LA RECLUSE
Le beffroi résonne au château de Marienbourg; le doyen des komthours, suivi des grands dignitaires, des chapelains, des frères et d'un essaim de guerriers, se rend de la salle du conseil à la salle du chapitre. Tous viennent assister aux vêpres et chanter une hymme au Saint- Esprit.
HTMNB.
Esprit, lumière éternelle!
Colombe de Dieu!
Tout roaiveif cjurétien i^niii 4oa^ ton ailp, M«robepiQ(| 4e toD trône, est présent dans ce Uea:
Sar tes aatels daigne apparaître.
Et choisis parmi noos l'héritier da grand-mattre!
Étoile de Sion!
FàiiB de^Q69dre e»t ooqs, ies aînés de ta sa«e,
Ton céleste rayon; Et celui qui sera plus digne de ta grâce Aura le front paré d*ane couronne d'or :
Nous tomberons à terre, en nous voilant la face, Devant l^itiomme iQr qui ta prendras ton essor.
Jésus, sauveur du monde I
Que ta main puissante et féconde
Désigne parmi tes enfants Celui qui doit porter le glaive de l*ap6tre
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LA BaCLVSK. 11
Et déployar au yèu ôm \iMm tfiomphtfaU Les étendards ûa eiel^ U» loyaume et le oMxe» Et le.iils de la terre iocllDera son cœur Bevatit rëlû de t)iea, dont ià forte poitrine
Brilfëni soiJB ta crott ditfne, Le grand-iiiAttM île fOtûh tmiBortel et vafaMibevrl
Lé&prièi'es ôniess l'asseiiiblée 8e7eti7e«L'«rchi-komthôur KiRtitë àse reiiâre ftù chcèut après un court délasdement'^ âOu d'itfiK^Iot'èp Dieu ptmr qu'il da^e éelairet^ l'esprit des chA^éMmy des élfedèurs et des hètes.
0ti ta prendre le frais de la huUj ies uns s'établissent soUs Ves gaterkis du cttâteau^ les autres se répandeol dans les bosquets et les cbamps. Ëa nuit est calmé et belle cdmtlie en mai; une aube douteuse apparaît à fborizon;, la lune^ au ternie de sa carrière^ la lune au front changeant, au mébilè l^gàrd^ endormie tantôt sur un épais nuage et tantôt Scintillant sous un voile argenté, incline déjà son disque inorne et soMtaire ; tel un amant rêve dans le désert et reuiont^ en pensée tout le flot de sa Tie> atec ses èspéran* eesi i^^i^ t^laisirs^ sestoui'ments : tantôt il verse des larmes et tatitôt lèTe un Joyeui regard , puis, laissant tomber sa tête sur sa poitrine^ il s'endort du sommeil de là mélancolie.
D'autres chevaliers se promènent aux alentours. Mais Far* chi-komthout' ne perd pas des instants précieux ; il fait appeler flàlbàn et quelques frères fchoisls : il les prend à l'écart pour consulter lénH pensées et leur eommuniquer les sîeilhes. Ils quittent le château^ et se bâtent vêts la plaine. Tcnrt en inarèftant et devîiànt entte eux^ peu attentifs d'ailleiîi^ au chelùiil qu'ils falsàieut> depuis quelques heures ils enraient dats leë envîrotis, le long du lae assoupi. Voici bientôt le jour, il est temps de tegagner la tille. Ils s'arrêtent;:. Urte voixîi.. d'où vient-elle î... de la tourelle ausaillantdu rempart. Ils écoutent encore... c'est la voix de la re-
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cluse. C'est là^ dans ce doi^on, qu'une reli^euse inconnue * *; arrivée depuis dix ans dans la ville de Marie ^ soit qu'elle fût inspirée du ciel ou qu'elle voulût alléger par l'expiation les remords d'une conscience coupable, est venue chercher un dernier refuge ; c'est là que^ vivante , elle habite déjà un tombeau.
Longtemps les prélats ont décliné sa demande ; mais enfin^ lassés par la persistance de sa prière , ils lui ont accordé l'asile qu'elle implorait dans le donjon solitaire. A peine eut-elle franchi le seuil consacré , on le chargea de pierres et de ciment ; et la recluse resta seule avec ses pensées, seule avec Dieu!... La porte qui la sépare des mortels ne sera plus ouverte que par les anges au jonr du jugement!
Là^haut , par une petite lucarne grillée, le peuple lui envoie ses offrandes, le ciel ses brises légères et le jour ses rayons. Pauvre pécheresse!... la haine du monde a-t-elle donc à ce point aigri ta jeune âme , que tu crains le soleil et l'éclat d'un ciel pur?... Jamais, depuis que tu t'es enfermée dans cette tombe, on ne fa vue à la lucarne du donjon aspirer la fraîche haleine fies zéphyrs, contempler le ciel bleu dans sa sérénité, ni les douces fleurs sur la pelouse odorante, ni mille fois plus douces les figures de tes semblables!
Elle vit encore : voilà tout ce que l'on sait. Parfois le pèlerin , errant auprès de son asile, la nuit, est arrêté par un chant mélodieux , sans doute 4es accents de quelque noêl ; et lorsque les enfants des villages prussiques s'attroupent et s'ébattent le soir dans la vallée , une blancheur se lève dans la lucarne comme un rayon de l'étoile du matin : est-ce une boucle ambrée de ses cheveux? esirce l'éclat de sa pe* tite main de neige bénissant ces têtes innocentes?
L'archi-komthour, qui avait dirigé ses pas d u côté du donjon entend ces paroles au moment de le dépasser : « Toi, Kon-
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LA BBC]»USB. 13
rad!... ô ciel!... les destina s'aecomplissent... loi grandmaître! pour les assassiner!... Eh quoi! ne te reconnaîtrontriis pas?... Que te sertde te déguiser!... Tu changerais d'enveloppe comme le serpent, que tout le passé vivrait encore dans ton âme; il vit bien dans la mienne!... Tu reviendrais vampire que les croisés te reconnaîtraient encore dans ton cadavre !... »
Les chevaliers écoutent; c'est bien la voix de la recluse. Ils regardent le grillage; elle semble inclinée, les bras étendus vers quelqu'un sur la terre... mais vers qui? Personne à Tentour... seulement au loin l'acier d'un casque brille comme un éclair, et sur le sol glisse comme une ombre... Est-ce un manteau de chevalier?... Disparu ! Sans doute quelque vision trompeuse ou le reflet d'un rayon de l'aurore... Les ombres du matin ont passé sur la plaine.
« Frères! s'écrie Halban, rendons grâces à Dieu! c'est lui, n'en doutons pas, dont la volonté nous a conduits vers ces murs; ayons foi dans les prophétiques accents de la recluse '3! Avez-vous bien entendu?... il s'agissait de Ronrad, orKonrad est le prénom du bouillant Wallenrod. Arrêtons-nous; que le frère donne la main au frère, et, foi de chevaliers, demain, après le conseil, il sera notre grandmaître ! — Et tous se sont écriés : Konrad sera notre grandmaître! »
Ils s'en allaient en criant; longtemps encore le vallon répétait comme une acclamation de triomphe et de joie : «Vive Ronrad! vive le grand-maître! vive le grand Ordre! meurent les païens ! » Halban demeura pensif. D'un sourire de mépris il accompagne les frères ; jette un regard sur la tour, et chante à demi-voix, en s'éloignant, les strophes suivantes :