LA QUERELLE
Ou entend les honniseements des chevaux^ les voix des chasseurs ; ils entrent dans la cour, les' voilà ! Télimëne prend Sophie par le hras et court au salon Les chasseurs n'y étaient pas encore ; ils s'étaient retirés dans leurs chambres pour changer de vêtements, ne voulantpas paraître en kourtka. JLjes premiers qui entrèrent furent Thadée et le comte ;ils s'étaient habillés à la hâte.
Télimènefait les honneurs ; elle salue les nouv^aui venus, les Tait asseoir^ cherche à les distraire par sa conversation, et tour à tour leur préAcnte sa nièce. Ëlk la présente d'a- ))<Nrd à Thadée en qualité de proche parente. Sophie lui fait une révérence polie ; il la salue profondément. V<oulant lui adresser quelques mots, il avait déjà ouvert la bouche ; mais, ayant levé les yeux sur elle, il futteUement ébahi qu'il restamuet, pàlissantôt rougissant alternativement. Ce qvise passait dans son c<Bur,lui-jaèm]e ne s'en rendait pas. compte Il se sentait bien malheureux. 11 avait reconnu Sophie à sa taille, àsa blonde chevelure, à sa voix! Oette taille, ceHe tète, 11 les avait vues perchées sur le mur du verger ; cette voix, c'était celle qui l'avait éveillé pour la chasse 1
Le sénéchal vint tirer Thadée de sa confusion. Le voyant pàliretchancelersur ses jambes, il lui conseilla d'allerse reposa dans sa chambre. Thadée se retira dans un coin, s'appuya contre la cheminée, et garda le silènite. Mais il promenait degrands yeux effarés tantôt sur la nièce, tantôt sur la tante. Télimène avaitremarqué la profonde impression qu'avait faite sur lui le ptemier regard de Sophie. Elle n'avait pas tout deviné ; et cependant, inquiète, tout en amusant ses hôtes, elle ne détournait pas ses regards de dessus le jeunebomme. Enfin elle trouve un moment favorable, et, s'approchant de lui :
- « Qu'avez-vous donc? lui demande-t*elle. Pourquoi ètesvoussi triste?» Elle le pressede questions, laisse tomber un mot sur Sophie, et commence à le plaisanter. Thadée, im-
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248 THADÉE SOPLtÇA.
mobile, appuyé sur le coude^ ne lui répond pas ; il fronce les sourcils et cerftracte ses lèvres. Cette conduite étonne et trouble Télimène. Elle change aussitôt de ton et de visage ; elle se lève irritée, et Taccable d'amers reproches et de mordantes paroles. Tbadée se redresse comme piqué d'un dard, lui jette un regard de travers, ne répond mot, et, poussant du pied sa chaise, se précipite hors de la chambre, fermant la porte avec fracas. Heureusement personne que Télimène ne fit attention à cette sortie.
Il franchit la cour, s'élance dans la campagne. Tel qu'un brochet, traversé du harpon, se débat et plonge, croyant échapper au fer et à la corde qu'il tire partout après lui; ainsi notre Thadée traîne après lui ses chagrins, tout en franchissant les fossés, en sautant les haies, sans se soucier du chemin, sans savoir où il va. Enfin, après avoir longtemps erré dans les champs, il entre dans-la forêt, et monte, soit exprès ou par hasard, sur la colhne témoin de son bonheur, sur la colline où il avait reçu le billet, ce doux gage d'amour. Ce tertre, nous le savons déjà, se nommait le Temple de la Mélancolie.
11 jette lesyeux autour de lui ; il Faperçoit, c'est encore elle ! C'est Télimène seule, plongée dans ses rêveries. Sa pose, sa toilette la rendent tout autre que la veille. Elle est en blanc, elle est assise sur la pierre ; immobile comme cette pierre, elle cache sa tète dans ses mains, et quoiqu'on n'entende pas ses sanglots, on voit qu'elle fond en larmes.
En vain le cœur de Thadée se défend d'approcher ; il s'attendrit, il se 9ent ému, longtemps il la regarde caché derrière les arbres, enfin il pousse un soupir et se dit plein de colère contre lui-même : a Imbécile ! Est-ce sa faute si je me suis trompé?)) Il sort donc lentement sa tête de derrière les broussailles, mais tout à coup il voit Télimène bondir dedessus son siège, courir à droite et à gauche , sauter le ruisseau, se tordre les bras ; les cheveux épars, toute pâle.
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Li. QOBBBLtE. 249
elle s'élance yers la forêt^ se démène^ sautille^ se jette à ge- Doiix^ secouche à terre : ct^ hors d'état de se relever^ se roule sur le gazon. On voit àses mouvements qu'elle est en proie à d'horribles douleurs ; elle se frappe la poitrine, le cou, les pieds, les genoux. Thadée s'élance auprès d'elle, la croyant folle ou prise d'épilepsie. Mais c'est bien autre chose qui cause ses contorsions.
Au pied d'un bouleau voisin de la pierre, il y avait une grande fourmilière. Les insectes industrieuiquil'habitaient se promenaientçà et là sur le gazon, a^les et noirs. Je ne sais si o'est par besoin ou par goût qu'ils aimaient à visiter particulièrement le Temple de la Mélancolie. De la fourmilière principale au ruisseau ils avaient tracé un chemin par lequel ils passûent en longues files. Malheureusement Télimène s'était assise les pieds au milieu du chemin, et les fourmis, attirées par l'éclat de son bas blanc, étaient entrées sous sa robe enbataillons serrés, et s'étaient mises à la chatouiller et à la piquer. Elle avait été obligée de fuir; elle secouait ses vêtements, et couchée sur le gazon elle les attrapait une à une. Thadée ne pût lui refuser son aide. Il se baissa donc x^squ'à ses pieds, mais par hasard ses lèvres rencontrèrent le front de Télimène. Ce fut dans cette amicale attitude, et^sans se parler de leur querelle du matin, qu'ils scellèrent la paix. On ne sait combien de. temps eût duré, cet entretien, si la cloche de Sopliçow n'était venue y mettre un terme.
C'était le signal du souper. 11 faut retourner au logis, d'autant plus que l'on entend au loin le craquement des branches. Peut-être les eherchet-on déjà* Retourne^ ensemble, c'est inconvenant. Télimène prend donc à droite, se glisse vers le jardin, tandis que Thadée tourne à gauche pour rejoindre la grand'rottte. Ni l'un ni l'autre cependant ne sont exempts de crainte.
Il avait semblé à Télimène voir derrière un buisson la face amaigrie et le ci^puchon de Robak. Thadée de on côté
2&0 TÇADÉE 6QIPUÇA.
avait ^iBptemaQt aj^^rgu .à gatiehe une ^aude ombre blanche ;il 9e. savait ç/&, que i^'ét^t : mats il avait nu pre»seu^iment gue c'était qoelq^e obose comme le'^comtej <lans son long surtout anglais bl^nc. On soupait ians le» mines du château. Mal^é la défense ^presse du juge, rapiniâtre ProtaiSj.en.rab^ence duniaîtFe> l'avait de nouveau envahi y Où plutôt, comme il le disait, il en. avait pris légalement po^seçsian, en y fai^Jint, servir le somper.
L.^sbptespu1^];fiiti9n bon ordre, etseplao^enienrand. Le présijdejit alla s'âfiseiQir au baut bout de la table; cet bû^neur él^t dû à^»w âg^ et àaa dignité. 11 saluait en march4Qt9l^.ddi;ne^Jes.yi^illa]i?dsetles jeunes gens. Le frère que* t($ur étant a^^t^ ^ place à la droite du parésident était occupée par.nkfu^^](kela présidente. Le juge, après avoir placé toj^s &e& hot^ilitleMgae de la orois ; on présenta lee liqueurs aiu b9^pes: alors tous s'assirent en ailenoe, et 9e mirent àjuvemger rapidement le cbolodzieç lithuanien»
. Apr^ le cbolodaieç vinrent les écrevisses, les poulets , les asp^rgesj.qw forent arrosés dernombreuses coupes devin de Hongrie et de illalaga. On mangeait, on buvaiit; ums per* s^nm ne 4i^it mot. Hmais peut^tr«, depuis sa fondation, ce cbJUeau,qtii avait bébei^ tant de nobles et les avait mités av#p tant de faste , qui avait entendu et répété tant de joy(u]c vivat, ne se souvenait d'avoir vu un si triste repas. Le bruit des boucbons qui sautaient, le cliquetis des a«siettefrohangées,8ettls faisaient résonner lesmursde l'ample vestibule. On eut dit qu'un mauvais génie avait oousu les lèvres de ims les convives*. il y avait de nombreux moti(s pour qu'ils gardassent le silence^ Les obasseurs, il est vEai, parlaient avec feu en revenant de la chasse; mais une fois Tenthou^asme refroidi, en réfléchissant sur ce qui s'était passé, ils avaient senti qu'ils s'en étaient tirés avec fortpeu de gloire. Jl fallait qu'un frof^ de bernardin, arrivé Dieu sait d'où , tombé de la lune, ût la leçon à tous les chas-
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LA QOBRBLLE. 25 t
1 âeiw»d«4t^et^0 honte! qu^ difft4-oii à Oszmiafta et à \ Lidà, qui depuiades «ièd68'd(6piitetot à ce district la supé- I ridrité qull s'^ttfllMie dans î'att delà chasse ? Toas étalent I occupés de cette désolante pensée, t ^uemÊ. à rassesseor et au notaire^ outre le souci commun, ils avaient encore sur le cœur la défaite récentie de leurs 1 ebleiis. Ce maudit lièvre est continuellement devait leurs' yeux. Il étend les paHes; il entré dans'le bois; il reniue la queue pour tes naq^er : et de cefte^ueue^ comme d^un fouet^ leur flagelle te cœur. Us testaient doniT la tète penchée fiurlaurs assietles. L'assesseur avait au surplus d^àutres causes de chagrin en voyant Télimène et ses rivaux.
Téliittène tomna^it à demi le dos àThadée. Confuse^ elle osait à peine lever les yeux sur lui. fiHe cherchait à dissiper la tristesse du comte et à le mettre de mefîlleure huraepr, en engageant avee lui une conversation suivie; car le comte était révenu singoiièremeht aigri' de sa promenade^ ou plutôt de son embuseatfe^ comme le pennaft Thadée. Tout en écotHant Télimène^ ii levait la télé d'un aii' hautain^ fronçait les sourcils et la regardait presque avec mépris. Bient^ il se rapprocha autant que possible de Sophie» loi remplit son verre^ changea son assiette^ et lui débita mille galants propos^ en aUbctant des manières sémiHantes^et lesourire sur ïes lèvres. Quelquefbis cependant il détournait la tète et poussait un profond i-oupif i Malgré rhabiletédeson jeu^ il était facile de voir qu'il ne luifaisàit la cour que par dépit contre Télimène, car il se ifetournacit à chaque instant vers elle, comme par hasard , et lui jetait des regards courroucés.
Télimène ne pouvait concevoir ce que cela signifiait: Elle haussait les épaules, et s'imaginait que c'était caprice de sa part. Du reste, assez satisfaite de ce quele comte portâtscs attentions sur Sophie, elle se tournait vers son autre voisin. Thadée était triste aussi, il ne mangeait ni ne buvait; il
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253 THADÉB SOPLIÇA.
avait l'air d^étre à la conversation > mais il tenait ses regards attachés sur son assiette. Quand Télimène lui verse à boire, il sirrite de cette fatigante obsession; quand elle lui demande des nouvellesdesasanté^il bâille. 11 trouve mauvais que Télimène soitaussi prévenante pour lui seul ; Use scandalise de la voir trop décolletée, il trouve cela indécent. Mais qu'aperçoit-il en levantles yeux? lien est épouvanté ! Son regard est devenu plus] perçant: à peine a-t-il jeté un coup d'œil sur les joues de Télimène, qu'il découvre un grand, un terrible mystère ! Grand Dieu ! elle avait mis du fard !
Le rouge était-il de mauvaise qualité, ou s'étaitril par hasard effacé de dessus ses joues? Il a disparu en c^^ins endroits, et laisse apercevoir un teint beaucoup moins déli- . eat. Peutrètre est*ce Thadée lui-même qui^ causant de trop près dans le Temple de la Mélancolie, aura enlevé le blanc et le carmin, plus légers que la poussière des ailes d'un papillon. Télimène s'est trop.hâtée à son retour delà forêt. Elle n'a pas eu le temps de refaire son teint. C'est surtout auprès des lèvres que l'on distingue des taches de rousseur. Les yeux de Thadée, comme d'habiles espions, ayant une fois surpris quelque chose de postiche^ soumettent à l'exar men le plus scrupuleux tous ses autres appas, et partout ils découvrent des beautés artificielles. Deux dents manquent à son râtelier ; sur son front, sur ses tempes, se dessinentquèlques rides: des centaines se cachent sous son menton.
Hélas ! Thadée sent alors combien il est dangereux d'examiner trop attentivement une belle chose^ combien il est honteux de se faire l'espion de sa maîtresse^ combien même il est odieux de changer subitement de goût et d'affection ! Mais qui peut maîtriser son cœur? C'est en vain que l'on veut, écoutant sa conscience, rappeler l'amour qui s'enfuit, en vain veut-on réchauffer son âme aux rayons d'un regard; ce regard, comme la lune, serein mais sans chaleur.
LA QUERBLLV. 253 .
ne brille plus que sur la surface d'un cœur intérieurement glacé... Tout en se faisant à lui-même ces plaintes et ces reproches^ il penchait la tête sur son assiette^ se taisait et se mordait les lèvres.
Cependant son mauvais génie vint lui inspirer une nouvelle tentation. Il fut curieux de savoir ce que le comte disait à Sophie. La jeune filie^ cédant à l'amabilité du comte, avait rougi d'abord en baissant les yeux, puis ils avaient commencé à rire ensemble; enfin ils s'étaient mis à causer sur je ne sais quelle rencontre imprévue dans le jardin, sur des concombres, sur des plates-bandes foulées aux pieds. Thadée, prêtant Toreille de toutes ses forces, avalait toutes ces paroles si amères, et les digérait dans son âme. C'était un terrible repas! Telle une vipère, qui, dans un jardin, boit de sa langue fourchue le suc des plantes vénéneuses, puis se roule en pelote et se couche sur le chemin , menaçant le pied qui se poserait imprudemment sur elle ; tel Thadée, plein du venin de la jalousie, paraissait indifférent et pourtant étouffait de colère. Dans la société la plus bruyante, il suffit que quelques-uns soient de mauvaise humeur, pour que la tristesse se propage à tous les autres. Depuis longtemps déjà les chasseurs gardaient le silence. A l'autre extrémité de la table, les convives étaient non moins taciturnes, subissant la contagion de la colère de Thadée.
11 n'y avait pas jusqu'au président qui ne fût singulièrement attristé. Il ne se sentait aucun désir de parler ; car il voyait ses filles, des demoiselles riches et belles , à la fleur de l'âge, les premiers partis du district au dire de chacun, silencieuses et négligées par les jeunes gens sombres et rêveurs. Le juge hospitalier n'en était pas moins mécontent. Le sénéchal, voyant que tous se taisaient, déclara hautement que ce repas n'était pas un repas de Polonais, mais de loups.
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254 TSADBB SOPUÇA.
Le sénéchal Hreczecha ne fXHivait souffrk le ^Ucttce ; son oreiUe en était blessée, 'Gran4 tocard kinmème , U aimait passionnément les Jiavards ; ilii'y avi^t là riea d'étonnant : il avait passé sa vie dans les rej^ias^ les chasses » les expéditions, J«g diétînes. U s'était accoutumé à eoiéadFe toijgours résonner quelque cbose à s^ oreilles, même quand Use taisaity quand il faisait la cbaseeaux moichesouquand il était assis les yeux fermés à ràver, Lç jourj il cherchait de préférence les endroit^ où l'on parlait; la nuit, Use faisait marmotter les prières du ^rosaire «u raconter des légendes. Voilà pourquoi aussi il étiût ennemi j«ré de la pipe» inventée par les Allemands pour nous dénationaUser» « R^adre la Pologne muettei c'est la |[fiiwaniser, w •disaitil 9». Ce vieillard; qui avait passé s^ vie «entière au milieu du bruil^ voulait dormir au milieu du bruit. C'est pourquoi le silence inlerrompit son sommeiL AJmsiles meuniers ai^ soupis par le tonnerre des roues^àpeine l'artoe<ie couche s'est-il arrêté^ se réveilleôten sursa;i|i^ «n criant effir^^és: tt jiésus M^riaU
Le sénéchal fit w salut miiuré^ideni; etiinlégeraigae4e main au ji:|ge| pour leur demander la parole. Us répondirent par une inclination de tê^ qui signifiait : « Y4>us l'av:ex. « Il commença doue :
« J'oserai demander à ces jeunes messieurs de bien vouloir s'amuser au souper^ suivant les anciennes coutum^^ et non de se taire et de rumiiser. Sommes-nous des frères capucins f Celui qui reste taciturne dans une société de.gentibhommes ressemble à un<:has8eurqui laisse rouiller la^îartouche dans son fusiU Voilà pourquoi j'admire l'affabilité de nos ancêtres. Après la chasse , ils se mettaient à taJUe^ non pas uniquement pour manger, mais pour s'entretenir agréablement. Ce que chacun avait 3ur le cœur^ hlàm«j éloge des chasseurs, des traqueurs, chiens, coiq>s ticés^ tout était mis sur le tapis. Il s'élevait un bruit aussi doux h
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LÀ QI!nBi.LB. 1t&&
l'oreitte du chMseiir ^ne cetvi de la châsse même. Je sâisf bien , je sais biett ee ^6 yoiid ate» tous. Ce nuage de nmrs seueis est sorti , je le vois, an capufikott de Robak. Tous èles confus d'avoir manqué Tours ; mais arrière cette fausse honte : f ai connu de plus grands chasseurs que vous qui ne toueiiai^int pas à chaque coup. Manquer^ tirer juste , ce sont les chances de la chasse. Moi-même, bien que depuis mon enfance )e porte un fusil* sur le dos, f ai manqué quelquetbis. Le célèbre chasseur TuloatCKyk perdait aussi sa poudre, et même feu Rejtan ne touchait pas à chaque coup. Je vous con* terai plus tard une anecdote à ce sujet. Quant à Tours que ces deux jeunes seigneurs ont laissé Sortir de Tenceinte des traqueurs, s'ils n'ont pas combattu f animal bien qu'armés d'une pique, peMonne ne peut ni les en louer ni les en blàHMsr;car, si fUlravee son fusil chargé était anciennement d'un pokron, de même tirer sans viser, comme beaucoap le font, sans laisser approcher la bête, c'est une ignominie. Or chacun, après avoir visé, après avoir laissé l'animal «'^avancer sur lui , peut, s'il l'a manqué, ou se retirer sans honte, ou combattre avec la pique; ce qui est certes fort louable, mats nullement un devoir, la pique étant donnée au chasseur, non pour attaquer, mais pour se défendre. C'était ainsi de mon temps. Croyez-moi donc, ne prenez pas tant à cœur votre retraite, vous, mon cher Thadée, et vous, il^ tustre comte, fit toutes les fois que vous vous rappellerez l'aventured'aujovrd'hui, sou^«neK-vous aussi du conseil du vieux sénéchal. Ne vous mettes jamais sur le chemin d^in autre, et ne courez jamais à la fois le même gibier ! »
Au moment où le sénéchal prononça le mot de gibier, l'assesseur murmura à demi-voix : « Fille.
— Bratx)! r^ s'écrièrent tous les jeunes gens avec de grands éclats de rire. Le conseil du sénéchal, surtout le dernier mot, furent répétés à la ronde; les uns disaient gibier, les autres, en riant, y substituaient : fille. Le notaire disait
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256 THADBB SOPLIÇA.
femme ; Tassesseur disait coquette^ en lançant à TéUœène des regards perçants comme deux poignards *.
Le sénéchal ne songeait à piquer personne, aussi n'entenr dait-il rien de ce qu'on chuchotait tout bas. Enchanté d'avoir fait rire les dames et les jeunes gens , il se tourna vers les chasseurs avec l'intention de les égayer aussi ; il reprit en se versant un verre de vin :
tt C'est en vain que je cherche le bernardin. Je voudrais lui raconter une aventure curieuse , semblable à celle d'aujourd'hui. Le porte-clefs nous a dit qu'il n'a jamais co nnu qu'un seul homme capable de tirer de loin aussi juste que Robak ; moi^ j'en ai connu un autre. Il sauva également deux seigneurs d'un seul coup^ j'en ai été témoin, lorsque le nonce Thadée Reytan et le prince de Nassau vinrentchasser dans les forêts de Naliboki. Ces magnats ne furent point ja- ^ux de la gloire du gentilhomme ; au contraire, ils portèrent à table sa santé la première, lui firent force présents, et lui donnèrent la peau du sanglier. Je vous parle en témoin oculaire de ce sanglier et du coup de feu qui le tua. C'était un cas pareil à celui d'aujourd'hui; l'aventure arriva aux premiers chasseurs du siècle, au nonce Reytan et au prince de Nassau... »
Le juge se versant à boire : a A la santé de Robak ! à la vôtre, sénéchal ! s'écria-t-il. Puisqu'il ne nous est pas permis de faire quelque riche présent au frère quêteur, tâchons au moins de l'indemniser de sa poudre. Nous promettons au couvent la chair de l'ours; il en aura au moins pour deux années. Quant à la fourrure, je ne la donnerai pas au prêtre, je me la réserve. Le moine me la cédera par humilité, ou je la lui achète dix peaux de zibelines. Nous en disposerons comme nous l'entendrons. Le serviteur de Dieu a
* Kobietif^ femmes, et kokieiy, coquettes, riment en polonais; de même que diinoczyna et zwierzt/na, fiUe et gibier.
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LA QUBAELLE. 257
conquis la plus belle gloire^ la première couronne; l'illustre président adjugera la peau de Fours à celui qu'il croira avoir mérité la seconde. »
Le président se passa la main sur le front d'un air soucieux. Tous les chasseurs se mirent à murmurer, car chacun avait ses observations à faire. L'un disait qu'il avait lancé la bête ; l'autre, qu^il l'avait blessée : celui-ci avait rassemblé les chiens dispersés, celui4à avait forcé l'animal, qui fuyait dans les champs, à rebrousser chemin. L'assesseur se disputait avec le notaire, exaltant les qualités l'un de son fusil de Sanguszko, l'autre de sonségalas de Balabanowka.
tt Cher juge , mon voisin, di^ enfin le président, la première récompense a été accordée ajuste titre au serviteur de Dieu ; mais il n'est pas facile de décider à qui appartient la seconde, car tous paraissent y avoir des titres égaux. Aucun ne le cède à l'autre en adresse, en courage. Et cependant deux se sont aujourd'hui mis hors de rang par le danger qu'ils ont couru, deux ont été le plus près des griffes de l'ours : je veux parler de Thadée et de M. le comte. C'est à eux qu'appartient la peau. M. Thadée cédera son droit, j'en suis sûr, comme étant le plus jeune et le parent du maître de la maison. Que ce soit donc M. le comte qui emporte les spolia ofHma. Que ce trophée orne votre salle d'armes ; qu'il y reste suspendu en mémoire de cette journée : qu'il soit un .emblème de votre bonheur à la chasse, un stimulant pour votre gloire à venir. »
Il se tut, ravi du plaisir qu'il croyait avoir causé au comte- II ne se doutait pas dé la profonde blessure qu'il venait de lui faire au cœur; car Je comte, ayant involontairement levé les yeux au mot de salle d'armes, ces tètes de cerfs qui décoraient les murs, ces bois si serrés qu'on eût pu les prendre pour une forêt de lauriers plantée par ses aïeux afin d'en tresser des couronnes à leurs descendants, ces piliers ornés de leurs portraits, cette antique demi-chèvre brillant
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368 THAOBS SOPUÇA.
àlatoûte^tootcela prh une voix po«f hii |>srlBr des> temps passés et ko réveiller de son a(>athie. il se rappela oà etefaes qui ilétait ; lai^ un descendant des Horeszko^dansson propre ehàteae , hôte et commensal des Sophça, leurs enoeais depuis des siècles^ ! Outre cette pensée poi^ante^ lajaloosie que Thadée lai inspirait ne contribua pas peu à Firriter encore davantage. Il répondit donc avec un amer sourire :
c Ma maison est trop petite ; il n'y a pas de place pour un aussi magnifique ptiteent. Que Tours attende donc au milieu de ces cerfs qvs le juge daigne me le restituer avec le château. »
Le président^ devinant ce qui allait arriver, fit résonner sa tabatière sous ses doigts ; il demandait la pavole :
« Vous êtes digne d'éloge», monsieur le comte , mon voisin y de penser à vos affiûres même à table; bien différent en cela des jeunes gens à la mede d'aujourd'hui, qui vivent au jour le jour, le vous conseille de prévenir par un accord à Tamiable le jugement que je dois rendre comme président,. et je BMsftatte de vous y amen^« Jusqu'à présent il n'y a qu'une seule difficuHé, c'est de savois à qui appartiendra XtfuMium. l'ai en tète un projet d'échange ; on pourrait compenser le corpa de bâtimeni anreo des terres ,. et cela de la manière suivante. » Il se mit alors à exposer par ordre, comme il es avait Thabîtode, le projet d'échange qu'il avait conçu. Dé^à il en était au uiiHeu de sun dsscours, quand un bruit soudain se fit entendre à l'autre bout de la table* (^elqueMtns des convives venaient d'apercevoir ^unique chose dans un coin , et l'indiquaient du doigt aux autres , qui regardaient de tous leurs yeux. Toutes les tètes, comme des épis agités par le vent, furent bientôt tournées du côté opposé, vers un ^jigle du vestibule. Dans un
* Hélas ! telle est la destinée Je la pUipact des familles poloaaises : étraDgères 'dans leur propre foyer, dépossédées par la conquête ou les intvigoes de œax qui en ont profité?
pa9 eoopé , où se trouvait suspendu te portrait du dernier des Horeszko^ de fen le panetier^ on vit s'ouvrir une petite porte caehée entre les piliers^ et de cette porte on vit sortir sans brait une espèce de spectre. C'était Gervais; on le reconnaissait à sa taille, à sa figure^ à'ises demi-chèvres d'argent sur sa kourtka fanve. Il s'avança droit comme une colonne, muet^ sévère, son bonnet sur la tète, sans saluer personne. Il tenait en main une clef luisante comme un poignard; il s'approcha d'une armoire, l'ouvrit et se mit à tourner quelque ehose.
Aux deuK extrémités de la salle, il y avait sur des piliers deux pendnlesà musique enfermées dans lenrs armoires. C'étaient deux vieilles originales depuis longtemps brouillées avec le soleil; souvent elles indiquaient midi que déjà la nuit était proche. Gervais n'avait pas eu soin d'en faire réparer le mécanisme, mais jamais il ne négligeait de les remonter. Chaqne soir, il revenait tourmenter ses pendules, et c'était précisément l'heure à laquelle il avait l'habitude de les visiter. Le président tenait l'attention des deux parties concentrée sur l'exposition de son plan : m Mon ami, lui ditil , remettez à un autre moment cette affaire si pressée, y*
£t il re»>mmença à parler. Mais le porte-clefs, pour le braver, tira le cordon de la sonnerie. Les rouages ébréehés grincèrent. A l'instant le rouge«gorge perché sur la pendule battit des ailes et chanta quelques note». C'était un oiseau fait avee beaucoup d'art, nais malbeurensement fort endommagé. Il bredouillait, sifflait; plus il avançait, plus ses cris devenaient discordants. Les hôtes éclatèrent de rire, i^e président, forcé de s'interrompre de nouveau :
a Monsieur le porte-clefs , ou plutôt vieux hibou, s'écriat-il, si vous en faites cas, tenez votre bec fermé! »
Mais Gervais ne se laissa nullement déconcerter par ces menaces. La main droite posée avec dignité sur la pendule, la gauche appuyée sur sa hanche, il répondit :
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260 THADBB SOPUÇA.
« Mon petit président, libre atout seigneur de plaisanter. Un moineau est plus petit qu'un hibou ; et cependant dans son trou il a le droit d'être plus audacieux qu'un hibou dans des palais qui ne lui appartiennent pas. Un porte-clefs n'est pas un hibou. Celui qui de nuit entre furtivement sous un toit étranger, voilà plutôt le hibou. Mais je saurai l'en faire sortir...
— Jetez-le à la porte ! s'écria le président.
— Monsieur le comte^ dit le porte-clefs, vous voyez ce qui se passe ici. N'est-ce pas assez d'avoir prostitué votre honneur à manger et à boireavec les Sopliça? Faut-il encore que. moi, officier du château, moi,Gervais Rembaîlo, porteclefs des Horeszko, je sois insulté dans la demeure de mes maîtres? Le souffrirez-vous, monseigneur? y> Alors Prq{p.is cria par trois fois :
« Silence! évacuez la salle ! Nous, Protais Balthasar Brzechalski, jadis général du tribunal, vulgà huissier, faisons sommation, nous réservant de faire le iTisum repertum dans les formes, et vous prenant à témoins, vous tous ici présents, pour inviter monsieur l'assesseur à procéder à l'enquête au nom du demandeur, le juge Sopliça, de l'incursion, c'est-àdirede l'envahissement par force du château; lequel ledit juge à jusqu'ici, légalement possédé, à preuve qu'il y fait ses repas.
— Ventru ! hurla le porte-clefs, je vais t'apprendre à verbaliser... » Et saisissant à sa ceinture son trousseau de clefs il le fit tourner rapidement au «dessus de sa tête, le lança de toute sa force; le faisceau de fer vola comme une pierre partie d'une fronde. Il aurait certainement fendu en quatre ta tête de Protais s'il ne s'était baissé et n'avait ainsi échappé à la mort.
Tous s'élancèrent de leurs places. Quelques moments régna un morne silence, bientôt interrompu parle juge :
« Hold ! mes gens, les menottes à ce crâne ! » s'écria-t-ii. Déjà les valets se précipitaient dans l'étroit passage entre les
Goo
LA QUBIOLLB. 261
murs et les bancs; mais le comte le ferma avec sa chaise^ et^ posant le pied sur cette frêle défense :
«Arrière! cria-tril au juge. Personne n'a le droit de mettre la main sur mon domestique dans ma propre maison. Qu'il m'expose ses griefs^ celui qui croit avoir à se plaindre de ce vieiUard. )>
Le président^ jetant un regard de travers sur le comte :
« Sans votre assistance^ je saurai punir cet insolent gentillâtre. Et vous^ monsieur le comte, vous vous appropriez ce château prématurément^ avant l'arrêt. Ce n'est^pas vous qui êtes le maître céans^ ce n'est pas vous qui nous y faites les honneurs. Restez en paix à votre place^ si ce n'est par égard pour mes cheveux blancs, que ce soit par respect pour la dignité dont je suis revêtu.
— Que m'importe? répondit le comte; assez de radotage ! A d'autres avec vos dignités et vos égards; j'ai déjà fait trop de sottises en pren9nt part à vos orgies, qui devaient se terminer par des grossièretés. Vous me rendrez raison; à revoir quand vous serez à jeun. Sui»-moi, Ger* vais ! »
Jamais le président ne se serait attendu à pareille réponse. 11 remplissait précisément son verre, quand, blessé par l'insolence du comte comme par un coup de foudre, il demeura la main sur le verre, immobile, le cou tendu, prê* tant l'oreille, ouvrant de grands yeux, la bouche béante. Il ne dit rien, mais il serra la coupe avec tant de violence, que le verre éclata dans sa main, et que la liqueur lui sauta aux yeux. On eût dit qu'avec le vin il avait avalé de la lave brûlante,' tant il était rouge, tant ses yeux étincelaient. 11 se leva, mais se» premiers mots furent inintelUgibles; enfin on entendit sortir d'entre ses detits serrées :
c< Freluquet! misérable petit comte! Je t'apprendrai! Thomas, mon sabre! Je t'apprendrai à vivre, insolent! Voyez un peui les égards, les. dignités, c'est du radotage!
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3^2 THJbMÉ» fiéTLlÇA.
Qttelle» oreilles dêKcaies ! T»^ Je te 1«^ cdQfMrfti^ ftvee leurs boucles d'or! Sors à HnsCftiit, ou âéf^<l«-tm?Thoi&as^ ition 8«bi*e î »
Ses «mis se précipitèrent retu lui. Le juge lui prit la mtiii :
« Modérez- vous^ monsieur ; celte affaire me re^rde^ c'est moi foe Téo a protoqoé le premèér î Protais, mon sabre ! le \b ferai danser cottme on bohémien son ours. » Mais Thadée te retint:
« Monsieur mon onde^illnstre président t vous consentit ée vous battre avec ee petit-malti^î Ke somme»-nous pas là, n^us autres jeunes gens? L^sefl*moi te soin de le c1iâ« lier comme il te mérite. Et vous, monsieiir, <f«i provoques des vieillards, nous allons voir si vous> êtes un diev^alier si redoutable. Nous nous dirons deux mots demain. Nous ehoisirans le liea et les aimes. Aujoiird^bui, fuyez pendant que vious avesi tou9 vos membres, ti
Lt conseil était bon, car te porte-cteife et leeomtese trouvaient dans ane peeition fort embarrassante. Du haut bout delà table ne partaient que des menaces, mais de l'autre on tear laufadt des bouteiltes qui sifQateiyl autour de leurs tètes. Les femmes, effrayées, suppliaient» pleuraient. Télimène avait leié le^ yeui au ciel en criant : «t Hélas î » et polis elle était tombée évanouie entre les bras du comte, sur la poHrifAe duquel se pencha son eoi de cygne. Quoique très^ irrité, il se modéra, et se mit à lui prodiguer ses soins pour la rappeler à hi vie.
En attendant, Gervais était resté seul exposé aux coaps de cbatees et de boateUle^; déjà i! chancelait, déjà tes domestiques, les bras retroussés, se précipitaient sur lui tons à la fois. HeureusemienI Sophie s'aperçut de l'attaque ; inspirée par la pitié, elle s'élança vers le vieillard et te couvrit de son corps en étendant en croix ses petites mains. Tons s'atittèrent; Gervais se retira tentemeôt. Tout & coup
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on ne le'vit plus. Pendantqu'oncbercbaitsaus quel àd|gk4e la table il s'était i^fugié» il re|»anit de l'autre côté coonie sortant de terre. Il enlève un banc^ le UÀi^QmnMjer comaie Taile d'un moulin à veat^ bakie la moitié de la aalle^ saisit le comte, et, protégés par le banc> tous deox baitest en totraite veis la petite p«rte»
Près 4u mn^ ià s'acrète. Um fiais encore il regarde sts ennenûs j U réflécliit «n nu^ment» ncertain s'il se retirera «Tec son arme ncmyeUe, ou s'id s'en servira pour «eaber les cbanoes d'un &ouveaiii6<»nbat 11 se décide pour le dernier parti. Dé^ il akvé le l»anc cfimmeanie baliste^d^à, ponr le mieui lancer» il a penriié la tôte et cambré la poitrise, déjàil a le pied levé pcnv l'alta^e... il4ip«r9oit le aénéebaL 11 sent l'épouvante iui traversa le emur.
Le sénéchal^ tranquillement assis, les yeax à demi feranés, avait paru d'abord ploegé dans une proféaée méditation, n n'avait levé la lète qu'en entendant le eomte insulter le pré* sident et menacer le juge. Il avait pm deux prises, si'étaU frotté les yeux. Quoiqu'il ne fiât qu'un parent éloigné du juge, il était extrêmement attaché au maitie de k maifion hospitalière où il demeurait. U reigardadone le combat avee curiosité» il étendit la maiu sur la taide, prit nn teorge couteau, le posa sur ses doigts lemanohe tourné vers l'ongle de l'index et le fer vers le coude; puis il retim le braa nn peu en asrière^il le balançait ccnnme pour jouar, tout «n fixant le<somte.
L'art de lancer le couteau, art terrible dans les oombats corps à corps, était dé|jà négbgé en Litbnania.Les vieillards seuls le connaissaient encore. Le portcxlelss'y était quelquesfois exercé dans ses querelles de cabaret, le sénédial yexœl* lait. On voit, au mouvementée son bras, que is coup sera, terrible; an devine, h la éireotion de ses 3^€nx, qu'il vise le comte, Ie4em*er4es HDre8ako,.faidn qusparlesfeqnDBsi Les jeunes jens, moins attentifs, ne ctunpreanent nm à la
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364 THÀDÉS SOPLTÇA.
pantomime du TieiUard; maisGervais pAUt, couvre le comte de son banc et se retire vers la porte : a Saisissez-le ! r* crièrent tous lesconvives.
Tel qu'un loup surpris près d'un corps mort, se jette à travers les chiens qui viennent interrompre son repas ; déjà illes disperse, il va les dévorer, quand, au milieu des aboiements, il entend crier le ressort d'un fusil. Il connaît ce bruit ; il cherche des yeux, il découvre derrière les lévriers le chasseur à demi penché, un genou en terre, dirigeant le canon vers lui et pressant la détente. Il baisse les oreilles, cache sa queue, se sauve ; les chiens, avec des cris de triomphe, s'élancent à sa poursuite et lui arrachent des touffes de poils. Parfois le loup se retourne, les regarde, donne un coup de dents ; au grincement de ces dents blanches qui les menacent, les chiens s'enfuient en hurlant. TelGervaisse retire l'attitude menaçante; il arrête les assaillants du banc et des regards : enfin ils disparaissent, lui et le comte, dans l'angle obscur qui s'ouvre devant eux.
a Arrêtez-les ! » criaitH)n encore. Le triomphe ne fut pas de longue durée ; car au-dessus des têtes de la foule, apparut le porte-clefs sur la galerie, près des vieilles orgues dont il arrachait avec fracas les tuyaux de plomb. Il aurait fait un terrible ravage dans les rangs de ses ennemis en les foudroyant de si haut, si les intrus ne s'étaient hâtés de quitter la salle. Les valets n'osèrent y rester un instant de plus, tantils étaient épouvantés; chargés des plats, ils suivaient leurs maîtres, nonsansabandonnerunegrandepartiede la vaisselle.
Qui se retira le dernier du champ de bataille, méprisant les menaces et les coups? Ce fut l'huissier Protais Brzechalski. Immobile derrière la chaise du juge, il avait imperturbablement continué à glapir jusqu'au bout la protestation de son fausset d'huissier. Et seulement alors il avait quitté le champ de bataille, abandonné de tous, couvert de morts, de blessés et de débris.
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