‹ Œuvres poétiques complètes de Adam Mic̜kiewicz, tr. du polonais, d'après l'édition posthume de 1858Chapitre 16 sur 36 · LIVRE DE LA NATION POLONAISE · texte numérisé non relu

LIVRE DE LA NATION POLONAISE

DEPUIS LB OmMEHGBMBMT DO MONDE jrD8Q0*AC lUBTTRE DE LA N. P.

t Au commenceinent étaient au monde la Foi en un seul Dieu et la Liberté ; il n'y avait d'autres lois que la volonté de Dieu; et il n'y avait ni maîtres ni esclaves : mais il y avait des patriarches et leurs enfants.

Bientôt les hommes renièrent le Dieu unique et s'érigèrent une multitude d'idoles ; ils les adoraient > leur sacrifiaient de sanglants holocaustes^ et se faisaient la guerre au nom de ces idoles.

C'est pourquoi Dieu infligea aux idolâtres la peine suprême^ la servitude.

Et la moitié des hommes devint esclave de l'autre moitié, quoique tous procédassent du même père ; car ils avaient renié cette descendance et s'étaient doimé toutes sortes de pères : tel se croyait issu de la terre , tel autre de la mer, et tous de divers éléments.

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Et comme en guerroyant ainsi ils s'étaient asservis les uns les autres 9 tous ensemble tombèrent sous le joug de l'empereur de Rome.

L'empereur de Rome se fit appeler dieu, et proclama qu'il ^'y jbif ajft a« monâ^ d'autpe4di ^ef sa v^tanté^ ce^qu'il approuvera sera juste, et ce qu'il désapprouvera, injuste.

Et il se trouva des philosophes qui s'appliquèrent à démontrer que l'empereur, en agissant ainsi , agissait bien.

Et l'emjpfoevTtderKiMtieaA'^M^JlailatU^sMii^de lui, ni au-dessus rien qu'il respectât.

Et toute la terre devint son .gscl ave , et il n'y eut jamais de servitude pareille dans le monde, ni avant ni après, si ce n'est en Russie de nos jours.

Car même chez les Turks, le sultan doit respecter la loi deMohamm^,eli^Q^âuVVinferj^rçt9rM-«p[^]]Be$ ilya pour cela des Imans.

Tan^ûs^^iil^ leitz^r^de Rysa»e «it 1» «h«C*aup9nèaw jd& la foi ; et ce qu'il ordonne «de< ciK^rei, il fMt ïe croire.

Et il advint que l'esclavage, s'étendant sur le monde, fut «tt«o«ible.; i€oi3«li«:flu>a»lBlioe âiiiv^la^niirt^et tes ténèbres aitàgoeBtà leur < apogée, sBMisi doiiatitla '<lfi»niBAtifon rommua iiy ent laicaiseifiiipràaie d«> là< «ervitade.

En ce temps-là le fiJ8ide.Dieii',lésiifi4}bPîm , descendit sur la. Hme en ense^miitaiiiK homnes que^tous sont égxai et (ràiresi, étaili lâte dfttft tnèiiie '{>ie«ç

Que; ceèuÂ^tlftest ^ané'parmi là» totomesqui lie» sert et se dévoue à leur bonheur; que, meilleur on <«!l, ^pltfS on doit saeriûer : Wi,\efCbMty âixiUetnieiileur, dfeviiit sacrifier son sang par la plus douloureuse passion.

AidBusi lieKihï)i^>enseigBaH'qu^^''4$9ttde respeèMMe sur la tenra «i sagcttse h^mmaa^ tii pmsfl«noe/ni rî<3h«S9e, ni couronBe> ma» bien le saori^ke de svâ^môme pmir le salut 4esattti>es;

Que tel qui s'immole au bien de ses>seny|f)a4>leâ -trompera

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DE LA NATHKV POLONAISE

sagesse ^ ricfa^sae et la conroBae du e)^ et delft.tefre dans tous tes teiaps et dans tous les ttem;

Ettelqui sAmie Isa autres à satpourobtemrsagiesse, pirts» ..sance, richesse elcooréiiB^^ ne tvemeta qaefoHe, misère et perdUii^n sof la ttmy mn eiiflbrs et iMotout.

Elle Cïmsfk dit enfin : a Qui me suivra sera saofé^ car je suis toute jusAiee et toofe i^ntè. » Btesnime )e Glrrist eii« seigaait eeci^ tes )iiges:qiii jugeaient au nom de l'empereur 4e Rome »'effra(fèreiit et se iHirent : « Nous avsns expulsé ia justice de ia Cerre^ et la Tûlà qui revient; 1uofi»4a , et puis ensevtslisaons-la. »

Ils supplieièrent donc le pins saint et fee plus innocent des bommes^ils le dépoflèrestauteanbeau^et s'écrièrent :«lt n'y a plus de justice ni de vérité sur la terre ; et qui donc osera maintenant résister à remperevr de Rome t

Mais ce fut un cri insensé; car ils ignoraient qu'en commettant le^^uS' grand crime ils avaientmis le comble à leurs iniquités : et lenr puissance finit au moment de leur plus grande sécurité.

Car le Christ ressuscita ; et, après avoir chassé les emj[»e^ reurs, il planta sa eroii sur leur métropole. Alors tes mai-* très affranchirent leurs esclaves et reconnnrent en eux des frères; et les rois, oints au nom de Dieu, reconnurent audessus d'eux la loi divine : et la justice revint sur la terre.

Et tous les peuples qui avaient reçu la foi, les Teutons comme les Italiens, les Français comme les Polonais, se considéraient comme un seul peuple, et Ton nomiMit ce peuple la chrétienté.

Et les rois de divers peuples se regardaient comme frères, et marchaient sous le même étendard , la croix.

Et toosceux qui étaient chevaliers allaient combattre, les païens en Asie pour défendre les chrétiens d'Asie , et pour reconquérir le sépokre du Sauveur.

Et cette guerre en Asie se nommait croisade.

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e4 LIVftB

El quoique ce ne fût ni amour de la gknre ^ ni soif des conquêtes , ni convoitise des richesses , qui portât les chrétiens à faire la guerre, mais bien la délivrance de la Terre sainte, Dieu les en récompensa par la gloire , de vastes possessions , des richesses^ et la sagesse. L'Europe s'éclairait, s'organisait, grandissait; et Dieu la récompensait ainsi de ce qu'elle s'était sacrifiée pour le bien d'autrui.

Et la liberté s'étendait en Europe peu à peu, mais avec ordre et persistance ; des rois, la liberté descendait aux seigneurs^ et ceux-là, étant libres, transmettaient la liberté aux chevaliers, et des chevaliers la liberté passait aux villes, et dans peu elle allait affranchir le peuple :] et toute la chrétienté devait être libre, et tous les chrétiens, comme frères, égaux entre eux.

Mais les rois ont tout perverti.

Car les rois, devenus mauvais , étant tombés au pouvoir de Satan, se dirent l'un à l'autre : « Voilàqne les peuples grandissent en sagesse et en bonheur, et ils agissent en sorte que nous ne pouvons les châtier, et le glaive se rouille dans nos mains; à mesure que les nations deviennent libres, notre pouvoir s'affaiblit : et sitôt qu'elles seront émancipées, notre pouvoir aura vécu. »

Et cette pensée des rois fut une pensée de folié ; car si les rois sont les pères des peuples , les peuples aussi , comme leurâ enfants , se libèrent en grandissant de la tutelle et des verges paternelles.

Et cependant, si les pères sont bons, les enfants, bien que majeurs et émancipés, ne renient pas leurs pères; mais, en raison de leur vieillesse, ils les respectent et les aiment davantage.

Mais les rois voulurent être comme les pères des sauvages vivant dans les bois, qui attèlent leurs enfants comme des bestiaux ou les vendent aux marchands pour en faire des esclaves.

DB LÀ NÀTlOn POLONiJSB* 66

Donc les rois se dirent : « Tâchons de faire en sorte que les peuples restent toujours dans l'ignorance y afin qu'ilsne connaissent pas leurs forces et qu'ils se divisent entre eux, pour qu'ils ne se coalisent pas contre nous. )>

Les rois dirent donc aux chevaliers : « Qu'allez-vous faire en Terre sainte ? Cest trop loin de chez nous ; combattez-vous plutôt les uns les autres. » Et la philosophie de démontrer aussitôt qu'il n'appartenait qu'aux fous de combattre pour la foi.

Ainsi les rois^ ayant renié le Christ y- firent des dieux à leur image ; et, les ayant exposés à la face des peuples, ordonnèrent de les adorer et de combattre pour eux.

£t en France le roi fit une idole qu'il appela Points htmneur; et c'était la même idole qui du temps des païens se nommait f^eau-^Or.

Et en Espagne le roi fit une idole qu'il appela Suprima* tie politique, ou Frépandérance nationale, autrement Force et Violence ; et c'était la même idole que les Assyriens avaient adorée sous le nom de Baal, les Philistins sous celui de Dagon, et les Romains sous celui de Jupiter.

Et en Angleterre le roi fit une idole qu'il appela Souveraineté des mers et du commerce y ^i c'était la même idole qui se nommait autrefois Mammon.

Et Satan fit à l'Allemagne une idole qu'il appela Brodsinn^ ou Bien-être; et c'était la même idole qui se nommait anciennement Moloch et Cornus.

Et les peuples adorèrent leurs idoles.

Et le roi dit aux Français : « Levez-vous et combattez pour l'Honneur! v

Ils se levèrent donc et combattirent pendant cinq cents ans.

Et le roi dit aux Anglais : « Levez-vous et combattez pour Mammon! »

Ils se levèrent donc et combattirent pendant cinq cents ans.

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Et les autves luiticnis coMbattirent aussi chacune pour son idole.

Elles peuples otiblièrent qu'ils procédaient d'an seul et même père.

Et FAnglaia dit : « Mon pèrà se ii<Mnme Vaisseau et ma œère f^apewr. » Le Français > au contraire^ dit : « Mon père se nomme Conlinext et ma mère Bourse. « Tandis que rAUensBid dit : « Mon père se nomme Établi et ma mère Guinguette, »

Et ces niêmes hommes qui soutenaient que c'était folie de combattre pour la foi contre les païens , ces mêmes hommes se battaient pour un laasbeao de papier appelé tré^é- Ils se battaient pour un port^ pour une ville ; comme des paysans qui se battent à coups de perches pour la limite d'uoe terre qui n'est pas à eux, mais à leurs maîtres.

£tces mêmes hommes qui soutenaient que c'était folie d'aller dans des pays éloignés au secours de leurs semblables^ ces mêmes hommes traversaient les mers par ordre des rois ,^t combattaient tel pour un comptoir, tel pour un sac de laine, tel autre pour des s«efaets de poivre.

£i les rois les vendaient e»x^mèmes à prix d'agent, pour être déportés outre^mtr.

Et les peuples se corroafxirent au point qu^«nlfe tous les Jkllemands ^ Italiens, Français ou Espagnols , il ne se trouva -qu'un seul hommes chrétien ^ %ai%e et chcvaher. Il était natif de Gênes.

Celui-ci conseillait que l'on cessât de guerroyer chez soi , «É que foD s'efforçât phitM de reconquérir lesépulcredeNore-Seigneur; ainsi que l'Asie, qui n'était plus qu'un désert, «tqui pouvait devenir un pa^» ri<^he et bien peuplé entre des mains chrétiennes. Mais tous se moquaient du Génois, «I disaient : u Ot homme est un iév«ur, un fou. n

Cet homme pieux partit donc seul pour sa croisade ; «t eamme U étoitseul ci paovre, il voulut 4'abord découvrir le

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DE LA NATI^H POLONAfSE. 99

pays qui produit Tof ^ et là^ t^étéfA tnani dericheflses^ il comptait lever une année et reconquérir la Terre sainte. Mais tous, entendant cela, s'écrièrent : « Décidément il est insensé ! »

Néanmoins Dieu vit ses bonnes intentions et le bénit. Et cetbomme découvrit TAmérique, qui devint la terre de la liberté, une autre terre-sainte. Cet bomme avait nom Christophe Colomb; il fut le dernier chevalier croisé en Europe, et le dernier qui entreprit une expédition pour la gloire de Dieu et non pour la sienne.

Cependant, en Europe, Tidolàtrie se propageait; et, de mémequé, chez les païens, on avait d'abord»adoré des vertus sous formes d'idoles, et puis des vices, et puis des hommes et des bêtes, et puis des arbres, des pierres et diverses figures de géométrie, de même il advint ep Europe.

Car les Italiens se figurèrent une idole qu'ils appelèrent Équilibre p6litiqne;0Ty cette idole fut inconnue aux anciens idolâtres. Et les Italiens les premiers lui dressèrent des autels; et, en combattant pour êHe ils s'affaiblirent, s'hébétèrent, et tombèrent au pouvoir des tyrans.

Alors les rois de l'Europe , venant que le culte de cette idole avait extémté la nation italienne l'instituèrent au plus vite dans leurs Etats, lui dressèrent aussi des autels, et or«donnèrent de combatt'e aussi en son nom

Et voilà que le roi de Prusse traça un rond et dit : a Voie» un dieu nouveau! » Et l'on adora ce rond, et l'on appela ce culte Arrondissement paUtïqw.

£t les peuples, créés à l'image de Dieu, furent désormais considérés comme des amas de pierres ou des chantiers de bois; on les tailla, les morcela, afin de les faire peser autant 4es DnMqœles autres. Et un fitat, une patrie d'hommes, fut comme une pièce de monnaie, qu'un juif circoncit pouf s'arrondir.

Et il se trouva de/s philosophes qui sefireatles apologistes des rois et de leurs œuvres.

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Et parmi ces faux sages^ prêtres de Baal^ de Molock et de YÉqmUbre^ il y en eut deux des plus célèbres.

Le premier se nommâ,it MachAaoel,c% ({yxi ^gnifie en grec un. homme avide^de-la-guerre ; sa doctrine conduisant à des guerres perpétuelles^ comme celles des païens de la Grèce. ,

Le second vit encore et se nomme AnciUony ce qui veut dire en latin ftls-de-r esclave ^ ses préceptes aboutissant à la servitude telle qu'elle existait parmi les Latins.

Entin l'Europe idolâtre eut trois rois : le premier^ nommé Frédéric 21, de Prusse ; l'autre, Catherine 11, de Russie ; le troisième, Marie- Thérèse, d'Autriche.

Ëtce fut une trinité diabolique opposée à la trinité divine; c'était comme une moquerie , une profanation de tout ce qu'il y a de saint et de sacré.

Frédéric, dont le nom signifie le pacifique, inventa des guerres et des brigandages toute sa vie durant; et fut comme Satan, qui soufflerait partout la guerre, et se ferait appeler par dérision Jésus-Christ, ou dieu delà paix.

Or ce Frédéric, en dérision des anciens Ordres de chevalerie, institua un Ordre impie, auquel il donna la devise ironique de Suum cuique; c'est-à-dire : rends à chacun son droit*. Mais cet Ordre était porté par ses valets, qui pillaient et dévastaient le bien d'autrui.

Et ce Frédéric, en dérision de la sagesse, écrivit un livre* qu'il intitula VAnti^ Machiavel , ou l'adversaire de Machia- . vel ; tandis que lui-même agissait conformément à la doctrine de Machiavel.

Or, Catherine signifie en grec la chaste, tandis qu'elle était la plus impure des femmes; comme si l'impudique Yénus avait prisle nom de Vesta.

* Ou plutôt : « Chacun pour soi, chacun chez soi, et Dieu pour tous, » Cette odieuse maxime, quoi qu'on fasse, ne deviendra Jamais la devise de la France.

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DE LÀ NATION POLONAISE. 69

fit cette Catherine réunit un conseil destiné à former un code de lois, en dérision de toujte jurispnidence; car ellemême détruisit et viola tous les droits de ses'semblables.

Et cette Catherine ût annoncer qu'elle favorisait la liberté des cultes, en dérision de toute tolérance ; car elle avait contraint plusieurs millions de ses semblables à changer de religion.

De même Mark-Thérèse portait le nom de ITiumble et immaculée mère du Sauveur, en dérision de toute humilité et de toute sainteté 4>.

Car c'était une diablesse pleine d'orgueil et guerroyant toujours pour s'emparer du bien d'autrui ;

Et pleine d'impiété : car, tout en marmottant des prières et se confessant, elle réduisit en esclavage des millions de ses semblables.

Or, elle avait un fils nommé Joseph^ qui portait le nom d'un patriarche, lequel patriarche ne se laissa point séduire àlafemmePuttphar, et rendit à la liberté ses frères, qui l'avaient vendu comme esclave.

Et ce Joseph d'Autriche induisît sa propre mère en péché, et ravît la liberté à ses frères polonais, qui avaient sauvé son empire de l'esclavage ottoman.

Les noms de ces trois rois , Frédéric , Catherine et Marie- Thérèse, sont trois blasphèmes ; leur vie, trois forfaits ; leurs mémoires, trois malédictions.

Alors cette trinité, voyant que les nations n'étaient pas encore assez abruties et corrompues, fit une idole nouvelle, la plus hideuse de toutes, et nomma cette idole Égoîsme*; et même les idolâtres de l'antiquité ne l'avaient pas connue.

Et les peuples se dépravèrent au point qu'il ne se trouva plus entre eux qu'un seul homme, citoyen et soldat.

Cet homme conseillait de cesser les guerres d'Égoïsme,

* Voyez VOde à la Jeunesse^ tome I, page 54.

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et d'aller plutôt défendre la liberté du procbain ; et laiHdiénie alla combattre dans la terre de Ubectc^ en Amérûiu^; Le nom d e cet bomme est La{a;j^ette; eX U est ledernUr ée3 aneUns bommes de TEurope en. qui subsiste encore Vespvitde dévouement^ débris de l'esprit chrétien-

Cependant tousies peuples ado^aknt rËgoïsm^* Et ks rois dirent : a Si nous propageons le culte de cette i<i«le> il arrivera que,, de même qu'il y a aujourd'hui guerr« de peuple à peuple^ il y auya guerre de ville à ville, pms guerre d'homme à homme.

a El les hommes redeviendront sauvages> et nous ressaisirons sur eux le pouvoir qu'eur^t jadis les rets sauvages et idolâtreSj^ et que possèdent maintenant les rois n^res et les rois çannibaleSa le pouvoir de dévorer leurs sujets. »

Mais la nation polonaise seule n'adora point la nouvelle idole ; elle n'eut point dans sa lan^e de nom pour la consacrer, ni pour baptiser ses adorateurs , dont le nom , égoïstes, est français.

La nation polonaise adorait un Dieu, sachant qu'en le fôtisant elle rendait hommage à tout ce qui est bon.

La nation polonaise resta donc fidèle au Dieu de ses pères, du commencement jusqu'à la fin.

Ses rois et ses hommes de guerre n'assaillirent jamais aucune nation chrétienne ; mais ils défendaient la chrétie»té contre les idolâtres et les barbares , qui lui apportaient l'esclavage.

Et les rois de Pologne allaient, pour la défense dcs^fidè* les, dans les pays lointains; le roi Vladislas à Varna'', et le roi Jean sous les murs de Vienne, pour la défense de l'O» rient et de l'Occident.

Or, jamais ses rois et ses hommes de guerre n'envahi-

* yiadi$Ia8, fils de lagbellon, tué en 1444 à la bataille de Varna. Noos ne faisons pas an lecteur Poutrage de lui indiquer la date du second événement.

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DE LJL llAtlt>N MLONÀISB. ff

rentles terres de leurs ^tnstns; mais ite les admettaient à leof comHiyniori fraternelle^ en les fiant à eux parie bien* fait de la loi et de la liberté'*.

fitfifiev les en récompemsa; ear un grand peuple , la Lithuanien vint s'unira ht l^dlogfne comme une épouse à son époux : deux âmes dans un c(jrps.'Et ilii'y etrt jamais anpa* raTftttt paréiHe union dépeuples; mais il y en aura plus tard.

Car eétte uniom et ée mariage de le Litbnanîe à la Po- Ic^e est ie symbole de Tunfen future de tous les peuples chrétiens, au nom dé latoi et tiela liberté.

fit Dieti actorda au roi de Pologne et aux guerriers de la liberté 'de ponroir tousVentte-donner le nom de frères, les pldsriehes comnïe les plus patmres. Et îl n'y eut jamais patcîfié'llbèfrté sur la terre; mais il y en aura plus tard.

Le roi ttlesiiomtoesde guerre recevaient dans leur fraicrrihé tt)ùjours ^flus de peupië^ et servent des légions entières et des tribus entières. 'Etie nombre des frères devint grand eomme'k^nàttlbny^'dans aucune nation il n'y eut autant dirommes libres et if appelant frères que parmi les Pdfenais.

Et*enfin> le jour duS" m»i^*% le roi et les dfaevàliers entreptir€fnt d'admettre tons les PcrtonaSs à leur fraternité; les bourgeois d*atbord, les paysans après.

fttïm appelait les frères sHàcfitdy ou nobles; parce qu'ils s'anoblissaient en devenant frères des Lech***, tous bom mes égaux et libres.

* Ce passage a trait au baptême des LithuaDiens par aoe reine, de Pologne, la Jeuce Edvige, en 1387.

'^'a ttiél 1^91 i (fest'à-dfre dnq fnols avant la première oonsUlatioa française CS9 septembre I79f )•

*"* L*étymologiedamot«ztoc/itoe8t selon (ottteprobabiiilé2-/«c/i; z signMimt attû, t\ Uch étant ià dénomination primlUve des Polonais, Léchiies ou compagnons de L^çh.

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71 uyas

Et ils voiikient que tout chrétten eo Pologne Côt anobli et s'appelât ssUachclÇj pour indiquer qu'il devait avoir une àme noble et être toujours prêt à mourir pour la liberté;

De même que l'on appelait autrefois chrétien tout hoipme adoptant l'Evangile , pour indiquer qu*il était prêt à répandre son sang pour le Christ.

La noblesse devait donc être un baptême de liberté; et tout homme qui serait prêt à mourir pour la liberté devait recevoir ce baptême^ de par la loi et de par le glaive.

Et la Pologne dit enfin : (( Quiconque viendra à moi sera libre et sera l'égal de tous^ car je suis ul uberté. »

Mais les rois, ayant appris cela^ frémirent dans leurs cœurs, et dirent : « Nous avons expulsé la liberté delà terre ; et voilà qu'elle revient dans la personne d'une nation juste, qui ne sacrifie point à nos idoles : allons et tuons cette nation. » Et ils complotèrent entre eux une trahison.

Vint d'abord le roi de Prusse^ qui embrassa la Pologne et la salua en lui disant : a Mon alliée 1 Et il l'avait déjà vendue pour trente villes de la Grande-Pologne, comme Judas avait vendu le Christ pour trente sicles d*ai^ent

Et les deux autres rois se jetèrent sur la Pologne, la garrottèrent, et le Gaulois, étant juge, dit : a En vérité , je ne trouve pas de crime en cette nation; et mon épouse, la France, femme timide, est tourmentée par de mauvais rêves : cependant, emparez-vous de cette nation et faites-la mourir dans les supplices! » Il dit et selavales mains "".

Et le gouverneur de la France dit : » Notre sang et notre or ne peuvent racheter cet homme, car de même que mon argent et mon sang n'appartiennent qu'à moi, le 'sang et

* Narodf oa nation, en polonais, est mascalin. Nous n*avons pa nous servir du mot petiple, dont la signilication ooUecUve est beaucoup plus restreinte.

Voyez , dans la deuxième partie des Aïeux^ la Vision du pr6tre Pierre (t!, p.246).

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DE LA NAnOM P0U>1IAISB. 72

l'ftTgént de ma natbn n'appartiennent qu'à ma nation! »

Et ce gouvernear proféra le dernier blasphème contre te Christ ; car le Christ enseignait que lé sang dn Fils de l'homme appartient à tous les hommes, ses fibres .

Et dès que le gouverneur eut proféré ces paroles, toutes les croix tombèrent du haut des tours de la capitale impie; car le signe du Christ ne pouvait plus éclairer un peuple ido«lâtre d'Égoîsme.

Et cet homme se nommait Kasimir Périer^ d'un nom de baptême slave et d'un nom de famille romain"". Son nom de baptême exprime le corrupteur ou le destructeur de la paix; et son nom de famille, dérivé du mot perire, ou périr, signifie celui qui se perd ou qui perd les autres : et ce double nom est celui de l'Antéchrist, et il sera maudit dans la race slave comme dans la race romaine.

Et cet homme déchira l'alliance des peuples, comffie jadis le pontife hébreu avait déchiré sa robe en entendant la voix du Christ expirant.

fit la nation polonaise fut mise à mort et déposée au tombeau; et les rois s'écrièrent : « Nous avons tué la Liberté ! »

Et ce cri fut insensé; car, en commettant le dernier crime, ils avaient comblé la mesure de leurs iniquités : et leur puissance finissait alors même qu'ils s'en réjouissaient davantage.

Car la nation polonaise n'est pas morte ; son corps repose dans le sépulcre, et son âme est descendue de la terre, c'est-à-dire de la vie politique, aux linibes, c'est-à-dire à la vie privée des peuples qui endurent l'esclavage, dans le pays et hors du pays : afin d'être témoin de leurs souffrances.

Et le troisième jour l'âme doit retourner à son corps, et la nation ressuscitera et délivrera tous les peuples européens de l'esclavage.

* Kazl, profane, détruit ; mtr, la paix.

MIÇK1EWICZ. T. 11. 7

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74 LIVBE DB lA fïATION POLONAISE.

Et deux jours sont déjà passés; le premier jour (iDit avec la première prise de Yarsovie^ et le second jour finit avec la seconde prise de Yarsoyie : le traisième jour se lève, mais il ne finira point.

Bt conme sur toute la terre après la résurrection du Christ cessèrent les isaaglants holocaustes, de mèoie dans la ohrétienté cessera toute guerre , après la résurrection de la nation polonaise 43.

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L'àme de la nation polonaise ce softt lés Pèlerins polonais.

Et chaque Polonais en pèlerinage ne s'appelle pas réfugié; car un réfugié est un homme fuyant pour emporter sa vie des mains de f ennemi.

Le Polonais ne s'appelle pas non plus exilé; car on etflé est un homme hanni par un décret de son magistrat, et ce n'est point son magistrat qui expulsa le Polonais.

Le Polonais en pèlerinage n'a pas encore de nom propre ; mais ce nom lui sera donné dans le temps, comme le nom des confesseurs du Christ lenr fut donné dans le temps.

Et en attendant, le Polonais s'appelle Pèlerin, parce qui) a fait \œu d'aller en pèlerinage à la Ten-e sainte, c'est-àdire à la Pologne délivrée, et de poursuivre son chemrni jusqu'à ce qu'il la trouve.

Mais la nation Polonaise n'est pas d'essence divine comme le Christ; donc son âme en pèlerinage dans les limbes peut s'égarer : et le jour de sa résurrection et de son incarnation nouvelle serait ainsi retardé.

Lisons donc à plusieurs reprises l'Évangile do Christ,

Et ces instructions et paraboles qu'un Pèlerin polonais a reueillies de la bouche et des écrits des Chrétiens pol(>nais, i^artyi's et pèlerins.

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76 UVBB

t Plusieurs vaisseaux de guerre et une barque de pêcheurs traversaient TOcéan; et il se fit un temps orageux d'automne. Dans ces temps^ plus un vaisseau est grande et plus il est insubmersible; plus il est petit, et plus il court de danger.

Les hommes qui étaient sur le rivage se dirent entre eux : « Bienkenreux les nautoniers des grands vaisseaux ! Malheur aux matelots d'une barque de pêcheurs par un temps d'automne 1 1»

Hais les hommes du rivage ne virent pas qu'à bord des granda navires les marins* s'étaient enivrés et révoltés, qu'ils avaient brisé les instruments au moyen desquels le pilote observe les étoiles, et jeté l^ boussole à la mer. Cependant les vaisseaia semblaîent en apparence tout aussr puissants que naguère.

Mais, ne pouvant plus se gouverner d'après les étoiles, et privés de boussole, les grands navires s'égarèrent et furent aibmergéft.

Et la barque de pêicbeurs, qui gouvernait d'après le ciel et la boussole, ne s'écarta pas du droit chemin et atteignit le bord; et, quoiqu'ellese brisa sur les falaises, les hommes furent sauvés avec leurs instruments etleur boussole. Et ils reconstruiront leur barque.

Et il devint évident que la grandeur et la force des bâtiments sont utiles, mais que sans les étoiles et la boussole elles ne sont rien.

— Et l'étoile des Pèlerins, c'est la foi céleste; et leur boussole, c'est Tamour de la patrie.

L'étoile luit pour tout le monde, et l'aiguille aimantée indique toujours le nord. Et avec . cette boussole on peut faire voile pour le levant comme pour le couchant, et sans

elle rOeéan pacifique aussi n'est que périls et naufrages^ Donc> avec Famour et la foi^ le navire des Pèlerins polonais atteindra le terme de son voyage; et sans foi et sans affiour les peuples guerriers et puissants dériveront et feront naufrage : et ceux d'entre eux qui se sauveront ne re^ construiront plus le vaisseau.

Pourquoi votre nation doit-elle hériter de la future liberté ^u monde?

Vous savez qu'un homme ayant plusieurs proches ne lègue pas sa fortune à celui d'entre eux qui se distingue par sa force^ ni à celui qui est le plus industrieux^ ni à celui qui fait preuve de soif et de bon appétit;

Mais il la laisse à celui qui l'aime plus que les autres^ qui demeure auprès de lui quand les autres courent après la bonne chère ^ le gain ou le plaisir.

Voilà pourquoi votre nation recevra l'héritage de la liberté.

Pourquoi la promesse de résurrection a-t^Ue été donnée à votre nation?

Ce n'est pas parce que votre nation fut puissante ; car les Romains ont été plus ' puissants :, ils sont morts ^ et ne ressusciteront plus.

Ce n'est pas parce que votre république fut ancienne et célèbre ; car Gènes et Venise ont été plus célèbres et plus anciennes : elles sont mortes > et ne ressusciteront plus.

Ce n'est pas parce que votre nation florissait par les sciences; carlaGrèce^ mère des philosophes , est morte^ et demeura ensevelie jusqu'à ce qu'elle eut oublié toute philosophie : et, lorsqu'elle redevint ignorante, voilà qu'elle donna signe de vie-.

Et les royaumes de Westphalie^ d'Italie et de Hollande

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7a LIVKE

furent trèft-éclairés; royaumes que vous avez vus naître et mourir sans qu'ils ressuscitent jamais.

Et vous vous lèverez du tombeau ; car vaus êtes croyants et pleins d'espérance et d'amour.

Vous savez que le premier mort à qui le Gbhst rendit la vie fut Lazare.

Et le Christ ne ressuscita ni un général d'armée^ ni un philosophe^ ni un marchand , mais Lazare.

Et l'Écriture dit que le Christ l'aima ; et que le seul homme que le Christ pleura, fut Lazare.

Et qui donc, entre tous les peuples, est aujourd'hui semblable à Lazare?

Pèlerin polonais, tu as été riche, et voilà qne tu souffres la pauvreté et la misère ; alSn que tu apprennes ce que c'est que la misère et la pauvreté , et de retour chez toi que tu puisses dire : « Les pauvres et les indigents sont mes cohéritiers. »

Pèlerin,Hu faisais les lois et tu avais droit à la couronne 44^ et voilà que sur la terre étrangère on fa mis hors la loi ; afin que tu connaisses ce que c'est que l'absence de protection légale, et de retour chez toi que tu puisses dire : a Les étrangers sont mes colégislateurs. »

Pèlerin, tu avais de la science, et voilà que les sciences estimées par toi te sont devenues inutiles, et que tu reconnais la valeur de celles qne tu méprisais ; afin que tu saches le prix de toute science de ce monde , et de retour chez toi que tu puisses dire : « Les simples sont mes condisciples. »

N'invoquez pas la protection des princes, des magistrats et des savants étrangers. Durant les jours orageux, k>rsque

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DIS PÈLEBIHS POLONAIS. 79

lesnoéM paflseBt enceintesde la fondre, e'est foUe que de s'aller abriter aupfè» des grattds dikies^ 6a de se lancer à la grande mer.

Les princes et les mi^istrats de ce siède ce sont les grands arbres attirant la fondre; et la sagesse de ce siècle c'est la grande mer.

He croyez pas que le pouvoir smt flian?ais en Ini-nène et la science mauvaise en elle-même ; ce sont les hMunes fvi les ont corrompus.

Car la mi^istratnre^ selon le Christ^ était nne oroix sur laquelle un juste se laissait clouer et torturer ponr le bien d'autrui.

Et les rois furent oints comme les prêtres, pour recevoir la grâce du sacrifice. Et le vicaire du Christ se nommai le serviteur des serviteurs.

Et la science , selon le Christ, devait être le Verbe divin , le pain et la source de vie. Le Christ a dit : « On nevitpasque de pain , mais de parole aussi. »

Et tant qu'il en était ainsi, la science et le pouvoir furent considérés. Mais ensuite des bommes'vils se dispatèrent le pouvoir comme une eoucbe bien chaude où ils voulaient dormir; et ils évaluaient une charge publique comme une taverne de grand chemin, d'après ce qu'elle rapporte.

Et les hommes savants distribuèrent du poison au lieu de pain ; et leur voix fut comme le beurdonoement des moulins tournant à vide, dans lesqu^ le grain de ki foi mnhque, et qui font leur tapage sans donner de nourriture à personne.

Et vous êtes devemisla pierre de touche des prince&et des docteurs de ce monde ; car, durant votre pèlerinage , vous avez. Dieu merci, reçu plus de secours des mendiants que des princes : et durant vos combats, dans vos (Misonset dans votre pauvreté, vous vous êtes mieux rassasiés d'une.prière que de toute la science des Voltaire et des Hegel , qui sont

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cooMne te poisoD^ et de tonte la doctriae des Guizot et des Cousin^ qui éontcooiBie les moulins tournant à vide^ et oe produisant que du son.

C'est pourquoi le pouvoir et la science sont tombés en mépris; car un homme vil est appelé maintenant tnênisiériely ce qui veut dire un homme au pouvoir ou aspirant à y arrivàr : «t un sot est appelé doctritudre, ce qui veut dire un pédant.

Il en était de même aux temps de la venue du Qirist; car un publicain de Rome ^ c'ea1rà*dire un magistrat^ voulait presque dire voleur ;'ttn proconsul^ c'est-à-dire un gouverneur de province^ signifiait bourreau; un pharisien ^ juif versé dans les Écritures ^ était l'équivalent d'hypocrite ; et un sophiste > c'est^à-<Ure un sage de la Grèce > signifiait fripon.

fiticette signification leur est restée jusqu'au jour d'au- J4>urd'hUh

Et depuis votre venue ^ telle s^a dans la chrétienté la signification dâ roiyé^Jord, de pair ^ ée ministre ei de prq/iBsstur. .

Mais vous .avez reçu la mission d'en haut de réhabiliter le pouvoir et la Science dans votre pays et dans toute la chrétienté.

Car vos supérieurs ne aont point ceu^ qui s'endoxment lei^us paîsîUement dans leur emploi^ et qui tirent le plus gNtnd profit de leurs charges ;

Mais bien eeux qui ont le plus de soucis et le moins de sommeil^ et qui sont persécutés et décriés plus que vous^ qui ont abandonné de plus grandes richesses^ de plus vastes domaines; et qui^ s'ils tombaient au pouvoir de l'ennemi ^ siihiraient de plu& cruels supplices.

fit dans lesautres pays^ qtiiand Fennemi vient à s'emparer du gouvernement, le peuf^e perd son avoir ou la vie ; et les magistrats fonctionnent toujours, et les pédants eigoteut

DES PfiLBBIIfS POLONAIS. 81

toujours et serrent les gouTemements qui les payent toujours; ^ •

Et parmi yous^ vous savez que les meilleurs 'd'entre vos sénateurs, vos nonces et vos généraux sont les plus coupables aux yeux du tzar de Moskou , et ceux qu'il appelle les plus coupables sont les plus dignes d'estime : et ceux qu'il fera mourir dans les supplices seront saints devant Dieu et devant les bommes.

Et les sages ne sont pas ceux d'entre vous qui se sont enrichis en débitant leur science, et qui ont acheté des terres et des maisons, et que les rois ont gorgés d'or et comblés de faveurs;

Mais bien ceux qui vous ont fait entendre la parole de liberté, qui ont subi la prison et le knout, et ceux qui ont le plus souffert sont les plus dignes d'estime : et ceux qui scelleront leur croyance avec leur sang seront saints devant Dieu et devant les hommes.

En vérité, je vous dis que toute l'Europe apprendra de vous quels sont ceux qu'il faut appeler sages et puissants. Car maintenant en Europe le pouvoir est opprobre , et la science folie.

Et si quelqu'un d'entre vous dit : « Voilà que nous sommes sans autres armes que nos bâtons de pèlerins; e^ comment pourrions-nous changer l'ordre établi dans les Etats vastes et puissants? »

Que celui qui parle aiqsi considère que l'empire romain fut grand comme le monde , et que Vemperenr de Rome fut puissant comme tous les rois pris ensemble ;

Et voilà que le Christ eijivoya eontre lui douze hommes simples. Mais comme ces hommes avaient l'esprit d'en haut, l'esprit de dévouement , ils vainquirent l'empereur.

Et si quelqu'un d'entre vous dit : « Nous ne sommes que des soldats illettrés ; et comment pourrions-nous convaincre les sages des pays les plus éclairés et les plus civilisés? »

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Que celui qui parle ainsi considère que les sages d'Athènes furent routés pour les plus éclairés et les plus civilisés des hommes;

Et ils furent vaincus parla parole des apôtres :car lorsque les apôtres commencèrent à prêcher au nom de Dieu et de la Liberté, le peuple abandonna les sages et suivit les apôtres.

On vous dit souvent que vous êtes a» milieu des nations civilisées, et que vous devez vous civiliser à leur «xemple. Mais apprenez que ceux qui vous parlent de civilisation ne comprennent {^lâ eiiX' mêmes le sens de leurs paroles.

Le mot cMlisatiwi est dérivé du mot latin dois, citoyen , et signifiait le civkme. Et Ton appelait citoyen un homme qui se dévouait pour sa patrie , comme Seévola , Gunus et Décius; et un pareil dévouement était un aete de civisme. C'était une vertu païenne, moins parfaite que la viertu chrétienne , qui ordonne 4e se sacrifier noit^seulement pour sa patrie , mais pour tous les hommes. Néanmoins c'était toujours une vertu.

Mais plus tard, quand l'idolâtrie eut confondu les langues, on appela civilisation une parure élégante et recherchée , la bonne chère, des lits. commodes, de beaux spectacles et des routes larges*.

Non-Seulement un chrétien, mais certes un païen de Rome, s'il ressuscitaât et voyait les hommes qui s'appellent aujourd'hui civilisés, serait indigné, et leur demanderait de quel droit ils osent ^arroger un titre qui dérive du mot civis^ citoyen.

N'admirez donc pas tant les nations qui s'engraissent

* C'est CD un mot le comfort anglais, qui semble avoir détrôné partout la siguilication primitive et seule réelle du mol de civilisation.

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DKS PÈLEB1N8 POLONAIS. ft3

de Bien-être, ou qui sont industrieuses et bien administrées.

Car si la nation la plus opulente^ qui mange bien et boit bien , doit être la plus estimée , yous devriez estimer entre vous les hommes qui sont les plus corpulents et les plus robustes. Les animaux peuvent posséder les mêmes qualités; mais à l'homme autre chose encore est nécessaire.

^ si les nations industrieuses doivent être réputées parfaite» , les fourmis les surpassent toutes en industrie; mais à rhomme autre chose encore est nécessaire.

Et si les nations les mieux administrées doivent être réputées parfaites, où donc y a-t-il une meilleure administration que dans une ruche ? Mais à l'homme autre chose encore est nécessaire.

Car la seule civilitSation vraiment digne de Thomme est ia civilisation chirétienne.

t Un citoyen avait quatre fils, et lui-même il les élevait dans la piété et dans la vertu; et lorsque les aînés furent sortis de Tenfanee , il les envoya dans une grande école.

Les deu^ aînés, étant vertueux et diligeat&, étudiaient bien et méritaient Testime générale. Ils prospéraient et faisaient de grands progrès dans la sagesse.

Et , voyant que tout allait h leur gré , ils en conçurent do l'orgueil, et se dirent : « Les hommes nous estiment ajuste ti^, e9X nous en savons bien plus que les autres ; or il convient que nous soyons mieux logés, mieux vêtus, et que nous jouissions du monde bien plus que les autres. »

Mais comme leur père ne leur envoyait de l'argent que pour subvenir à leurs besoins et non pour leurs fantaisies, ils cessèrent de s'adresser à leur père ; ils rompirent avec lui, et commencèrent à se procurer eux-mêmes de l'argent, d'abord par des moyens honnêtes, puis en contractant des dettes sur leur héritage : et ils trouvèrent un usurier qui leur en fournissait largement, prévoyant leur ruine.

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£U; étant deTenos tristes et souoieux, ils cherchèrent à s'étourdir par l'ivresse et la débauche ; et se dirent entre eux : « Notre père nous a bien avertis des mauvais effets de la débauche et de l'ivresse ; mais^ étant arrivés à Tâge de raison^ essayons de nous réjouir en usant des liqueurs et des I^aisirs avec mesure , et comme il convient à des hommes raisonnables. )»

Mais bientôt ils perdirent toute mesure y et devinrent de grands ivrognes et dé grands débauchés ; et, pour se procurer de l'argent à tout prix, escrocs. Cependant l'usutier, ayant obtenu contre eux un jugement et déjà détenteur de tout leur héritage, ne leur donnait plus rien.

Ils tombèrent dans une grande misère; et le père, ayant appris leur inconduite, les déshérita : et ils furent livrés à l'usurier pour qu'il les fit travailler jusqu'à leur complet acquittement. Et en travaillant, ils se rappelèrent les avertissements de leur père ; et pensèrent en eux-mêmes : « Nous sommes bien punis de ne pas les avoir écoutés. »

Mais, comme ils étaient oi^eilleux/ils refusaient de fiédiiren lui écrivant, leur père qui les pleurait. Et ceux qui avaient péché sans honte devant l'univers entier, eurent honte des forçats qui travaillaient enchaînés à leurs côtés; et ils craignirent que ces forçats ne dissent : » Voilà des hommes pusillanimes et faibles de cœur, de pleurer et d'implorer le pardon de leur père.» Et ainsi ils moururent.

Et voyant tout cela, leurs voisins dirent : « Ces jeunes gens ont été vertueux tant qu'ils ont demeuré dans la maison paternelle ; et dès qu'ils* furent devenus savants à Técole, ils se corrompirent. La science doit donc être chose mauvaise; élevons nos enfants dans l'ignorance.»

Or, le père avait de l'expérience; et, ne se laissant pas rebuter par ses malheurs, il envoya aussi ses deuirjeunes fils à la grande école : mais il leur mit sous les yeux l'exemple de leurs frères aînés. Donc, ils n'oublièrent ja-

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mais les avis de leur père; ils firent autant de progrès que leurs aînés dans la science , et furent toujours vertueux et considérés : et prouvèrent aux voisins que la science est une chose bonne si Ton obéit toujours à son père.

— Et ce père^ c'est TÉglise chrétienne; et les frères aînés furent les Français ^ les Anglais et les Allemands ; et Targent, c'est le bien-^ètre et la gloire mondaine; et l'usurier^ c'est le diable : et les frères puînés seront les Polonais^ les Irlandais et les Belges > et les autres peuples croyants»

Quels sont les hommes sur lesquels votre patrie a fondé ses plus hautes espérances ^ et les fonde jusqu'aujourd'hui ?

Sont-ce les hommes qui s'habillent le mieux et qui dansent avec le plus de grâce , ou qui ont la meilleure cuisine? Non> caria plupart de ces hommes n'ont pas l'amour de la patrie.

Ou ceux qui ont longtemps fait la guerre et qui se sont exercés à la marche , à la manœuvre , aux évolutions , à disserter sur l'art militaire? Non y car la plupart de ces hommes n'ont aucune foi dans la cause de la patrie.

Mais bien les hommes que vous appelez bons Polonais ; les hommes pleins de dévouement^ les fidèles et simples soldats et la jeunesse.

Or> le monde est comme une patrie, et les peuplessont comme les hommes. La patrie des peuples a fondé ses espérances sur les peuples croyants, pleins d'espérance et d'amour.

En vérité je vous le dis; ce n'est pas vous qui devez vous élever à la civilisation des gentils : c'est vous qui devez leur enseigner la vraie civilisation chrétienne.

Il est bon d'apprendre un métier, un art ou une science ; et non-seulement chez les Européens , mais chez les Turks et

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les sauvages on peut apprendre des choses fort utiles. Instruisez-vous donc 9 afin que vous puissiez vivre du travail de vos mains ^ comme les apôtres vivaient de l'état de charpentier^ de tisserand^ de tonnelier : mais sans oublier qu'ils étaient apôtres 9 appelés à enseigner des choses plus hautes que toutes les industries, les sciences et les arts.

Gardez-vous de lutter avec les gentils de discours et de rai* sonnements; car vous^ savez qu'ils abondent en cris et en vaines paroles ^ comme les écoliers : et le maître le plus savant n'aura jamais le dernier mot avec un écolier insolent et criard.

Instruisez-les donc par votre exemple; répondez à leur bavardage par les paraboles de l'Évangile et les paraboles du Livre des Pèlerins.

Vif.

Jésus-Christ a dit : a Celui qui me suit, doit abandonner père et mère , et doit armer son âme de courage. »

Le Pèlerin polonais dit : « Celui qui suit la liberté , doit quititer sa patrie et mettre .ses jours en péril. »

Car celui qui demeure dans sa patrie et subit l'esclavage pour avoir la vie sauve, perdra vie et patrie; et celui qui s'exile de sa patrie pour défendre la liberté au péril de sa vie, sauvera sa patrie et vivra éternellement.

t Dans les anciens jours , quand la première ville fut bâtie sur la terre , il arrivaqu'un incendie éclata dans cette ville.

Quelques-uns des habitants se levèrent et regardèrent aux fenêtres^ et, voyant que l'embrasement était bien loin, se recouchèrent et se rendormirent.

D'autres, voyant le feu de plus près, se tenaient aux portes et disaient : k Quand l'incendie viendra jusque chez nous, il sera temps de l'éteindre. »

Mais le feu s'accrut violemment et dévora les maisons de ceux qui se tenaient à lents portes; et ceux qui dormaient furent brûlés avec leurs maisons.

Cependant il y eut aussi quelques hommes dévoués; ceux-là, voyant le feu, quittèrent aussitôt leurs maisons et portèrent leurs secours aux voisins : mais comme il y avait peu de ces hommes , leurs secours furent inutiles.

Et la ville brûla. Les hommes dévoués se mirent à la rebâtir à Taide de leurs voisins; et, tout le peuple des environs aidant , la ville s'éleva plus grande et plus belle que jamais.

Et ceux qui n'étaient pas allés au feu et qui se tinrent seulement aux portes de leurs maisons , furent bannis de la ville; et ils moururent de faim.

Et dans la ville on décréta que, dans le cas d'un incendie, tous les habitants devaient courir au feu , qui avec l'échelle, qui avec l'eau , qui avec le croc; ou du moins devaient se faire remplacer par des veilleurs nocturnes, destinés à éteindre les incendies.

Et cette loi et ces dispositions furent depuis admises dans toutes les villes; et les habitants purent y dormir sans crainte de Vincendie.

— Or, cette ville, c'est l'Europe; l'incendie, c'est lennemi de l'Europe , le despotisme ; et les hommes endormis sont les Allemands; et les hommes qui se tiennent à leurs portes sont les Français et les Anglais : et les hommes dévoués sont les Polonais.

t Dans les anciens jours il y avait en Angleterre des cultivateurs possédant de grands troupeaux de bœufs et de moutons.

Mais les loups faisaient souvent irruption dans leurs champs et y causaient des ravages.

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