LE CHEMIN DU PRÉCIPICE A DJÉHOUD-KALÉ
MIRZA ^®
Fais ta prière, laisse flotter les rênes , détourne le visage; ici le cavalier confie sa tête aux jarrets de son cheval 9». Intrépide coursier! vois comme il se cabre, mesure des yeux le gouffre, plie le genou, saisit de Tongle le bord du précipice.
Il a pris son élan; n'y laisse point tomber *ton regard! là. Je coup d'oeil jeté n'atteint pas au fond non plus que dans la citerne d'Al-Kaïr : n'étends pas le bras, car la main n'est pas un oiseau. Ne laisse pas choir ta pensée, car la pensée est comme l'ancre
Qui , lancée d'une barque fragile dans l'immensité des mers, tombe semblable à la foudre; et, ne pouvant la percer jusqu'au fond, entraîne avec elle le bateau dans les abîmes. '
LE PÈLERIN
Et moi, j'ai regardé, Mirza! j'ai vu là, par les crevasses de la terre... Ce que j'ai vu, je le conterai après la mort; car, dans la langue des vivants, il n'est point de termes pour l'exprimer.
* Le texte porte : traces récentes, Od se souvient que le poète a quitté la LilbaaDie depuis deux ans.
164 POiSIES DIYBRSBS.
xxxvn.
LE MONT KIKINËIS.
MIRZA
Regarde dans Tabime; les deux étendus à tes pieds ^ c'est la mer. Sur cette mer on dirait que l'oiseau-montagne 9*, tué d'un coup de foudre, a déployé l'envergure de ses ailes en un plus vaste orbite que l'hémicycle de l'arc-en-ciel;
Et qu'il a couvert l'azur de l'Océan d'une île de neige. Cette île voguant sur le précipice , c'est le nuage 9' ! de son sein la nuit tombe lugubre sur la moitié du monde. Vois-tu ce ruban de flamme à son front?
Cest la foudre! Arrêtons -nous. Ces précipices nouveaux, nous devons les franchir en pleine carrière; je m'élance, et toi, apprêtant le fouet et l'éperon ,
Quand je disparaîtrai à tes yeux, regarde ces crêtes de^rochers : si un plumage y brille, ce sera mon kolpak ; sinon , ce chemin n'est point fait pour les hommes.
XXXVIU.
RUIPIES DU CHATEAU DE BALLAKLAVA 94.
Ces décombres informes, qui furent des châteaux, jadis ton orgueil et ta défense, ingrate Krimé^! gisent aujourd'hui sur les montagnes comme des crânes géants > habitées par le reptile ou l'homme, plus abject que le reptile.
Escaladons la tour, cherchons les traces des armoiries ; que vois-je! une inscription. Peut-être le nom d'un héros, terreur des armées, qui sommeille dans [l'oubli, enveloppé comme un insecte des feuilles de la vigne sauvage.
SONNETS DE KBIMÉE. 165
Ici^le Grec a ciselé dans les murs les ornements attiques; là^ litalien donnait des fers au Mogol^ et le pèlerin de 1 Mecque murmurait les paroles du namaz :
Aujourd'hui les vautours couronnent les tombeaux de leur noires ailes^ comme sur les remparts d'une ville exterminée par la peste^ flotte éternellement le drapeau de la mort.
AÏUDAH.
J'aime à m'appuyer sur la roche d'Aïudah^ en regardan les vagues écu mantes qui s'avancent tantôt comme de noirs bataillons; et tantôt^ comme des neiges argentées^ font tournoyer sur leurs faces changeantes des millions d'arcsen-ciel.
Elles viennent frapper contre les lagunes et mourir; comme une armée de baleines envahissant la plage ^ elles inondent le soi en triomphe : et bientôt^ fugitives^ elles déposent après elles des coquilles^ des perles et des coraux.
De même la passion attire souvent les orages sur ton jeune cœur^ ô poète ! mais dès que tu lèves la lyre^ aussitôt^ désarmée ,
Elle court se plonger dans l'océan de l'oubli , en laissant après elle des chants impérissables dont l'éternité pour ton front tressera des couronnes.
LES aïeux %