‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 17 sur 161 · SEIGNEUR ET JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

SEIGNEUR ET JEUNE FILLE

Dans un bocage vei;t une jeune fille cueille des fraisesj sur un cheval gris accourt un jeune seigneur.

11 salue gadamment, sa«te en bas du cheval; la vierge baisse timidement les yeux et rougit.

a Chère jeune fille, ce matin même je suis arrivé dans ce pays avec mes compagnons de chasse.

BOMANCBia. fis

ce Etna puis trouver la viUe; monlre*moi le ctieBdin, bergère jolie :

« Ce sentier me conduirart-il bientôt hors du bois?» Vous arriverez encore de bonne heure au ehàteau*

« Sur la plaine il y a un grand arbre ; sous Gë grand arbre des broussailles^ et puis le chemin (emme autour du villi^.

« En haut c'est le taillis^ à droite le ruisseau^ puis le moulinet le pont d'où Ton voit la ville. »

Le jeune seigneur lui serra tendrement la main^ lui donna un baiser sur la joue et siffla son cheval.

11 monta> piqua des deux et disparut. La jeune fille a soupiré ; mais je ne sais pourc^i.

Dans un bocage vert une jeune fille cueille des fraises; sur un cheval gris accourt un jeune seigneur.

De loin il l'appelle : a Montre-moi un autre chemin ; il y a une rivièpe derrière le viMage, et je ne puis passer.

tf On ne voit ni pomt ni gué sur la rivière. Voudrais-tu H<>yer un jeune garçon ?

— Alors, suivez le sentier à dr(»te de la colline. — Dieu te récompense, la belle î i- Merci, mon doux^ seigneur. »

Le sentier se perd dans le bois. Le chasseur disparaît. La jeune fille soupire ; ^ ! je sais bien pourquoi.

Dans un bocage vert une jeune fille cueille des fraises ; sur un cheval gris accourt un jeune seigneur.

11 s'écrie de nouveau : «Pour Dieu ! fille perfide, je suis tombé dans un fossé; ton chemin est une fondrière !

« Depuis longtemps personne n'avait parcouru ces dé* serts, si ce n'est peut^tre un paysan allant couper du bois.

u poésns DiYBatEs.

« Noiifrchassonfttout le jour^ mon ehetal et moi. Le cheval est éreinté^ le cavalier hors d'haleine !

« Je veui descendre et me désaltérer à cette source; pms^ j'ôterai la selle de mon cheval^ et le tend hrouter. n

Il saluQ galamment > saute à terre; la vi^e baisse timidement les yeux et rougit.

11 se tait ; elle soupire* Après quelque instants il lui parla tout haut; elle répondit tont bas.

Mais f comme la brise soufflait de travers^ ce qu'il lui disait^ je l'ignore.

Pourtant^ si j'ai bien lu dans ses fenx, dimsson maintien^ il ne demandait plus son chemin à la jeune fille ^.

yui.

UEMBUSGADE ( LégMMle- ukraloifiiiie )•

Pourquoi le palatin plein de rage et d'effiroi^dn pavillon de son pare^ court-il hors d'haleine Vjers le château? Ayant écarté lesrideaux^ il regarde le lit de sa femme; il regarde et tressaille... la coudie est déserte! >

11 baisse les yeux^ il cai^esse sa moustadie tottt pensif et d'une main tremblante. Il détourne ses regards de la couche fatale; et^ rejetant en arrière ses facusses manches^ il fait appeler le Kosak Naûma.

« Kosak! ici^ maraud! pourquoi n'y a-t-il près de la porte du verger ni chien ni serviteur ? Prends ma carnassière de loutre et ma carabine turque, descends mon fusildoubie et reviens ! »

Ils saisissent les armesysortent précipitamment, se glissent danslejardin, où de vertsespaliers enlacent le pavillon solitaire. Sur le banc de gazon ils voient une blanche Bgure , une femme dans le simple appareil...

BOMAflCEltO. )5

IKufie main elle cache ses yeiix sous des touffes de cheveux etYoile son sein découvert; de l'autre elté repousse les bras étendus d'un jeune homme à genoux devant elle.

€elui-ci embrasse les siens et lui dit : «Ma douce amie! ainsi tout est perdu pour moi? même tes soupirs^ même tes serrements de main^ tout ! îe palatin a tout acheté!

« Et moi, qui f aime en secretdepuis tant d'années, comme on n'aime qu'une fois, je gémirais en f aimant loin de toi ! Lui ne f aime ni ne gémit; mais il fait sonner sa bourse, et tu te vends à lui pour jamais !

« Il pourrait chaque soir, se plongeant dans un duvet de cygne, poser sa vieille tète sur ton sein ; et sur tes lèvres roses, sur tes joues si fraîches , cueillir des baisers qui devaient m'appartenir!

u Et moiyjeviendrsûs ici chaque nuit aux feux de la lune, sur mon cheval fidèle, à travers pluie et tempête, désirant seulement te saluer d'un soupir, te dire adieu ente souhaitant une bonne nuit et beaucoup de caresses! »

Elle ne se rend pas encore, mais il lui murmure à l'oreille de nouvelles plaintes et de nouveaux serments ; enfin, émue etdéfaiUante, elle ouvre ses bras et tombe dans les étreintes de son amant.

Le Kosak et le palatin se cachent à genoux derrière un buisson, et tirent des cartouches de leur ceinture ; ils les mordent en chargeant avec les baguettes chacun une poignée de poudre et le double de balles.

« Seigneur, dit le Kosak, quelque démon m'obsède; je ne puis tuer cette belle fille : quand j'armai le chien, un m'a saisi et dans le bassinet une larme est tombée.

— Plus bas, fils de Satan, je t'apprendrai à pleurer ! Tiens, voici un sac de poudre fine; change l'amorce et nettoie de l'ongle le silex : et puis, brûle-toi la cervelle ou feu dans cette poitrine!

26 POi»^» OIVBESBS.

K Plus haut... à droite*,, balte! atteins qu^Je tire le premier. Le monsieur aura d'abord cejtte ohargq de plomb dans la tête. » Le Ko^k a^e9 4^ste9 tire Mna attendre, et touebe... le front même du palatin.

' ix;

LES TROIS BOUDRIS ' ( Légende ntbaftDienfre).

Le vieux père Boudris appelle ses trois fils, tous bons Lithuaniens comme lui, dans la cour du castel, et leur dit : « Apprêtez les chevaux et les selles, aiguisez les glaives et les dards;

<c Car on m'a dit à Vilno qu'on va incontinent déclarer la guerre aux trois coins du monde. Olghierd marchera contre

les Russes, Skirghellon contre nos voisins les Polonais, et le prince Keystout tombera sur les Teutons. .

(c Vous êtes jeunes et dispos , allez servir le pays ; que les dieux lithuaniens vous conduisent. Je ne sers pas en plaine cette année; mais je veux vous donner un conseil : vous êtes trois, et vous avez à suivre trois routes.

t( Un d'entre vous doit escorter Olghierd en Russie, vers les bords du lac llmen et les murs de Nowogrod ; là, il trouvera des queues d'hermines et des étoffes brochées à foison : et chez les marchands, dés roubles pleins les coffres *.

« Que le second s'enrôle dans les gardes du prince Keystout; quUl extirpe cette racaille de croisés: il trouvera de

* Les roubles russes étaisnt autrefois des morceaux d'argent tamés à coups de hache dans les barres de ce métal; aujourd'hui, c'est du papier sans valeur. I^e texte poilte : des roubles comme de la glace, La glace eEt en effet dans ce pays plus commune que l'argent.

ROMAHCBllO. 37

Tambre jaune comme du sable^ des draps d'un lustre merveilleui et des rubis dans les oripeaux des prêtres.

a Quele troisième passe le Niémen à lasuite de Skirgheilon ; il y trouvera de chétifs instruments de labour : mais en re- Tanche^ il pourra choisir de bonnes lances^ de fameux boucliers ^ et qu'il m'en ramène une belle-fille!

« Car les aountes des Polonais ont plus d'attraits que les captives de tous lespays; folâtres comme dé petites chattes^ elles ont les joues plus blanches que le Mi, les paupières oméfô de beaux sourdls noirs, et les yeux brillâEnts comme deux étoiles*

« Cestdelàquej'anenai^ily aundemi*siècle;quandj'é-L

tais jeune, la belle captive poionaiise qui JPEit ma femme; et quoiqu'elle soit déjà dans le tombeau, je ne puis tegardet de ce côté * sans me la rappeler, y*

Ayant ainsi donné ses avis, il a^joute sa 4)énédiction ; les garçons s'élancent à cheval, saisissent leurs armes et disparaissent. L'automne èti l'hiver passent, les fils ne refviennent pas; le vieux Boudris pense qu'ils sont morts.

A travers grêle et vents, un guerrier accourt au village, et sa bourka se gonfle sur quelque doux fardeau. « Ha! ha! c'est une caisse ! et cette caisse est pleine de roublesde Nowogrod?— Non, mon père, c'est une bette-fille de Pologne. »

A travers grêle et vents, un guerrier accourt au village, et sa bourka se gonfb sur quelque doux fardeau. « fla ! ha ! sans doute tu nous apportes un sac d'ambre jaune d'Allemagne? —Non, mon père^ c'est une belle-fille de Pologne. » ^

A travers grêle et vents, un guerrier accourt au village, et sa bourka se gonfle sur quelque doux fardeau... mais avant qu'il n'eût montré son butin, le vieux Boudris avait déjà fait prier ses amis pour une troisième noce?.

* Vers Ift Pologne, aa ooadiaiit

38 POÉSIBS DIVBB8E8.

MADAME TWARDOWSKA.

On mange, oi boit^ ou fume, on saute; on fait goguette et bombance 5 la tarerne ^t sens dessus dessous : ce sont des rires! des cris ! des bolàl

Monsieur Twamlowski s'assied au haut bout de la table; la main sur la hanche comme un pacha : « Gai^gaî! chantet-il à plein gosier, rions, étonnons, e£fi«yons! i»

Un soldat faisait le rodomont, grondait, bousculait tout le monde ; mons Twardowski hii fait sifûer uneépée aux oreilles, et soudain voilà le faux toave changé en lièvre!

U fait sonner lentement une bourse pleine à Tcnreitte d'un avocat muet qui vidait gravement une timbale; et soudain Tavocat devient un beau roquet noir!

Il donne trois chiquenaudes à un savetier, appUquè trois tub'es contre sa tété; et, glou-glou, il en sort une demitonne de bonne eau-de-vie de Dantzig!

Tandis qu'il en prenait une gorgée, le verre siffla, grinça; notre homme regarde au fond : i> Eh ! que diable fais-tu donc ici, camarade? »

C'était en effet un petit diable ; un Allemand, s'il en fut : habit, pantalon court, et chaussé. Il salue les hôtes poliment^ ôteson chapeau et fait une cabriole.

En sautant du fond du verre au plancher, il grandit de trois pieds; il a le nez en i»*oehet, la patte de coq, et les serres de vautour :

a Hé! bonjour,compèreTwardow^, vous ne m'attendiez pas ce soir, n'est-il pas vrai?» Cela disant, il va l'embrasser. « Que vois-je! estrce qu'on ne me connaît plus? moi, Méphistophélès!

BOMANCEAO. 29

« Ne vous souvieni-il plus de m'avoir légué votre âme à Ufsa'gora*! Le contrat rédigé en bonne forme sur un cuir de taureau^ fut signé par vous d'une part, et par les démons de l'autre.

« Nous devions être à vos ordres pendant deux ans ; après Tousce tenne^ deviez aller à Bome^ où nous vous mettrions la main au collet.

« Sept ans se sont écoulés ; le terme e&\ depuis longtemps échu ^ vous tourmentez l'enfer par vos sortilèges^ et ne songez seulement pas à vous mettre en voyage!

« Mais la vengeance^ quoique boiteuse^ arrive enfin ; cette taverne s'appelle Rome : vous voilà pris dans nos filets^ et je vous arrête au nom de S... 'n

A ce dieùum aeerbum Twardowski manœuvrait vers la porte ; le diable le saisit par l'habit : « Et votre foi de gentilhomme^ qu'en faites-vous? »

Ah diable ! il n'y a pas à délibérer^ il faudra s'exécuter de bonne grâce. Mons Twardowski conçoit une idée^ et pose une objection nouvelle à son légataire.

« Regarde dans le contrat^ Méphisto; tu y trouveras la clause suivante : Après tant et tantd'années, quand tu viendras f emparer de mon âme,

« J'aurai le droit det'atteler par trois fois à la besogne, et tu devras remplir au pied de la lettre mes ordres les plus compliqués.

« Tiens, voici l'enseigne de la taverne , un cheval peint sur toile ; je veux lui sauter sur la sellé et faire un petit temps de galop.

«Puis» tu me tordras une cravache avec ce sable, pour que ma monture aille plus vite; et tu me construiras un palais dans ce bois, afin que j'y puisse déjeuner.

* U MoiU'Chawfey rendez-vous des sorcières. Cest le Broken polo« aak

30 POéSlK DITIBSIS.

u Le palais^ aussi haut que les Karpalbes^ sera de grains de noisettes; ietoitsera^couvert de barbes juives> attachées atec des semences de pavot.

« Tiens, voici un clou pour modèle; un. pouce d'épaisseur sur trois de longueur : chaque grain de pavot sera traversé de trois clous pareils ! »

Méphistophélès bondit de joie; déjà il panse le cheval^ le soigne, Tabreuve : puis, il fait une lanière avec du 6able> et voilà que tout est prêt.

Twardowski monte à ciieval, essaye les guides ; fait les demi-tours, au pas, au trot, au galop ! il regarde, et voici le palais tout debout !

u Là! là! c'est assez bien*, mon cornard; mais la moitié de la besogne reste à faire, il te faut prendre un bain dans ce bénitier. »

Le diable se tord en grimaçant, tousse et s'enroue; une sueur froide l'inonde : mais monseigneur ordontie> il faut obéir. Il plonge, le malheureui, jusqu'au cou.

Puis il en sort comme une pierre de la fronde ; il s^secoue, brrrr, il éternue et reprend : « A présent te voilà bien à nous. Je n'ai jamais pris un bain aussi fort !

— Encore un, et nous serons quittes (le pauvre diable en crèvera, c'est sûr). Regarde par ici, c'est Ma'me Twardowska mon épouse.

« J'irai pour une année entière prendre ta place chez Belzébuth; et, pendant tout ce temps, ma mignonne va demeurer avec toi, maritalement.

« Tu lui jureras amour, respect, et une obéissance sans bornes; si tu romps une seule de ces conditions, tout le pacte est déclaré nul et non «venu. »

Le diable lui prête une demi-attention, tourne un demiregard vers la dame ; on dirait qu'il regarde , on dirait qu'il écoute : et déjà il est près de la porte«

Tandis que Twardowski lui coupe la retraite, barricade

BOMAIICERO» 31

la porte^ les croisées, le diable a filé par le trou dt' la serrure et court encore ^.

TOUKAI,

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