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seigneotB , et i'oors derrière ^«x. îiéih il levait la patte sur la tête du comte, du dernier des Horesîko, bien que par les femmes. Jésus Maria ! m'écriai-je; et les anges du ciel envoyèrent à mon secours le frère bernardin. Il nous à fait honte à tous. le digne prêtre ! tandis <iue je tremble , que je n'ose toucher la détente ^ lui, il m'arrache le fusil des mains , vise , tire. Tirer entre (kux tètes ! à cent pas ! Ne pas manquer! Et dans la gueule même! lui^casser ainsi les de»ts ! Messieurs, il y à- longtemps que je vis , mais je n'ai jamais vu qu'un seul homme dans ce monde qui pût se vanter d'en faire autant. Je parle de celui «qui fut célèbre jadis pariùi nous par tant de duels, de celui qui coupait a>ec sa balle les taloûs des souliers des dames, de ce scélérat des scélérats fameux dans tous les siècles à venir, de ce Jacques, tfut^ le Barbu ... je ne prononcerai pas son nom. Mais il n'est plus temps pour lui de chasser les ours ; certes, à l'heure qu'il est, il doit être plongé jusqu'aux moustaches dans les feux de l'enfer. Gloire au frère bernardin! il a sauvé la vie à deux hommes, peut-être à trois. Gervais ne veut pas »e vanter; niais si , dans la gueule de l'ours était tombé le dernier enfant du sang des Horeszko, bien que par les femmes, il ne seVait plus de ce monde , et ses vieux os auraient aussi servi de pâture au monstre. Venez , bon frère, nous allons boire à votre santé* »
En vain on chercha le prêtre. On apprit seulement qu'après avoir abattu l'ours , il avait un instant paru sur la scène du combat, qu'il s'était élancé vers le comte et Thadée,etque, les voyant sains et saufs, il avait levé les yeux au ciel, fait une prière à voix basse, ets*était enfui dans les champs comme si quelqu'un l'eût poursuivi.
Cependant, par ordre du sénéchal, on avait amassé de l'herbe sèche ^ des branches mortes et des morceaux de bois. Le feu s'dlume, la fumée monte comme un noir sapin et s'élargit par le haut en forme de dais. Au-dessus de la
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LA diplomath: et la chasse. 235
flamme on forme un faisceau de piques auxquelles on suspend des chaudrons au large ventre , et l'on va prendre dans les voitutes des légumes ^ du rôti, du pain.
Le juge ouvre une cassette fermée à clef dans laquelle sont rangées des bouteilles blanches. Il eh tire la plus grosse en cristal ; reçue en présent du père Hobak , et contenant de Teau-de-vie de Dantzik, boiîsson chère aux Polonais. « Vive Dantzik, 8*écria-t*il , en élevant la bouteille , vive cette ville jadis à nous et qui doit nous appartenir un jour! » Et il verse à la ronde la liqueur argentée jusqu'à ce qne l'or commença à lomber et à briller dans les verres.
Dans les chaudrons cuisaientles choux gras. Il est difficile de faire connaître pardes paroles la saveur du bigos, sa couleur, son délicieux parfum. On entendrait le bruit des mots, l'harmonie des rimes, mais un estomac citadin n'en comprendrait jamais le %eiis. Pour sentir la beauté des chants et la bonté des mets de la Lithuanie , il faut la santé , l'airde la campagne et l'exçroice de la chasse.
Mais même sans ces condiments, le bigos n'est pas un plat ordinaire; car il se compose d'excellents légumes mélangés avec art. Pour le faire, il faut prendre de la choucroute^ coupée tres*menu, qui, selon le proverbe, coule d'elle-même entre les lèvres. On la met dans un chaudron bien fermé, avec des viandes fines et choisies; on laisl^e le tout cuire à petit feu jusqu'à ce que la chaleur en ait fait sortir tous les sucs nutritif, que la vapeur bouillante s'échappe des bords du chaudron et que l'air soit parfumé de son arôme.
Le bigos est à point. Les chasseurs, armés de cuillers , poussent un triple vivat, courent ïiu chaudron et Fattaquent. L'airain résonne, la fumée s'élatîce, le. savoureux bigos disparaît comme du camphre. Déjà il n'en reste plus ; seo. lement, du chaudron vide comme du cratère d'un volcan éteint, jaillit encore l'odorante vapeur .
Après avoir mangé et bu à volonté, les chasseurs por-
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tent ranimai sur un chariot^ remoatent achevai et reprennent le chemin de la maison en échangeant de joyeux propos. L'assesseur et le notaire seuls étaie^nt plus moroses que la veille; ils se disputaient sur le mérite de leurs fusils. Le comte et Thadée n'étaient pas contents non plus; ils se sentaient honteux de leur peu d'adresse et de leur fuite, car en Tiithuanie , celui qui laisse le gibier sortir hors de l'enceinte des traqueurs, a longtemps à travailler avant que de rétablir sa réputation.
Le comte prétendait avoir été le premier à saisir la pique, c'était Thadée qui l'avait empêché de combattre l'animal furieux. Thadée, de son côté, soutenait qu'étant le plus robuste et le plus habile à manier la lance, il avait voulu épargner cette peine au comte. C'est ainsi que de temps à autre ils se lançaient quelque mot piquant, au milieu des cris et des clameurs du cortège.
Le sénéchal était à cheval au centre de la troupe. Ce respectable vieillard était singulièrement joyeux et loquace. Pour amuser les disputeurs et leur faire oublier leur querelle, il se mit à raconter la suite de l'histoire de Domeyko et de Doweyko :
(( Assesseur, si je t'ai engagé à te battre en duel avec le notaire, il ne faut pas croire pour cela que j'aime à voir couler le sang humain. Dieu m'en garde! Je voulais vous divertir, je voulais vous faire jouer une comédie, pour ainsi dire, et renouveler une plaisanterie que j'ai imaginée il y a quelque quarante ans. Une excellente plaisanterie ! Vous êtes jeunes, vous ne vous la rappelez pas, quoique de mon temps elle ait fait grand bruit depuis ces forêts jusqu'aux bois de Polésie.
« Chose étrange ! l'animosité de Domeyko et.de Doweyko, provenait de la conformité de leurs noms, conformité fort incommode. Ainsi dans les diétines, quand les amis de Do* weyko lui gagnaient des partisans, quand, par exemple, un d'entre eux disait à ToreiUe d'un gentilhomme : « Donne ta
GooQle
voix à Doweyko 9, celui-ci entendait mal et votait pour Domeyko. Dans un banquet^ quand le maréchal de la diète Koiysko portait la santé de Doweyko^ il y en avait qui criaient : Vive Domeyko ! et ceux qui étaient assis au centre ne savaient à quoi s'en tenir ; surtout au milieu de Tininteiligible tumulte d'un dîner.
a 11 arriva bien pis encore* Un jour à Vilno^ je ne sais quel gentilhomme se battit avec Domeyko et en reçut deux coups de sabre. Quelque temps après^ ce même gentilhomme, retournant chez lui^ rencontra parun singulier hasard Doweyko sur le bac. Tout en traversant la Yileyka^ il demanda àson voisin comment il s'appelait. « Je me nomme Doweyko, » répondit-il. A l'instant le gentilhomme tire sa rapière de dessous sa pelisse, et clic! clac! il coupe une moustache à Dow^ko, qu'il prend pour un Domeyko. Enfin un autre jour, dans une chasse, les deux homonymes qui étaient postés l'un près de l'autre, tirèrent à la fois la même, ourse. Elle tomba sans vie sur le coup, il est vrai, mais elle avait déjà une dizaine de balles dans le corps. Beaucoup de chasseurs avaient des fusils du même calibre, trouvez donc qui a tué l'ourse! « C'est trop fort! s'écrièrent-ils, il faut en finir une fois pour toutes ! Que ce soit Dieu ou le diable qui nous ait rapprochés, il faut nous séparer. L'un de nous deux est de trop dans ce monde; nous ne pouvons pas plus exister que deux soleils à la fols. « Ils tirèrent donc leurs sabres et se mirent en garde. C'étaient des gens d'honneur ; plus les gentilshommes mettaient de zèle à les séparer, plus ils se battaient avec acharnement. Ils changèrent d'armes, prirent des pistolets au lieu de sabres, et se placèrent. En vain leur crions-nous que la distance était trop courte; en dépit de tout ils jurèrent de se tirer dessus à la distance d'une peau d'ourse. Mort certaine! presque à bout portant! Tous deux tiraient parfaitement, ta Sois notre témoin, Hreczecha! — Je le veux bien, répondis-je, qu'on creuse de suite une fosse.
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eariin pareil duel lie p00tp»alMiQtirkbiefi.'iiai&battez--v(>us comme des nobles et non comiiie des boachers. Prenez yos distances. Voulea-voiis donc^ parce que vous êtes braves, vous poser les pistolet&sur la poitrine ? Je ne le souffrirai pas. Vous voua battrez au pistolet, soit ; mais vous resterez à la distance d'une peau d'ourse> ni plus, ni moins. Comme témoin, j'étendrai la peau sur la terre, et ee sera moi qui vous indiquerai vos places. Toi, tu te metla»as à Tnn des bouts, sur la tète; toi, à Taulre, sorla queue. -^ D'accord, 45'écrièrent4ls. A quand te duel? — A denain. — Où? — Près du cabaret de TUssa^à cent pas de ma demeure.)» Ils s'en allèrent, moi jecervms à mon Virgile».. ^
Le sénéchal fat interroit||ia par le eri : hare! Un lièvre venait de partir sous les pieds des chasseurs. Déjà Ëcourté, déjà Faucon sont à sa paursoite. On «vait mené les lévriers à la chasse; parce qu'on savait qu'il poorrait facilement ar- ^river qu'oii renconteàt un lièvre dans les champs au retour. Ils couraient à côté des chevaux sans laisse. Desquels etiii:ent aperçu ie lièvre et avant même que les chasseurs les eussent excités, ils étaient partis. Le notahre etTassesseur voulaient suivreà cheval; maisle sénéchal les arrêta : « Haltelà! s'éaria^triL Restez en piajee et regardez, le ne permets à personne de bouger d'un pas; de Fendroit où nous sommes, nous pouvons tout voir. Le lièvre prend à travers champs. » Effectivement le lièvre, qui sentait les chasseurs et la meute derrière lui, courait à travers la plaine, dressait les oreilles comme deux petites cornes de éhevreniil, et s'allongeait de tout son corps pour franchir les sittons. Ses pattes ressemblaient à quatre baguettes immobiles; on aurait cru qu'il ne faisait qu'effleurer la terre, comme l'hirondelle qui de ses ailes étenduesrase la surfacedes eaux. La poussière qu'il soulevait derrière lui, les chiens qui couraient derrière cette poussière, tout cela semblait ne former qu'un seul corps, une •énorme vipère, dont le lièvre était la téite , la poussière
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le COU bleuâtre^ étales chiens la qu^efourclMie^qu^elk agitait en bondissant.
L'assesseur etle notairecontemplaientce a^vectaole^boiuche béante^ retenant leur haLcine^ quand tout à couple notaire devint pale comme un linge.. Bientôt Tassesseur pâlit aussi. La chasse prenait une mauvaise tournure. Plus la vipère s'éloigne^ plus elle s'allonge. Déjà^Uese sépare parle miUeii; déjà son cou de poussière s'est évanoui^ déjà satête louche à la forêt^ etsa queue eei loin en arrière! La tête disparaît, on Taperçoit un instant encore^ puis -elle s'enfonce dans le bois^ la queue reste dans le^ champs*
Pauvres ehien&I Tout déroutés, ijU couvent çà etlàsurldi lisière de l|i forêt; ils ont l'air de se cansultep^ de. se rejeter la faute l'un sur l'autre : enHn ils v&siem^nX, safutattt lentemeatles sillons, baissant tristement les oreilles, cacbatit les queues entre les jambes. Ils arrivent, mais ils a*o^eiU lever les yeux de honte; eit au lieu d'aller vers leurs mai" très, ils restent à Fécart.
Le notaire penchait son frontchagrin sur sa^peâtrine, l'assesseur jetait autour de lui dés regards qui ne respiraient pas la joie. Ils se mirent bientôt en devoir de prouver à leurs auditeurs que leurs lévriers n'étaient pas accoutumés à chasser sans laisse, qu^ le hèvre étalipartiàrimproviste, que les chiens avaient trop de désavantage, obligés qu'ils étaient de courir sur une teiTe laboiu^ée où ils auraient eu besoin de bottes pour pouvoir avancej*, tant il y avait de boue et de cailloux tranchantsi
Ils exposèrent tout cela très>savamment ; comme ils étaient d'habiles chasseurs, les autres auraient pu beaucoup profiter de cette dissertation, s'ils les avaient écoutés : mais les uns sifflaient, des autres riaient à gorge déployée, d'autres pensaient à l'ours, ne s'occupaient que de lui et ne parlaient que de la chasse qu'ils avaient faite.
Le sénéchal avait à peine jeté un coup d'oeil sur le lièvre.
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240 TH4DÉB SOPLIÇA.
Lorsqu'il vit qu'il avait échappé^ il se retourna avec indifférence, et reprit son récit :
<K Où en étais-je donc ? Ah ! je disais qu'ils m'avaient donné leur parole de se battre à la distance d'une peau d'ourse. Les gentilshommes se récrièrent : « Mais c'est presque une mort certaine ! C'est presque à bout portant ! )» Moi, je riais dans ma barbe, car mon ami Maro m'avait appris que la peau d'un animal n'est déjà pas si exiguë. Vous savez, n'estce pas, messieurs, comment la reine Didon arriva chez les Libyens, comment avec beaucoup de peine elle parvint à se faire vendre le morceau de terre que pourrait couvrir la peau d'un bœuf. Ce fut là-dessus que s'éleva Garthage ! Je méditai donc sur tout cela pendant la nuit. ^
« Au point du jour, je vis arriver d'un côté Doweyko en briska, et de l'autre Domeyko à cheval. Ils aperçoivent sur la rivière Usza un pont tout velu, un pont de lanières de peau d'ourse, cousues par leurs bouts !
d Je place Doweyko sur la queue de l'animal, Domeyko sur la tète, chacun sur une rive : «i Tirez à présent, leur disje, quand vous devriez vous tirer dessus toute votre vie; mais sachez que je ne permettrai pas que vous vous sépariez avant de vous être embrassés! » Eux de se fâcher, et les gentilshommes de se rouler à terre à force de rire, tandis que moi et le curé du village nous les amenions à une réconciliation, en leur citant tantôt les graves paroles de l'Évangile, tantôt les statuts. Ne pouvant faire autrement, ils se mirent à rire et se donnèrent la main.
« Leur haine se changea en amitié, rien ne les désunit jusqu'au tombeau. Doweyko épojisa la sœur de Domeyko, Domeyko prit pour femme la sœur de son beau-frère, une Doweyko. Ils partagèrent leurs biens en deux parts égales, et sur les lieux où se passa cette curieuse aventure, ils bâtirent à frais^ommuns uneauberge qui porte encore aujourd'hui le nom de Vauberge de r Ourse. »
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LA QITEBELLE. 241