ÉLECTION
larmes tremblaient à sa paupière^ sa main dberchait une lyre^ sa bouche laissait tomber des strophes d^une langue inconnue et seulement comprise par les âmes de ses auditeurs : car alors il suffisait d'écouter cette musique lugubre, d'obs^ver le maintien du poète, de voir l'effort du souvenir se peignant sur ses traits, quand, les sourcils relevés, le regard oblique, il semblait évoquer un fantôme du sein de la terre... Mais quel était le sens de ces hymnes de mort? Sans doute, dans les élans d'une pensée vagabonde, il poursuivait sa jeunesse sur les abîmes du passé... Mais où donc était son âme ?... Son âme était au pays des souvenirs. '''^
Pourtant jamais sa main , dans ses élans mélodieux, n'a tiré de son luth des accents calmes [et suaves; ses traits semblaient redouter les innocents sourires à l'égal des péchés mortels. Toutes les cordes s'animaient tour à tour sous ses doigts, hormis une seule , le bonheur; tous les sentiments se propageaient de cette âme aux âmes des auditeurs, hors un seul sentiment, Fespérance ! Plusieurs fois les frères l'avaient pris au dépourvu, étonnés d'une pareille métamorphose. Konrad, revenu à lui, s'emportait, menaçait, jetait son luth, coupait court à ses chants, et proférait des blasphèmes impies.
Puis, il disait quelques mots à l'oreille de Halban, poussait des cris, de guerre, donnait dès ordres et défiait un invisible ennemi. Les frères s'épouvantaient; mais aussitôt le vieux Halban s'asseyait et plongeait son regard dans la face de Konrad : un regard pénétrant, froid et sévère, plein de je ne sais quelle mystérieuse éloquence. Voulait-il rappeler un souvenir ou donner un conseil? Voulait-il jeter le trouble dans l'âme de Wallenrod?... Aussitôt il rassérénait son front orageux, éteignait le feu de ses prunelles, et rappelait la pâleur sur ses joues.
Ainsi dans une arène, lorsque le gardien tles lions, devant les darnes^ les seigneurs et les chevaliers, ouvre l'antre de
Digiti
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fer et sonne de la trompe; quand le royal quiulrupède tonne du fond dtts entrailles et glace d'effroi las spectateurs, seul, le gardien reate impassible : les bras croisée» il frappe puissamment ranimai de ses regards, et c'est par le t^man d'une âme immortelle, empreinte dans ses yeu:^, qu'il enchaîne et subjugue la férocité du lion<<.