LUCIFER I
Conforme arec rorigina), parafé da sa griffe.
€ Hadramdmeh,,. »
Toukai se fâcha un peu^ il ne s'attendait pas au post^ scriptum. H s'accouda sur la table y jeta un regard oblique sur le contrat^ fit une grimace et prit coup sur coup deux prises de tabaco II ne savait vraiment que résoudre. Il dé* ploya le parchemin ^ le mesura^ le pesa dans ses doigts , le lut et le relut mille fotô^ le repesa>et le remesura, frappa du poing sur récrit, soupira,' murmura, grinça des dents; il croise les mains sur le front, bondit de sa place, et s'écrie enfin tout haut, avec un geste énergique : Jinstsoit^ii! Il se tait de nouvi^u. Il parle ^ i»éfléchit, se lève, mardie et »'a8sied..v qtie personne ne lui entasse un reproche , car il avait affaire au diable.
11 médite : ou la vie étemelle , ou l'étemel «uppliee* Il ne dit rien, mais il n^en pense paâ moins; car on voit ses lèvres Vagiter convulsivement.
Il est temps de répondre î Toukaï s'écarte de la foule et va s'enfermera toi toutseul dans le laboratoire de la raison. Là, «ne fois enfermé, il saisit le traité avec lés tenailles d'une réflexion sévère, avant de lui donner le cachet fatal de l^àdhésion. Là, des pensées dissemblables se combiï^t dans les creusets de l'analogie; là, le savant dissèque »Be même idée avec le scalpel de la distinction : ii la fond, ^ di&UUe, et obtient une conclusion sous l'apparence d'un «trait double. Après avoir attentivement examiné son ré-
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sida : u Soit! dit-il enfin ; quelle que soit la nature de ces supercheries dont on m'a d'avance averti, elles ne peuvent être que de trois sortes : en voulant exciter quélqu^in à la trahison, il faut employer la corruption, la ruse ou la crainte. En réduisant cette idée à sa plus simple expression, on obtiendra le syllogisme suivant : trois chemins condui* sent à ma perte,
« L'Avidité, la Curiosité, l'Effroi.
a Donc, celui qui, sous ces trois rapports^ résistera aux plus dures épreuves, méritera que je me fie à lui, comme à moi-même, p
Toukai, satisfait de la découverte, cherche de l'encre, du sable ; il va tracer l'écrit de perdition : mais il va d'un pas mal assuré. Il se fait tard, il fait bien sombre pour écrire, l'encre est moisie; il lui faut allumer deux tMugies et remplir deux encriers. Son coude lui fait mal ; il prend la plume : un cheveu est dans le bec, et la peinte usée à force d'écrire. Il secoue l'esquille, la retaille sutr l'ongle. Après mûre délibération , il trace enfin : MnH mU^lt 11 veut mettre la signature, mais avant d'écrire le r majuscule, il réflédût une bonne demHieure; U balance la t^ et tourmente sa plume, sans plus rien éerire. Seulement il ajoute cinq points à la ^ite de l'initiale.
L'écriture achevée, longtemps après il se consulte encore; que personne toutefois ne lui en fasse un reproche s'il n'a jamais eu affaire au diable.
Mais combien il dut être étomié lorsque la lettre A du mot Aifiii >° se mit à siffler et à s'agiter comme un serpent? Elle s'enfle à tous les bords, crie, se bouffit comme une pâte levée; la partie inférieure (Hrend du ventre et allonge ses paUes t celle au-dessus engendre une t^ énorme comme un bocal, avec de» yeux de bœuf. Le col est mince comme celui d'une guêpe, le nez aquilia, la barbe de bouc, un pied de cheval d'un côté, une patte de
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coq de l'autre ; ses ailes tournent comme les ailes d'un moulin à vent : en un mot^ c'est un vrai diable^ c'est le plénipotentiaire Méphistophélès en personne.
Toukaï ne savait encore s'il devait faire le signe de la croix ou s'il devait le prier de s'asseoir, lorsque l'insolent, s'étant subitement approché, lui saisit le petit doigt, fit une incision avec le canif , et avant qu'il eût pu se remettre de sa surprise, trempa la plume dans le sang, la lui donna, la serra entre ses doigts, et se mit à lui guider la main sur le papier. Lorsqu'il eut tracé le /, à la suite des lettres O, U, K, J, et que le nom de TOUKAIse trouva complet, le lutin sifûa, s'envola, disparut, et maintenant tâchez de le rattraper.
Depuis quarante ans, Toukaï vivait en toute sécurité, n'épai^ant ni trésors, ni fatigue^ faisant ripaille et bombance, mais « un jour l'ennui naquit de l'uniformité ; y> les forces vieillissaient, les cheveux blanchissaient, les plus jeunes amantes favorisaient de plus jeunes amants. 11 pouvait redevenir jeune aussi!... Pourquoi tardait-il encore? Des amis... autrefois il en avait beaucoup!... Trois restaient pourtant, auxquels il pourrait se laisser hacher en morceaux, après l'épreuve, bien entendu.
Il appela donc le plus âgé des trois. « Ami, j'ai confiance en toi, dit-il; prends cette cassette, va la jeter dans la rivière, quelque chose qu'elle renferme, et sans t'informer ni comment ni pourquoi. » L'ami donna sa parole, s'en alla et ne revint plus. Toukaï en fut profondément affligé; par bonheur un second ami était là, prêt à le remplacer. Celui-ci revint, mais stupéfait : ce 0 Toukaï ! s'écria-t-il, c'étaient des diamants! Quel caprice ou quel motif pouvait te déterminer à jeter un pareil trésor à la rivière? MiçKieinricz. — T. I. 4
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— Nous aurons toujours bien assez pour \ivre de ce qui nous reste^ repartit Toukaï ; tu prendras tout ce qui te conviendra. — Peu importe ; dis-moi plutôt quels sont tes projets : va, je n'en dirai rien à personne. — Plus tard, un jour, il n'est pas temps... Voici une autre cassette, jette-la de même dans la rivière, mais sans regarder le contenu. » L'ami prit la cassette sans rien dire ; il regarda Toukaï entre les deux yeux : « Va, va toujours, lui dit Toukaï, le temps éclaircira le reste ! » Il s'en alla dans un morne silence; mais à peine avait-il disparu derrière la montagne, qu'un corbeau tout noir parut de ce côté et s'écria : « Eh bien! maître Toukaï, je m'en retourne à sec; ah ! ah ! mais ne perds pas courage : où donc est ton troisième ami ? » Toukaï se frappa le front, se tordit les mains avec désespoir; et, roulant des yeux hagards autour de lui, se mit à maudire les hommes, les démons et lui-même, ce Mon pauvre Toukaï, qu'estrce que cela veut dire? Déclare-moi la cause de ton affliction ! l'amitié saura partager ta peine, si sa main ne peut l'adoucir. — Oui-dà, l'amitié! s'écria Toukaï; j'avais des amis, tu le sais : après la première épreuve, où sontrils? Mais je connais ton âme, parle, puisse me fier à toi? — Fais-en l'essai sur l'heure, voilà ma réponse. » Il prit une cassette, jeta le trésor dans la rivière; il prit la seconde : le corbeau ne revint pas. Le voilà qui revient luimême! D'aussi loin qu'il l'eut aperçu, Toukaï courut joyeusement à sa rencontre. Les voilà vis-à-vis l'un de l'autre, et se tendant les bras. Toukaï prononça quelques mots mystérieux, fit un signe, et soudain, ô merveille des merveilles! un lion, un tigre, un loup, un dragon affreux, la gueule enflammée, la prunelle ardente, assaillirent de part et d'autre l'infortuné Toukaï. u< Au secours, frère! » s'écria-tril. Aussitôt, oubliant qu'il était désarmé, l'autre se mit en devoir de le secourir. Mais, ô vaine terreur! les monstres disparurent on ne sait où. Seulement, une voix mêlée d'un rire singulier.
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s'écria : k Je te félicite du succès ; mais reste une épreuve encore ! »
Les amis s'embrassèrent Toukaï^ rassuré, dévoila son mystère, expliqua le procédé, donna la recette, ajouta ses observations; comment il fallait couper la tète, hacher les pieds; il insista sur la manière de réunir et de recoller les membres découpés; il indiqua les herbes ou les racines qu'il fallait, à la pleine lune ou à la nouvelle, cueillir en tels ou tels endroits; combien d'onces et de pincées il fallait prendre de chaque ingrédient : et, s'étant ainsi exi^iqué, il s'apprêta à subir l'opération. Cependant il ne put s'empêcher d'éprouver quelques regrets; le soleil se couchait avec une splendeur inaccoutumée : à l'orient la lune se levait dans un azur éblouissant. Touka! alla visiter le jardin. Les fleurs s'épanouissaient à l'entour ; une brise embaumée imprégnait ses tempes de fraîcheur et de parfums : le rossignol invisible chantait plus joyeusement que jamais. Toukai s'arrêta auprès d'un ruisseau, médita, rêva, regarda longuement; une larme tomba de ses paupières ^tôsom bries, et levant vers le ciel les mains et les regards, il s'écria : « Soleil couchant, azur limpide, recevez mes adieux ! »
Aussitôt sa tète roula sous le glaive de son ami >'.
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