :
Sous sa colère frémissante , L'Arabie entière » tremblé.
Il saisit dans sa main puissante Mon corps de douleur accablé ; Il me brûle comme la foudre, M'abat sous deux ailes de poudre, Me lance des cailloux ardents :
Mais, furieux , Je me redresse , Je le mords, Tétreins et le presse , Et Je récrase entre mes dents.
Le simoun vent 8*enfutr, mais mon bras redoutable Le retient ; tout son corps se brise en deux moitiés ,
Et retombe en grêle de sable :
Et mort, comme un rempart il s'allonge à mes pieds.
Je lesfyire à présent ! tat$ paupiëees mortelles Begardent fièrement les étoiles des deux ; * Toutes semblent aussi me sourire des yeux : Car dans tout l^inivers ]e suis seul a?ec elles. Que J*aime à resptreF le nectar embauaié Que des jardins d'Allah m'apporte le zépbyre; Tout l*idr d'ArabisUn à peine peut suftire Pour une seule baleine , à mon sein enflammé ! Que f aime à contempler cet axur plein d'étoilea , Océan de splendeur où ce monde est noyé; Et cet autre infini devant moi déployé, Ce désert que la nuit couvre an loto de ses vioilet ! Je tends à la nature une étreinte d'amoor; Ah ! Je l'embrasserais du coudiant à Vauiom I Mon esprit devient libre ; il monte, il monte encore, Jusqu'au faite lointain du céleste séJooF: Et, comme avec son dard l'abeilie perd la vie. Ma pensée est aux cieux... mon Ame l'a suivie !
«7 Ciiâmpharis était un des plas célèbres chevaliers oupharis arabes avant Mohammed. Poète et guerrier,li descendait de la tribu d'Asd. Offensé par les guerriers de la tribu de SélJMnan, il convoqua ceux de sa tribu, afin de les conduire à la vengeance. Pl'ayant pas obtenu l'appui des siens, Cbampharis quitta sa tribu, et composa la casside que voici , tout •n reprochant à ses compagnons leur lâche ingratitude. Il fit la guerre tout seul , et Jura de ne déposer les armes qu'après avoir immolé cent pbailt de la tribu de Sélaman. Il en avait déjà tué quatre-vingt-dix-neuf, lorsqu'étant tombé dans un piège que lui tendaient les Sélaman, il périt Ini^ménie. Sa tète coupée traînait dans leurs tentes ; et, lorsqu'un des phapis la vepoossa du pied , l'os du crâne le blessa si grièvement, que bientôt il en pardit la vie et compléta le nombre de cent, que le mort avait Juré d'Attfeindre. (f)
GeAte oasside se trouve, il est vrai, traduite dans les oeuvres de M. de
Sftcy ; mais Faatear rayant retoachée sur la tradaetfon polonaise de Senkowski, nous croyons devoir en donner cette leçon, conforme en tout au commentaire du sayant orientaliste, et qui nous parait bien plus exacte. Cest un superbe spécimen de la poésie arabe antérieure à Mohammed, li sorait dangereux pour la poésie moderne de faire le rapprochement de cette casside avec les essais d'imitation orientale que Ton a fidts de nos Jours. Cest une des sept cassides suspendues aux parois du temple de la Mecque, et parmi lesquelles Mohammed se trouvait honoré de voir figurer les premiers chapitres de son Koran.
^ Un caudataire ou porte-queue, fonction honorifique au moyen Age.
3' Des paupières foncées ont un grand attrait pour les Arabes. Ils se servent à cet effet d'une poudre de couleur brune nommée koht. {Kohi veut dire charbon dans les langues d'origine germanique). (t)1
** Les andent Arabes païens conservaient dans le temple de la Mecque des flèches divinatoires nommées zalum^ qu'un prêtre agitait dans sa main droite; d'après leurs divers mélanges et le bruit qu'elles rendaie&t, les augures prédisaient l'avenir. (f)
^> Quand un pharis est mort dans les combats, ses femmes et ses filles montent sur une colline, et pleurent Jusqu'à ce qu'elles aient obtenu Tengeance de la part des pharis de leur tribu. (f)
^' Sortes d'autruches souvent citées dans la poésie arabe. Elles soient par bandes avec un bruit épouvantable. Le pharis parfait doit connaître la situation des puits dans le désert, afin de savoir où il peut s'arrêter pour dormir et faire ses repas. (f)
43 Allusion à la coutume des Arabes qui , après avoir tué un di ameaa tiraient au sort ses diverses parties. (t)
44 Champharis avait fait serment de ne changer ses vêlements, de ne faire sa barbe , ses ongles et sa figure , de ne manger et boire qu'après avoir satisfait sa vengeance. * (f)
4» Célèbre pofite et pharis arabe. Exilé de sa patrie , il se rendit eo Egypte chez sou ami le sultan Abou-Kho^Ja-Talik, quil trouva mort à son arrivée. C'est durant son retour d'Egypte qu'il composa cette casside. (+)
4« Voyez la note 40 sur les flèches divinatoires.
47 Ce passage du Zend»Ave$Ui ne serait-il pas le germe de la formidal>le improvisation de Kobrad? (Les Aieum., H* part, p. 220.)
48 ËI.ÉGIE8. — La princesse Zénéide Wolkooska, célèbre par son esprit et sa beauté, après avoir embrassé la religion catholique, est venuemoorlr à Rome, où la vengeance du tzar l'avMt exilée. Tous les esprits élevés en Russie inclinent vers le catholicisme ; tellement il leur répugne d'avoir Pantocrate pour arbitre de leur conscience, et son aide-de-camp, le général Protassoff, pour président du saint-synode. Le schisme, ^ fait des affaires du culte un bureau de police, est un peu la religion des athées et des espions.
4* Marie Szymanowska, pianiste célèbre. Sa fille est depuis devenue l'épouse de Miçkiewicz.
^ Hymnes. — Celle poésie, imprimée avec son RomancBroy date des premières années de Miçkiewicz.On y reconnaît de prime abord l'adoration exclusive que le poète a vouée à la sainte Vierge, et qui se retrouve dans plusieurs passages des Aîeux^ dans l'introduction de Thadée^ dans la Mèr€ polonaise , toujours intacte et pure, à travers toutes les phases de sa peu-
sée. Nous voyons combien ce culte des Jeunes années a profité au génie du poète. Cet lijrmne révèle déjà l*essor lyrique qui plus tard devait produire VOde à la jeunesse et l'improvisation des Aieux\ c'est la même irrégularité de rbytbme et de pensée , le même délire pindarique , la même magniticence d'images. L'ode nous semble la mieux appropriée au talent de Miçkiewicz, qui se refuse aux plans préconçus, aux effets combinés du drame ou du roman. Depuis cet bymne admirable, l'auteur a plané dans les airs d'une aile plus ferme et plus soutenue, mais Jamais il ne s'est plus baut élevé.
&> Cette belle comparaison , ingénieusement soutenue pendant sept couplets , n'est-ce point la profession de foi du Jeune adepte de la société des Rayonnants, reproduite dans un Age plus avancé; la devise patriotique du pbilarète, devenue le tbème d'une religieuse inspiration du chrétien?
&' M. Michel Podczaszynski , historien et littérateur distingué, trop tôt enlevé à sa patde, a le premier imprimé cette poésie dans son Mémorial; mais il a commis une erreur de date qu'il importe de rectifier. Ce n'est point le 1*' novembre I83i qu'elle fut composée , mais évidemment durant cette période de quatre mois qui suivit la révolution de Juillet et précéda l'insurrection de novembre. Comment cette seule poésie a engendré toute ma traduction des œuvres de Bfiçkiewicz , Je l'ai raconté dans ma préfkce.
^ Cet événement eut lieu le 6 septembre I83i , vers huit heures du matin. Le poète luppose qu'un adjudant , placé dans une batterie voisine de celle d'Ordon , a vu son héroïque défense, ainsi que le trait plus héroïque qui la termine; et.qu'il en fait le récit à ses compagnons d'armes.
« Je pointais un canon; deux cents bronzes épars D'une trombe de feu foudroyaient nos remparts. Déjà les* fils du Nord en colonnes sans nombre Autour de Varsovie étaient formés dans l'ombre; Paskéwitch est leur chef : il accourt , à sa voix] L'armée a replié son immense pavois.
Parmi les artilleurs , l'infanterie esclave S'avance lentement, comme un ruisseau de lave Semé de mille éclairs; et, mesurant ses pas. L'aigle noir à deux fronts la conduit au trépas. Dominant cette mer et ce champ de victoire , Le fort du brave Ordon s'avance en promontoire ; Six canons dans ses flancs résonnent furieux : Et la rage est moins prompte en cris injurieux , Le ciel a moins d'éclairs que, durant la bataille. Ces bronzes n'ont vomi de flamme et de mitraiHe. Vois cet obus qui plonge au sein d'un bataillon ; Il laboure en tombant un lugubre sillon : Comme un volcan sous l'onde , il fumé , siffle , tonne , Et d'une brèche immense enti^ouvre la colonne. Vois ce pesant boulet; il roule, se débat. Mugit comme un taureau qu'irrite le combat : Ou, boa formidable , il bondit sur la plaine , Écrasant de ses noeuds, brûlant de son haleine.