WALLENROD
Ta présenter à chaqoe nodvttni grand-matUe iôrs de soD^étociion, comme un gage de la bienveUlance da aaint-siége. Mais reveoons à la cérémonie de l'élection. Le chevalier auquel le grand-maitre mourant avait confié les insignes , était déclaré vice-grand-maltre ou \ice-régent , et gouvernait rordre ]usqu*à la prochaine élection ; toutefois , si ce chevalier ne convenait pas à tout le chapitre, on élisait, après la mort du grand-maltre, un autre vice-régent. Celui-ci faisait part de Finterrègne aux maîtres provinciaux, et fixait le jour de l'élection. Pendant ce temps, on distribuait les habits du grand-maitre défunt aux indigents, on nourrissait nu de ces. pauvres pendant un an entier, ce qui avait lien aussi pendant quarante Jours à la mort de chaque chevalier, en souvenir de Torigine de TOrdre Le Jour de l'élection, on célébrait la messe, après laquelle on faisait la lecture des statuts ; tous les frères récitaient quinze fois le Paiery et donnaient ensuite à manger aux pauvres. Le vice-régent, avec l'agrément de l'assemblée, nommait un chevalier pour présider, à titre de commandeur, le collège électoral ; ce commandeur prenait un autre chevalier pour assistant, ces deux en prenaient un troisième, et ainsi de suite jusqu'au nombre de treize. Parmi les électeurs il y avait un chapelain, huit chevaliers et quatre frères servants; mais on faisait en sorte quêtons les électeurs ftas»* sent chacun de différentes provinces. Après l'électioD, le vloe*régent eonduisait à l'autel le nouveau grand-mattre; et, après lui avoir exposé le» obligations de sa charge, il lui mettait entre les mains le tceau de l'Ordre et les insignes, et lui donnait l'accolade.
Depuis la sécularisation d'Albert de Brandebourg, ces usages se. sont moditiés; ce furent les douze commandeurs provinciaux qui devinrent électeurs de l'Ordre, et leur choix dut être confirmé par l'empereur. Cette dernière cérémonie se foisalt avec beaucoup de solennité. Pirminus Gassar la décrit en ces termes , à l'occasion de la confirmation de Walter de Kromberg : «... Henri de Holsteln, Hoyes de Mansfeld, Boifo de Monfort et Jehan de Hohenloé, ambassadeurs du grand-maitre et comtes de l'empire % furent reçus dans l'assemblée de la diète ** par les officiers de l'empereur. Ils supplièrent ce prince d'approaver l'élection de leur grandmaitre de Kromberg. L'archevêque de Mayence, grand-chancelier de l'empire, ayant répondu que l'empereur était prêt à les satisfaire, le grandmajtrt entra aussitôt, précédé de cinquante gardes et accompagné de six anciens commandeurs de l'Ordre en grand costume. Tous se mirent à genoux aux pieds de l'empereur, et de Kromberg lui présenta les lettres de son élection, écrites en caractères d'or et signées de rarchiobancelier de l'empire et du secrétaire de la diète. Dans le même instant, le prieur cha^ pelain lui mit le missel entre les mains, et le grand-maitre, à genoux, prêta serment, répétant mot pour mot les paroles prononcées par réleoteur de Mayence. L'empereur ayant fait signe au grand-maître de se lever, trois chevaliers qui portaient les insignes s'avancèrent, les présentèrent à genoux à l'empereur, qui les remit au grand-maitre et lui fit baiser Id pommeau de son épée. U lui fit aussi toucher le sceptre, à genoux, en sa qualité d'ecciésiastique ; honneur qui n'était accordé à aucun lalque« Cette
* Depuis Hermann de Saltza Jusqu'à Albert de Brandebourg, les grands maîtres de rOrdre avaient le tUre de Princes de l'empire^ qui leur fut accordé par Tempereur Frédéric II.
** I^a diète d^Augsbourg, tenue en i5S7. ,. ^ . .
Digiti
oéffémooie n iQcntea far .ta «néation de ctaq cbevalien, armés par Vwkpereuff en prâseDoe dafirand-naUre. » (PicminuB Gasiar» Annal* Augsb., p. 17S3 ci suiv.)
^ D'après les statuts de TOrdre, eelui qui se présentait pour être reça chevalier était obligé d'attester par serment qa'ii était û''origin€ allemande et d*iuie famtUe noble. Un auteur prétend même que les candidats à la grande maîtrise étaient tenus de prouver leur naissance depuis sept générations du cété des hommes et autant du côté des femmes.
M On appelait maiaont les cloitns, ou plutôt les châteaux de TOrdre qnà s'élevaient dans les différentes contrées de l'Europe. (•f-)
** Le regard de Vhomme, dit Cooper, lorsqu'il porte l'expression du courage et de l'intelligence» produit une forte sensation, même sur les animaux féroces. Yôici ce qui est arrivé à un chasseur américain. Il s'avançait à pas de loup vers des canards sauvages, lorsque averti par un bruit innsMé, il se retourne, et tout auprès d« lui il aperçoit un lion énorme étendu sur la terre. L'animal parut non moins étonné de voir cet homme aux formes de géant* N'ayant son fiisU chargé qu'avec du plomb de ehasse, l'Américain n'osait faire feu vil restait donc immobile : seulement du regard il menaçait l'animal. 0e son côté le lion, tranquillement assis, ne cessait lui-même de fixer te chasseur. Quelques minutes après, il détourna la tète et s'éloigna; mais à peine avait-il fait une quinsaine de pas, qu'ii s'arrêta et retourna vers l'endroit qu'il venait de quitter. Il trouva le chasseur immobile à la même place. Les deux adversaires se mesurèrent de nouveau du regard; entin te lion, comme s'il reconnaissait la supériorité de l'homme, birissa les yeux et s'en alla. {BibHotk. univ., 1827, février. Foyage du capitaine Head.) (»\-)
" Les chroniques do temps parlent d'une fiNe de village qui, arrivée à Marienbourg, demanda à être enfermée dans un doi^on, et finit pa» y mourir. Son tombeau devint célèbre par phisieors miracles. («f )
^3 Pendant l'élection, si les suffrages étaient partagé»K, des faits semblables étalent regardés comme des présages et avaient lieaueoup d'influence sur le résultat des délibérations» C'est ainsi que Winrick de Kniprod gagna tous les suffrages, parée que les frères prétendirent avoir entendu, sortant du tombeau des grands-maitres, une voix qui s'écriait à tkois reprises : « Finrice ! ardo lahorat! » Dans le moyen Age, on accordait beaucoup de crédit à de paiellles prophéties. Voici ce que nous Usons dans la biographie de saint NorbeK, fondateur de i'Ordte de Prémontré : «... H s'en fvft à Rome, vers l'an 1122, pour faire confireBer son institution par Calixte IL.. Une voix, en lui annonçant sa future élévatfoo, lui avait prédit qn'il serait nommé archevêque de M'agdefoourg, et lé pape ne tarda pas à lui conférer cette dignité. » De pMells rêves se réalisent aussi de u os Jours.
^^ k la naissance de l'Ordre teutoniqtte, sa règle fut très-sévère. D'après les statuts del'Otfdre, les chevaliers devaient vivre en commun, ne se novrrir que d'aliments groaaiefs et en petite quantité, et ne coucher que sur la dure. Ils ne pouvaient rien avoir en propre ; leurs vêtements^ leurs armes, les harnais de leurs chevaux, devaient être des plus simples, sans or ni fourrures précieuses. Us ne pouvaient non plus, sans permission, s'absenter de leurs monastères, ni écrire ou recevoir des lettres, ni rien enfermer sous def , les portes de leurs cellules restant toujours ouvertes. Tout entretien avec les femmes, même avec leurs parentes, leur était intecdU. Cette rigueur
Digiti
WÀLIBUBOD. 443
fut iMNiflsée ao |K)f ni, quf il ii*éC&it pas même permis à un ehevaMer é¥mbnsser sa mète... Ce qa*fts pouvaient faire Hbrement, c*était de prier Dieu; «issi ne faisaieot-ila que dire des messes, Tépée ao côté et la cuirasse aa dos, et que chanter des litanies. Certains antears assurent que le grand-mailre Walpot avait ordonné de réciter cfaaqne }oar et toutes les nuits deux cents Pater avec autant d'^ve et de Credo, L*àge déterminé par tes statuts pour être reçu dans cet Ordre était de quinze ans.
>* Les Samogltiens comme les Lithuaniens avaient coutume d'annoncer lemrs incursions nocturnes sur le territoire de leurs ennemis par des ciis épouvantables et le son d^me espèce de cor en bois. Ils se rassemlriaienl en bandes considérables, tous montés sur de petits chevaux, armés de haches et de Javelines. Les représailles des Teutons font frémir d*horreor. On chargeait de fers les captifs^ on violait les femmet^ on arrachait les enfants du sein de leurs mères, puis on égorgeait les enfonts et les vlelilards. Gomme de nos Jours ft Oszmiana. y, note 48, p. 458.
« A la suite d'un différend entre Jaghellon, grand-duc de Uthoanie, et son onde Keystont, le Bayard lithuanien, ao sujet du mariage de la princesse Marie avec Woldyllo, complaisant de bas étage du grand-duc, ce dernier, consulté par son favori et soutenu par les chevaliers tentoni* ques, envahit à matn armée les domaines de Keystoot. Le prince le repoussa avec Tigueur ; et, voulant punir Ilnsotence de son neveu, le poursuivit et S'empara de THno, capitale du grand-duché. Menacé de perdre aon trdne, Jaghellon eut recours à la générosité de son oncle et à l'Intervention de son cousin YHold, qui, par ses sollicitations en faveur de Jaghellon auprès de Keystout, son père, parvint à les réconcilier. Keystout évacua donc Yilno; et, à peine retourné dans ses terres, il tourna ses armes contre on de ses vassaux, Korybut, qui, s'ëtant révolté, avait mis le aiége devant Noiivogrodek. Cependant la réoonclliatfon des deux princes ne fut pas de longue dorée; Jaghellon, excité de nouveau par son beaufrère Woldyllo, recommença les hostilités : et. profitant de l'absence de son onèle , Investit son château de Troki. Keystont, prévenu JÙe cette DooveHe Ingratitude de son neveu, s'avança avec Yitold poor loi livrer bataille ; mais cette fols il eot le malheur d'être fait prisonnier : il fàt Jeté dans on cachot, et peode temps après il mourut. YVoIdyllo txA soupçonné <le l'avoir étranglé. Titoid aussi était prisonnier; mais, plus heureux que son père. Il ftit sauvé par sa femme, qui, ayant (Hrtenu la permission de le visiter, lui apporta des habits féminins et le fit évader à la fhveur de ce déguisement Échappé de Sa prison, Vitold se réfugia à la cour de Mazovie; mais, ne s'y croyantlpas encore en sûreté, ITte retira en Pruss^, et demanda la protection des chevaliers teutoniqoes. Le grand-maitre Konrad Zollner de Bothensteln , heureux de trouver une occasion pour piller à nouveaux frais la Litfauanie, reçut le prince à bras ouverts, et lui Jurade faire tout son possible pour le mettre à même de venger sur lagiieUôn la mort de son père, et de le fûre rentrer en possession de son duché. Les chevaliers assemblèrent on corps de troupes considérable, et bleiftôt entrèrent en Lithoanie, le fer et le feu à la main. Le château de Troki se rendit après une courte résistance ; mais l'approche de Jaghellon, à la tète d'une puissante armée*, contraignit les chevaliers à se retirer en toute hâte, eu abandonnant leurs conquêtes. Vitold n'avait pris aucune part à cette expédition i mais il la favorisait de toos ses voeox. Jaghellon, prévoyant que te séjour de Yitold parmi les Teutons leur donnerait
Digiti
toujours 00 prétexte poar attaqaer ses États, proposa secrètement à son cousin le retour en Lithuanie, et lui promit de le rétablir dans son héritage. Ils se réconcilièrent de nouveau ; Vitold rompit aussitôt avec les ciievaliers. Quelque temps après, Jagbellon, sans perdre sa qualité de grand*duc de Uttiuanie , monta sur le trône de Pologne (1386) *. Son absence et celle de Yitold, qui l'avait suivi en Pologne, donnèrent à Rothensteln une occasion favorable pour attaquer la Lithuanie sans défense. Il avait entretenu longtemps auparavant une correspondance secrète avec André, frère de Jagbellon ; il fut réglé entre eux qu^André serait promu à la dignité de grand-duc, mais comme relevant de TOrdre teutonique. Il ne s'agissait plus ici de la propagation de la foi, puisque la Lithuanie entière s'était convertie avec son grand -duc, devenu roi de Pologne. Jaghetlon, instruit de leur irruption, envoya Vitold et son frère SkirgbeUon contre les envabisseurs, qui bientôt furent chassés du pays. I>ans cette expédition, Vitold s'était signalé par un courage et un dévouement remarquables ; il avait droit d'espérer qu'il serait nommé lieutenant du grand-duc en Lithuanie : mais Jagbellon, à peine revenu à Vilno,. confia cette charge à son frère SkirgbeUon. Vitold, outré de cette nouvelle in|ustice, se retira une seconde fois chez les Teutons» qui le reçurent favorablement; et il ne fut pas plutôt arrivé auprès du grand-mai tre qu'on envoya une seconde armée en Lithuanie. Cependant Vitold , obéissant à la versatilité de son caractère, ou peut-être ne pouvant étouffer en lui la Toix du remords , entama des négociations avec Jagbellon ; et ce roi, pour lui prouver son pardon, le lit grand-duc en remplacement de Skirghellon, dqjà disgracié pour sa mauvaise conduite. Les Teutons, brûlant de venger cette seconde défection de leur allié, réunirent tous leurs efforts, et poussèrent Jusqu'aux portes de Vilno. Vitold, trop clairvoyant pour ne pas craindre que tôt ou tard la Litbqanie ne tombât victime de l'ambition des grands-maitres , méditait la perte de l'Ordre. Il convoqua les Ëtats, et leur représenta dans des termes énergiques la nécessité de tourner toutes les forces du pays contre l'ennemi commun, et de mettre On de cette manière aux calamités de la patrie. Bientôt on réunit une armée lithuanienne et polonaise ; le grand*maUre, ne se sentant pas assez fort pour pouvoir accepter une bataille, se replia promptement. Ce premier succès de Vitold ne l'empêcha pas de rêver toujours à J'anéantisse* ment de l'Ordre teutonique. L'élection de Konrad Wallenrod à la dignité de grand-maitre lui en fournit enfin une occasion décisive, comme nous le verrons par la suite de ce poème.
*' Le château de^wentorog était la citadelle de Vilno. C'était le temple du feu éternel appelé Znicz,
Swentorog, duc de Lithuanie, fils de Witenes, étant une fois à la chasse, fut surpris par la vue d'une charmante et vaste plaine sur les bords de la Villa, entourée de collines fleuries et boisées. La Vileyka, qui prend sa source dans une de ces hauteurs, forme un triangle assez régulier autour de la montagne qui domine toute la contrée, et puis va se confondre ayec la Villa. Ce site pittoresque plut tellement à Swentorog, qu'il y marqua la place de son tombeau, ainsi que de tous les princes et chefs lithuaniens. II fit promettre à son fils Ghiermund, qui devait lui succéder, qu'il
* C'est sur ces événements que mon drame A' Edvige ou les /aghtUonshéit eons» trult.
Digiti
WALtBlIBDD. 445
y fierait bràlér ion èor|M, et voalat que ce liea tût oooBidéré à raTénir eobime sacrée GhiermaDd exéeoU pieUBemênt la <lenifèfc volooté de son père; il dépouilla la plaine de les arbres : et, poar engager le peuple à venir rhablter, dans un petit boisconsacré au dieu de la foudre, Perkouruu^ il établit des prêtres chargés d'entretenir le feu étemel. Cet endroit prit depuis le nom de Champ de Swentorog, et le conserva jusqu'au temps où JagheUon, eu introduisant le christianisme en Lithuanie (1387% supprima tous les souvenirs du paganisme. Sur la place de l'ancien temple du Znicz s'élève aujourd'hui la magnilique cathédralede Tilna (Voir la dewriptiofi de cette l>asiUque dans la Pologne pittoresque^ tonu II, p. 129.)
'* Nous avons vu que le symbole de la' vie éternelle ou la clef mythique dé Viélooa chez les Lithuaniens idolâtres était aussi une croix, et que le christianisme n'a fait quela replacer au sommet des temples. (Tome I, p. 4i&) ** Les Teutons avaient l'habitude de donner, le Jour de la fête patro* 'Date de l'Ordre ou bien avant quelque grande bataille, un banquet qu'ils appelaient la Table éTfumneur. Douze des princes étrangers ou principaux chefs qui avaient rendu le plus de services à l'Ordre, loit par des secours, soit par de grandes actions, étaient invités à ce festin; on y admettait aussi des chevaliers qui s'étaient signalés par quelque exploit extraordinaire. Ges cérémonies rappellent le fameux repas que donna (en 1453) Philippe le Bon , duc de Bourgogne, lorsqu'il voulut engager sa noblesse à marcher en Palestine.
Nous trouvons dans Favin quelques détails curieux sur ces festins chez les Tentons. Laissons parier l'auteur dans son style plein de bonhomie et de naïveté :
«... Ores , durant la grandeur et magnificence de cet Ordre teutonique Ou de Prusse* les souverains grands-maistres d'Icelny, pour recognolstre ceulx de leur solde et compaignie qui guerroyaient vaillamment leurs ennemys et voisins idolastres, les Prussiens, Livoniens et Tartares, establirent nng prix d'honneur et de louange particulière. Car ils instituèrent vne Table d'honneur qu'Us appelèrent a llnstar de la Table ronde des Anglois. En ceste table estoient assis aveoques le grand-maistre, ceux qui s'estoient faict signaler en vaillance et prouesse, feussent-ils estrangers, ou frères de l'Ordre, pour le service de la Religion. Ce qui se cognoistra plus clairement par les termes de la Chronique du bon duc Loys de Bourbon^ deusiesme du nom, troisiesme duo de Bourbon, chapistre vaingt-troisiesme :
K < ... Ceux qui priodrent congé du duc de Bourbon , estant à Chambery en Savoye pour aller en Prusse guerroier les mescreans, furent i Messires lehan de Chastelmorant, — Aymar de Marcilly, — Oudin de Raullat, — Oudray de la Forest, — lehan de Sainct-Prict , — Pierre de la Bussiere, — Sainct-Porqoe, — Perrin du Pel, — Guyon Gouflier, — et lehan Gondelin Breton.
« Ains priodrent les compaigoons congé du duc leur maistre qui les enchargea sur tant qu'ils craignoient a le courrouce^, qu'ils feussent vers luy assez tost après Pasques (c'estoit après la feste des Toossaincts qu'ils partirent). Et a leur départir, la comtesse de Savoye, soeur au duc de Bourbon, donna a chacun des compaigoons aUant en Prusse ung diamant dont ils furent moult ioyeulx du don des dames. Et de Savoye se partirent les oompaignons, passèrent par Lorraine et Allemagne, et tirereat ai Boeme a Pragmr, on tnwivecelit ia nyypede fiofloie, tante au due
Digiti
deB(MirtlOI^ 4Qi 4m veM iTMlentien ée b«ft eottr, «n éoftMat es «et 4oM : «( en œlle «ilé de Pngne, Mtoienl pfaiiieiifs ohevattera ^ lliMlel 4» roy de FmKW (Cbadea ciiviaiefme, dick Je Sage), tfai »'tnim&tei^i grande ioye , pottfce qu'ils tenofent le ebemlA de Praese. U pMVdor d'ioeolx cstDit : Neséires Hutin de YenBeiMcs, — Le Bargoe d» la Bfwae, — Le fiaatard d^Anssy et anitres. Cbemioerent iaai par leurajottrttees, qu'Us «nirerent es glaces gelées des paluds et jnaraix de Prusse ; ettant se traisnerenl ^ar les glaçons ^oomme U est dejonustome) t»*ils vladireiit a lialienbourg, le grand bostel des chendiers de Pnisse, «m le bauli-valsUe dlcelay Ordre les reœut vouleiitien, et la« les geMaadw4ci]k»rt)0fi Ifoavennt liassirss letiaa de Roye, ^ Pairmiilfacdd* Aenty, -«• Jlobert deCbidus, -^ lehan teilaitigit, diet Boaetoantt^idfMur 9A«b«rftla<9 ftil deiRuls BMnaohai de ftenca, et, par son Ixm sens. go«verpeiNr4e.la tit^ de Genoei, -<- Messiras lehaa BonnetMmt, -^ eauober de Paasacti, «^ rfier- «Ue de la Faye, et josutt d*a»lkres de nations que le ne saiHWis nommeiCt qui estaient venus si tUen a fxiinct, Que omt veiiles. £t leiiattlttui«JMre de Prusse, qui veid que eelle Aeze s*estoit si bien postée a l'bunufiqr de sioy, un tour de la feste deHostse^UamedelaCbaudeleur» M»y«Jtobevaterie ipti a tay estolt mouH bauttemeot, e|U pour i* b»iiueu r du Jour, le service divin aooovi^y en 'Son bostel de Marienboui^ W CQurrlr la Table d'hTimeur, et voult qu^a «esteTaMe DrasBentassi^^ooiBee^ya- Hers de plusieurs royaulmes. Et du royaulme de Franat p êeirfMiau hault : Messire Hutin de y«rmi^leB« et ïiislanl diss MaigueUim, «qae toutes genis claraeieut le bon elMfvatter;:et des anitees imls deux,iuaques a douze, par Tordonnance du matstre, et feurent serviz pour la iluiutlesse du loue, ainsy qnll leur apparteno&l. Grâces diolesa fiiMl • a «eux douze devisa*t*oii de TOrdre de la J«6./tf «rAofifieiir^'C&ooniffie elle JCuitiVtabUe. Et puis, ttug des cbevaliers frenade la Religion a tiDg4)taiïW»i)ailla uug mot pat eaorlpt, en iettres d*or, sur leurs espauk» : « .HfmMmr vaine 'Umt.9 Etile leudemaio, le» ubeiiaUen prlndrent «ongâ^dA-baiiltrmaistrf^ «t s'en relxNifna ohaoan en aa oontreeu Sur .le Yoiage dts «bevaliers françoia, eu feveur de ceste <)rdve de^Prusse, du temps du mv Cbarles «loquieswiu, et du b«o due de BouaboA» a «sl4 dressé oolny du fabuleux lamancier de leban de SaiocUré, rsosaïquable en eala : quMl désigne les noms des urmes dea maisons sigoalees en vaillanoe ettnoblesae. du teaips iludiot roy Cbarles oinquiesuie ; qu'il fidst donner audtet Saiuc^ la oondalte de cinq cents lances, avecques les bommes de traits; de sorte qu*U y afc^t irAus 4e aim mille François a caste em s a iem •» i Theasire4*'honti€ur et de chevalerie^ Uv. it, p. I396p-i400.)
^ L^onifoiwe 4es chevaHen était vue Msaqœ soir et .un manteau Uane, étoile d'une «roix noire. Ils portaient égussou d'aig^tà.la croix de sable, c*est-à-dife uvoix noire, sur fond blanc. Koua aurons .dit quels ornements y ont été successivement ajoutés par leani^Mpuue^ Ffédéric H d'Ailemagne, et Louis IX de Traoce»
^< « a^kKiistcips*nous dans k Scsgneur» GattdeQmmÂn.fiominQ, » teHe ét^t la locmute par laquelle on denuait.le signal des bMKinete«>QUastitques de eetemps. <t) '
^ Nous f«lfeuvM8<CM»reçà«tJà.daQs JeaKoHiuft quelques lounutas «n usage dans les itanqueta BsonastiqueB, el4Mit nous aMous gafdé le sottirenir, uoas qqi anaus en te hnabeur Çosaisèffir ^.«s fdeunpaa. lïne ide ceUesjqiii JiQoampçgnaleBt te jim mKvmut^iÏMWÊkjù» \
Digiti
WAUrBirHOD. 447
d*areent et le gfoa-gloa en amphorei est celle d : • rinum cor latificaL »
'3 Nous avons ¥« daa» les notes de Gr^ina (t. î^pAib) , la déconfiture du nommé Riieliu, Taldetote prossien, lors defélection du grand-maftre Wlnrick Ton Kniprod , auquel en offrit en guise de récompense une assiette de noix vides. Cétait une manière de siffler son poème. Il serait curieux de recberctier dans l'anticrnité la plus reculée Torigine de cet usage si commun sur nos théâtres, « de ce droit qu'on achète en entrant, » et qui fut, comme nous le voyons, admis dans tous les temps et chez tous les peuples de FEurope.
** Le peuple de la Uthuanie se représente la peste sous la forme d'une vierge dont Papparliion doit précéder le fléau terrible. Toici le commencement d\ine ballade chantée encore de nos jours en Lithiianie : «... Dans un village apparut autrefois la Vierge pestiféré, qui, suivant son habitude, glissant son bras à travers la porte ou la fenêtre, faisait flotter une écharpe rouge et semait la mort dans toutes les demeures. Les habitants s'enfermaient soigneusement; mais la famine et d'autres liesoins les forçaient bientôt à négliger ces précautions, et tous attendaient la mort tJn gentilhomme, bien qu'il fût alwndamment pourvu de provisions et capable de soutenir long temps encore le siège de fa vierge malfaisante, résohit de se sacrifier pour le salut de ses vassaux. Il prit son sabre portant pour devise le nom de Jésus-Marie ; puis II ouvrit bravement la croisée. Le gentilhomme coupa d'un seul coup la main au fantôme, et s'empara de l'écharpe. rouge, il est évident qui! mourut immédiatement après, et que toute sa Ikmitle aussi dut périr ; mais depuis, la peste ne se manifesta plus jamais dans le village. »
On dit que l'écharpe enlevée au spectre par le brave gentilhomme était conservée dans l'église d'une ville dodt le nom nous échappe. Dans POrient, on dit qu'avant que la peste éclate, il apparaît toujours un fantôme aux ailes de chauve-souris, qui désigne du doigt ceux qui doivent en mourir. Dans des tableaux pareils, l'imagination populaire a voulu peindre ce pressentiment secret, cette inquiétude vague et sans aucune cause apparente, qui s'empare d*une famille et souvent d'une nation entière ft l'approche de quelque grande calamité. Cest ainsi que dans la Grec» on pressentait la longue durée et les désastres de la guerre du Péloponèse; à Rome, la chute de l'empire; en Amérique, Tarrivée des Espagnols, etc. ' (t)
^ L'Ordre des chevaliers porte-glaive ^ fondé en 1204 par Innocent III* était destiné à combattre les païens de la Uvonie. Il avait pour armoiries deux glaives rouges en sautoir sur fond blanc, et suivait la règle des Templiers. En 1237 le pape Grégoire IX autorisa sa réunion avec fOrdre teutonique; cette union fut rachetée et rompue en 1625 par le quarante et unième grand-maitre, Walter de Pleltenberg. Le dernier grand-maltre, Gotbard Kettler, embrassa le luthéranisme comme l'avait fait Albert de Brandebourg, reconnut en 1561 la souveraineté des rois de Pologne, comme duc de Kourlande et de Uvonie, et cette province fut désormais acquise à la Pologne à litre de flef héréditaire.
R Sciticel et tempus véniel, cumjlnibus Uli$ jigrieotay incurvo terram moHtus arairo^ Bxesa inveniet tcaltro rubigine pila.
Digiti
Mul gravibus nutris gaUda puUabU inanis Grandiaque efJostU mirahitur ostas epulchria.., » {ViBG., Georg,^ I, 493.)
Le docteur Leander von Mbanw D'était pas tout à fait aussi barbare que les orgueilleux Teutons se rimaginaient...
>' Le réveil!... ce fut la captivité dans les cachots de Vlluo et Texil à perpétuité, Texil en Russie, toute la deuxième partie des Aïeux,
2» Fils de Gédymin, père de Vitold et oncle de Jaghellon, Keyslout fui, nous ravoDs dit, le Bayard de la Litbuanie. Pour ses amours avec Birouta, voyez la nouvelle insérée dans :1a Pologne pittoresque (tome II, p. 194), d'après V Annuaire polonais de Krzeczkowski, paru à Leipsick sous le nom de Znicz.
39 Cette description s^accorde avec celle faite dansfînajtna, p. 410. Nowogrodek fut deux fois pris et brûlé par les chevaliers, en 1314 et 1390.
M H^alterwm Stadion^ chevalier teutoniq^e, fait prisonnier par les Lithuaniens, épousa la fllie de Keystout, et 8*enfùit secrètement avec elle de la Litbuanie. Il arrivait souvent que les Prusses et les Lithuaniens enlevés dans leur enfance par les Teutons, de retour dans leur patrie, devenaient ies plus implacables ennemis des ravisseurs. Le Prusse Her-. CHS Monte ^ célèbre dans les annales de l'Ordre, nous en fournit un exemple. (f)
3' Kleypeda (Memmel), ville commerçante, avec une forteresse et un port, située à Tembouchure du Niémen, dans cette partie de la Lithuanie qui appartient auJourd*hui au roi de Prusse. Kleypeda fut bâtie en 1279, Cortlfiée en 1312. Les chevaliers teutoniques s'en étaient emparés en 1328, et c'est à ce titre, un peu suranné « qu'elle fait aujourd'hui partie de la Prusse.
33 Voyez l'épigraphe : « JSisogna essere volpe e Leone, » Cette devise méridionale ne sera Jamais adoptée par la Pologne. Le Izar Nicolas disait à un voyageur français , en lui montrant ceux des enfants polonais qui ont survécu à leur enlèvementetqu'll faisait élever dans les écoles régimentaires : « Vous voyez pourtant que Je ne les mange pas ! »
^ En 1831, tout le corps d'armée lithuanien commandé par le général Rosen aurait passé sous les drapeaux polonais , sans les mortelles hésitations de la pentarcbie aristocratique et du chef de l'armée qu'elle avait choisi*
3* Le temple d*Jlexoia ou Milda, déesse de la beauté et de l'amour (Kauni«), se trouvait dans les jardins mêmes de Keystout, à Kowno, aux lieux où s'élève aujourd'hui le faubourg à'Jlexota,
3& Keydamjt sur le chemin de Kowno à Polonga ; aujourd'hui colonie écossaise et domaine des princes Radzivill.
^ Le tableau de cette croisade est en tout conforme à l'histoire, (f)
3^ Il semblerait que la conduite de Wallenrod a servi de modèle à celle du généralissime polonais en I83i, Jean Skrzyneçkl, avant, pendant et après la bataille d'Ostrolenka. (Voy. Spazler/Soltyk, Mieroslawskl , etc., etc.]
9> ft Le généralissime, après avoir le premier abandonné le champ de bataille d'Ostrolenka, porta lui-même au sein de rassemblée Dationale la nouvelle de sa défaite. Pour se justifier, il calomnia l'armée. Un dépoté osa présenter à l'assemblée un projet d'adresse, en s'appuyant sur Pexemple du sénat romain après la bataille de Capoes, etdaos la<pelleon disait
Digiti
WÀLtSflKQD. 449
à runM-^teymçM» att*tt ftv«lt bien mérité de la imlrie.... » t/dût) MoiDs libéral que le V aras romain, r«mi d'Horaoe, oa que Walleorod» Tami du Valdelote Halban, le dévot géoéral, dit-on, déteste les poètes.
^ Dans le moyen âge, lorsque le» ducs et les barons oommettaient impunément loule sorte de crimes, et que Tantorité des tribunaux ordinaires était insuftisante pour les réprimer, il s'était formé une association secrète dont les membres, inconnus les uns des autres, s'engageaient par serment à punir les criminels mus avoir égard aux liens du sang ni de Tumitié. Lorsque les Juges avaient prononcé l'arrêt de mort , on l'annonçait au condamné en criant sou»4es fenêtres de sa demeure ou en tel autre Heu qu'il fréquentait : ^ek! (MalbenrD.Ge mot, par trois fois répété, était le signal de sa condamnation ; celui qui l'avait entendu se préparait à une mort inévitable, prochaine, et portée par un bras inconnu. Le tribunal secret s'appelait aussi letritranal fVekmiqve (Webmgericbt), ou Wettphalie», 11 est difticile de préciser l'époque à laquelle il a été institué. Suivant quelques-uns, Cbarlemagne en serait le fondateur. Utile dans son origine, il dégénéra bientôt en abus; eu sorte que les gouvernements, après des menaces réitérées, se virent forcés d'abolir sa Juridiction, (f )
Ce tribunal wehmique^ sans recours et sans appel, redouté même des empereurs, dernier reste c^u sanguinaire teutonisme allemand, contraire à l'esprit du christianisme et à toutes les Uhs de la civilisation, n'a jamais pu se Caire admettre en Pologne, pas plus que le tribunal du Saint-Oftice.
^ Nous avons quaUlié notre poème de Nouvelle historique, parce que les caractères des personnages que l'on y voii ligurer, aussi bien que les fttits les plus importants, sont tracés d'après i'nibtoire.Les chroniques du temps sont tellement obscures dans leurs récits que, pour se faire une idée générale ('es événements et en former un ensemble historique» il faut souvent y suppléer par dea conjectures. Dans le poème de Wallenrod nous croyons cependant avoir pris la vraisemblance pour point de départ.
Suivant les chroniqueurs, Konrad n'appartiendrait point à la famille des Wallenrod, célèbre en Allemagne, quoiqu'il en prétendît tirer son. origine; il semblerait plutôt un enfant naturel. La chronique de Kœnigsberg * dit qu'il était JUs d'un prêtre **. On trouve différentes opinions contradictoires sur cet étrange individu. La plupart des chroniqueurs l'accusent d'orgueil, de cruauté, d'ivrognerie, de rigueurs excessives envers ses subordonnés, et même de haine contre le clergé (Voy. 1. 1^ p. 47ij.Voici ce que rapporte la chronique de Kœnigstterg :
<c ... Véritable bourreau de l'humanité, Wallenrod n'était enclin qu'à la guerre et aux querelles ; et, quoique il ait dd se montrer dévot pour se conformer à la règle, il fut «pourtant en exécration à tous les gens de I)ien***. •
Et Lucas David ajoute :
* De la bibliotkëqae de Wallenrod.
•* Br loor Mn P/affenMnd.
*** « Er toar ein rechier Leuteschinder, ftach Krieg, zank laid Ilader hat sein lÉerz immer gestranden; und ob er gïelcH ein fJott ergebner Mctisch von Tf^'vyen seines Ordau segn soiUe, dqch isteraUen frmnmen getaiichen Menschm Crauel gew9sén*v
Digiti
460 IfMM.
n M. Il ne gOÔreMift pas loèg i«Bi|tt« oetf il plol âtt SégBMe â6 le «bàlivr et de le faire périr par la flèvn de fea *. «
Ailleurs, les écrivains o^temporaiM Itil acbordeal de la gfandeor draine, du courage , de la générosité et (foelcrae forw de caractère ; ear, en effet , oomment aoralt-il pa , sans des qnaliMs supérieures, maintenir son astorilé dans lt>rdre au milieu de la fiaine générale ^*il s^était attirée ?
Rappelons-nous maintenant la conduite de Widienrod.
Dès qu*il ftat investi du pouvoir suprême dans rordre teutoniqoe, une ooeasion favorable lui fut offerte pour faire la guerre à la Ulhnanie; car Vltold'étalt venu lui proposer en personne de oondu^ les troupes de fOrdre sur Vilno , avec la promesse de payer largement leur assistancOé CependantWalleiirod, non-seulementdifféraitàoommeaoer les hostilités ,mais, après avoir rebuté Vitold par ses lentears, il commit limprudence de lui donner des lettres patentes ; en sorte que ce prfnee, s^élant réconcilié sous main avec lagliellon, son eousin et roi de Pologne, non content de s^nfuir de ta Prusse, s'introduisit en ami dans les cbéteaui de l'Ordre, les désarma, les pilla, et passâtes garnisons au IH de Fépée. Au milieu de cet désastres, il falialtou renoncer complètement à la guerre on ne l'entreprendre qu'avec beaucoup de précaution. Cependant le grand-maitre proclame à Timproviste une croisade, épuise le trésor***, et marcbe contre la Lithuanie. Au Ueu de s'emparer de Tllno, il perd le temps favorable en festins, et toujours II attend des renforts qui ne viennent pas. (Encore comme Sknyneçld !) Cependant l'automne arrive ; Watleorod, laissant le camp dépourvu de provisions» se retire en Prusse, et le premier donne l'exemple de la fuite!!!.
Les dironiqueurs du temps et les historiens qui les ont suivis ne s'expliquent point sur la cause de cette condutte, et ne trouvent dans les circonstances de l'époque aucun prétexte pour la Justifier. Quelques-uns l'attrilMient à une aliénation mentale. Mais ces différenta donnéis sur le caractère et l'aetion de notre héros s*ex|rtiqtteiont facilement si nous supposons qu'il était d'origine lithuanienne, et qu'il n*entra dans l'Ordre teutonique que pour tirer vengeance des chevaliers. En effet, ce fat son adndnistration qui donna le coup de gréoe à l'Ordre précité...
Ainsi nous avons pu supposer que Walieurod ne fut autre que ce Walter von Stadion, en réduisant à dix années environ le temps qui s'écoula entre le départ de Walter de la Lithuanie et Tapparition de Konrad à Marienbourg.
Wailenrod mourut subitement vers 1394. Sa mort fût accompagnée de drooostances singulières: « Il trépassa, dit la chronique, dans un accès de frénésie, sans même receveur rexirème'>onction et la bénédiction du prêtre. Peu avant son trépas, la Yistule et le Nogat rompirent leurs digues, et leurs eaux confondues se creusèrent un lit nouveau à l'endroit même où se trouve maintenant la vilie de Pillaû ***. »
*• Br regierte nieht long , denn Gùtt plagie ihn inwendtg mit dem Umftnden Feuer. m
'* Il dépensa cinq millions de marcs d*argent : à peu pvès deux vilUoos de francs, somme énorme pour ce temps-U.
^** R Ër starb in Rcuerey ohne letzte Oehlttng, ohne PrieUertegm.^Kun vor sd- Item Tode wûthttm Stûrme. RegengOne, WauefUulhm i Me ïreiclua uni éer Nogat durchbrachem ihre Dœtnme... kingegen wûhlten die Cewœuer sich €ime neue Tie/e da, wo jetU PiUau ste/U, »
Digiti
UVBB DM PÉLBBIMS. 4M
hè WÊàm IHllMK suivanl lii>Qiif9Hk|iieiiii ÊhfcUfr Letnâer «o» Mbo' «H», te 8«al et riiMé|Mr«lrte compagooe 4e WaHenrod, Mea <fii*il ftsigntt ta dévolteB, était, Bckm let ebroniqoeiivs, paleo, et pe«rt<èlfeiiiéni6 êordef. On ne iiR rieo de poritif sar m mort QueIqtte»-uiM raooalcnt (fto*il se noya, d^aolres qu'il Ait emporté par le diable.
La pHipwrt de$ cbroolqaea dont nous avons fait usage sont repfodiiifeB dans lereeneil de Kotxebûe {Preuêêens €s9ChkhUit Betege nnd Brleutemnfftn), HartkDOoh, qat traite Watlenrod dlosensé {uminnifj, ne donne sur iaiqii€fortp«fdedéta(»& (f)
IVoQs avons, par les notes ai^ontées aux deux poèmes précédents, essayé de sonlerer nn eoin du voilé qui coovra celte attachante et mystérieuse antiquité IHbuanlenne; nous noua réservons d*en donner un Jour un t«- Mean plus complet au public français. Nous recommandons à ceux qui voudyaient s*écMrer davantage snr cetle matière Pexoellente édition niustrée de Konrad Wallenrod ei de Grajlna par notre compatriote et ami Jean Tyslewlcz.
«* LiTKB MES PÈLERINS. ^ Cet écrH suMimef quia pour titre : AcUm de la Nation pohnmie et des Pèlerins polonais^ vivra comme un étemel monument du passage de l'Émigration polonaise en France. Une de ses gloires , <^t d^avofr été imité par I/amennais (qui lui-même en convient) *, dans les Paroles d*un Cnyant^ dans ce livre qui se termine par cet bymne prophétique : « Dors, 6 ma Pologne ! dors en paix dans ce qu'ils appellent ta tombe; moi, Je sais que c'est ton berceau. » Cest à tort qo*nn des biographes de Miçkfewicz prétend que l'idée primitive des Pèlerins a été puisée dans fa P'ision étHébal de Ballanche ; ces deux onvtnges, pubtlés presque eirméme temps, n*ont d'autre rapport que cehii des idées généreuses qui les ont inspirés : mais ils diffèrent essentiellement par la forme et l'iexéeation* Il est remarquable, en effet, que trois esprits aussi éminentsiesoient, au sortir d'une révolution, rencontrés dans les mêmes pensées, pour prophétiser, chacun & sa manière, l'avenir de Pbumanité.
«' Il m'est arrivé dans ce passage du livre des Pèlerins et dans Jwauooup d'autres ce qui doit forcément arrivera nn traducteur qui se trouve d^à prévenu dans quelques parties de son travail : de se rencontrer dans les mêmes expressions et les mêmes tours de phrases avec ses devanciers. Les seuls traducteurs franoate dont les compatriotes de Mlçklewicz aient lien d'être satisfaits , sont, pour le Livre des Pèlerins M. de Montalembert , qui le premier a révélé à la France, c'est-à-dire à TEurope, notre Menai mé poète, et George Sand pour un fragment des Aïeux Inséré dans la Rewte des Deux-Mondes, Voici quelques passages de Péloquente préface de M. de Montalembert (1833) :
• Le travail que nous offrons ici aux amis de la Pok>gne est l'oeuvre d'un poète depuis longtemps célèbre dans son pays. Encore peu connu dans le nôtre, il nous semble devoir l'être de plus en plus, à mesure que se développera dans les âmes françaises le sentiment des principes vraiment régénérateurs, à mesure que se resserreront les liens qui doivent unir à Jamais les deux Immortelles amies, la nation victime et la nation vengeresse.
• « J'ai pria l'Idée des Paroles d'wn Crojfant des PcterifM polonais de Mlçkicwicz. » {jé/faires de Rome),
Digiti
45î2 NQT«5.:
<c Dan» le livre 'deê Pèierina poidMû , raatear obdlqaé Lei fotimg et le prestige de la poésie, poor y eiposer à sesoompatriotesi en firoae biblique et populaire* l'émlneDte mission que le Créateur a, selon luit assUtnée à U Pologne dans le passé comme dans Tavenir de TÉurope. li leur précbe la sanctification de leur auguste infortune par une liumNe et iropiAdife cour liaace dans la miséricorde divine, par i^uoion la plus absolue , par Tab^ senoe de toute récrimination sur le passé, et de toute participation aui^ vaines et éphémères luttes de la politique du Jour; enfin par une foi im* périssable au triomphe de la cause du droit et dç la liberté.
« Les grandes Âmes savent que Ton peut oublier oe qu*on a aimé quand la proH^ilé vient JusUfier w\ oubli ; mais que l'oublier dan^ Tabandon et la détresse, c'est Tœuvre des lâches. Elles savent que les affections des peuples sont de courte durée, comme leur vie; mais qu'ils ont toujours béni lésâmes qui restent longtemps tidéles à une cause malheureuse, à une gloire méconnue. Cette fidélité nous ne nous lasserons pas de la demander pour une cause qui a conquis d^à les plus nobles sympathies de notre pays, mais qui ne doit pas les fatiguer. Quand même elle ne serait pas iodissolubleroent liée à la cause de rhumanité, et, par conséquent immor« telle eomme elle, les infernales cruautés de Nicolas* et les basisesses inouïes du gouvernement français la rajeunir^tient à Tenvi. Nous nous sentons poussés à en parler sans cesse dans cette France dont la ménnûre est si courte, où les flots d'un vaste oubli viennent ensevelir successivement tout ce qui s'élève au-dessus des cbétives passions dujour et de la mesquine attente du lendemain ; où l'on est si clément pour le crime et la perfidie, pourvu qu'elles datent d'hier ; ou les déceptions les plus honteuses ne per* dent rien de leur effet à élre dévoilées, pourvu qu'elles aient commencé par réussir. On a accusé le peuple français d'oubli et d'ingratitude envers ses bienfaiteurs. Nous n'en savons rien; car nous, nous n'avons Jamais connu de ces bienfaiteurs-là. -> Mais ce que nous savons, c'est que de tous les peuples, c'est lui qui pardonne le plus vile à ce-ui qui l'oppriment, le trahissent et le déshonorent, et que c'est à peine si aujourd'hui toutes les douleurs, toutes les injures de la patrie et de l'humanité ont conservé une place ailleurs que dans quelques mémoires tenaces et quelques âmes ulcérées, comme la nôtre. — De toutes les injures, de toutes les douleurs, nous n'en connaissons qu'une seule plus cruelle que celle de la Pologne; c'est l'ignominie que font subir à la France, à l'occasion de cette même Pologne, les tristes êtres qui la gouvernent, ignominie qui s'accroit chaque jour, — Il ne suffisait donc pas de l'avoir misérablement abandonnée; d'avoir répudié cette solidarité de gloire et de liberté qu'elle voulait fonder au prix, de tout son sang; -d'avoir répondu à son appel et à ses piainto^ par pes paroles flétries : > La Pologne est destinée à périr! » — « Chacun pour soi et chez soi! » *; d'avoir mystifié royalement tout le'peupte de Paris rassemblé en ai'mespour célébrer le premier anniversaire de sa propre victoire, et de venir ensuite proclamer sur le tombeau de la Pologne, pour toute oraisonf unèbre, que viV ordre régnait à Far&ovie ! » Tout cela ne suffisait donc pas , puisque les mêmes hommes veulent encore nous rendre comr plices du plus grand attentat de l'histoire et s'acharner, au nom de la France, sûr les débris d'un peuple martyr. N'y a'-t-il pas quelque' chose 'de plus
* M. SebasUanl et M. Dttplu.
Digiti
LlYfiE DES PBLEEINS. . 45S
Mieax ^ans lé cbâdtilte'dececrn'oD api»e11e le ^avemieliieid français è l'égard des réfugiés polonais, qne dans celle de la Rnssie elle-même à Vé* gard de ses victimes?... La lâcheté et la hassiesse n'ont elles pas toa|ours été plus méprisées ,• pins haies des nations que la. vengeance même la plus sanguinaire? Comment effacerons-nous de notre histoire les pages honteuses que nous }' laissons écrire? cette scène de Ttle d*Âix qui devrait peser sur toutes les consciences françaises, comme un remords; cette pieuse et vaillante Jeunesse exclue de tous les lieux où. Ifétude et Tinst tructlon pourraient la consoler; ces généraux blanchis sous les drapeaux français et réduits à une pitance insoltanle; le plus illustre domicile de France t'iolé, parce qu'il était l'asile d'un homme protégé par la double consécration de la science et du malheur; le Mcniteur devenu le registre ofliciel des prescriptions et des confiscations ordonnées par Nicolas ; un ministre des affaires étrangères se vantant effrontément à la tribune de sa bonne intelligence aveo cet homme qui ne daigne pas même recevoir nos ambassadeurs ; l'exil, cette chose si sacrée pour tous les peuples, transe formé chez nous en déitt ; dés guerriers dont le nom ne périra lamais dans la mémoire des hommes, surveillés comme de lâches criminels , gratifiés delà déportation sons un ciel brûlant comme d'une protection spéciale, ^ de la honte des attouchements de la police en guise d'aumône , soumis  là ration et aux traitements des forçats libérés et parqués, eux, les glorieux échappés du bagne moskovite, parqués et espionnés comme s'ils ve^ naient d'achever une peine aux galères de PËtat!
Et ce n'est pas tout encore; car, tandis que dnq mille malheureux soldats, retenus en Prusse, s'écrient : oLa France ou la mort; » tandis que les populations françaises comprennent et manifestent de toutes parts le culte que leur inspirent les sacrés confesseurs de la liberté et de la justice ( tandis que toute TEurope gémit sur œ malheur immense < et nous en rend responsables, une chambre française est venue s'associer par d'indécentes acclamations, par d'atroces plaisanteries , an brutal et cynique égoisme de son président, et décréter la mise hors la loi contre des hommes pros* erits et expatriés pour avoir obéi aux plus saintes lois de Dieu et de l'huma' nité ! Qu'avons-nous fait de cet antique honneur, de cette générosité, de cette délicatesse qui nous rendaient naguère célèbres parmi les nations? Faudra-t-il donc rougir en comparant nos temps actuels à ceux de la monarciae absolue? Quel honteux contraste entre l'accueil fait anJourd'hui à 4in {>eaple qui a vu périr quatre-yingt-douze. mille de ses enfants, spi; nos propres champs de bataille^ et celui que fit Louis XIV aux réfugiés irlandais, à qui la France ne devait rien, si ce n'est (cette noble et tendre sympathie que les grandes nations doivent et payent ton|ours aux grande^ infortunes !Me sommes-nous pas tombés plus bas même que sous Louis XV^ qui envoyait au moins quinze cents hommes à la Pologne, et qui regrettait Cboiseul à caused^'eUe ? . . .
Il est vrai queces rois absolus ne prétendaient pas régner par le v/œu national, et ne se donnaient pas , à ce que nous sachions , pour les modèles des pères de famille; il est vrai que leurs ministres ne venaient pas» avec mille simagrées, raconter solennellement à la nation que c'était elle qui voulait et exigeait son propre avilissement. At^purd'hui, nous avons^pour'partage le comble de la dérision à côté du comble de Tlgnominie. C'est au point que, si l'étranger ou la postérité pouvaient soupçonner la France de complicité avec les hommes qui pr<Àlituent son nom aux exigences du tzar.
Digiti
464 IIOTIS.
«Ile senill tombée an dertieir dei^ré de la honte : oui, ait cternier ; car il y a tondoiin, dan reiUttie éa peuple», quekia'iiD aa-ëetaous JBéme du bourreau, c*«st son valet
« Le premier acte de riosarrecUoii de Utliuante fixée au jour de rAnuondalion, fut une prière dam leg twnpiee de la fol opprimée ; et le seoood, Vaf* franchissement des paysans par leurs niaiires*
« Depuis loDgtempe, on le sait, le gouvememeot moskovite a trouvé le moyen de ooncliler, pour la honte et le malheur de l'humanité, les ex- Irémes les plus opposés. Comme son empire» qui se baigne d'an côté dans les mersGladales, et vient plonger de l'autre au sein de l'Europe amollie; ainsi sa cruauté embrasse et utilise à la fols tous les instincts sauvages et sanguinaires des barbares dont il est le chef et toutes les Inventiotts raffinées et ingénieuses d'une d viBsatiott corrompue. Il a réussi à extraire de ce mélange un ensemble d'atrocités qui dépasse tout ee que la race humaine a Jamais subi ou seulement imaginé; cHe peut en J«0Br aujourd'hui à son aise , aujourd'hui que la Russie renouoe même à la dissimolatioD et qu'elle transporte att grand Jour le théitre de ses erimes» Avant la demièie io< surrection» c>st à peine s'il noUs parvenait de loto en loin quelques soin.bres détails sur les tiorreurs qui se commettaient dans les déserts et dans les cachots impériaux, et qui ne nous ont été complètement révélés que depuis; on n'a su que par la booclie des victimes elles-mêmes, tous les secrets de ces prisons où a gémi si longtemps la fleur de la Jeunesse Ilthua> nienne et polonaise, arrachée à ses études et à ses Joies de famille , pour être condamnée à des sopplioes inconnus avant le siècle qu'ont souillé un Constantin et un NovoslItzoCf : les uns privés de sommeil , les autres de lumière, d^autres de boisson, tourmentés par d'affseux luteriogatoires, déchirés par le b&ton et la question, reMchés enfin lorsquVin les avait ou aveuglés, ou estropiés, o« abrutis, lorsqu'on avait tué leur mémoire et leur âme*. Aqjourd'bui, une sanglante lumière est venue penser ces téoèlMres. Tout se passe maintenant à la face du monde. L'Europe est toml)ée tk bas dans le mépris du trar, qu'il ne se croit plus forcé de la tromper ; il veut, au contraire, l'effrayer, n est donc facile de recueillir et de constater les horreurs de sa vengeance ; il est facile de prouver qu'elle est sans rivale dans rbbtoire, et qu'il n'est au monde rien qu'elle n'ait outragé.
« On se rappelle ce Swieykowski, noble Ukrainien, amnistié, puis arraché de ses foyers, après deux mois de séjour, pour être conduit en Sibérie, et qui, invoquant ramnistie auprès du gouverneur de KlOw, reçut cette mémorable réponse : « i/amnUtU est pour VBw^pe, et le knout pour vous! 9
« Enfin ee prince Roman Sanguszko, dont le nom vappelie toute la gloire et tous les malheurs de son pays, qui, après avoir été condamné à perdre sa noMease et son nom, à passer le reste de ses Jours aux Bùses, et
* Oo sait que dans les prisons dost le grand-duc Constaotln était lai-niéine le geôlier, on avait coutomc de ne donner d'autre Doorriture aui prisonniers» dont on voulait arracher quelque aveu, que des harengs sBlés, ea leur refusant toet liquide quelconque (voyez 1. 1, p. 168).
Digiti
à le teoén m Um ^mq tÉppHM, kvM\ cMbataé» aaméMlé» l»lâle ratée , avee la cbatne des gaiérieoi onttoaiMi , demaiide à ae Mofowcff avant de comnmeer ottte mardM qui dora holt mois» et kçoU pour lépoDse qani n'aara point de piMra de sa fol , paiee qD*II n'est plus qu'un serf, et qf^un serj ne doit poi mvoir d'auir* religvm, que ion wutUre.
« Comment peindre les honrenra de œs exécutloBs pfolonêées qae Von nomme exils en Sibérie, de ces marches funèbres de «ondamnés, pendant lesquelles on toH des enfants au-dessous de qulnseans soocombanC sous le poids delenrs iers, et mendiant te long de la route de quoi s'acheter des cbafnesploslécferes.
« De toutes les horiearseommlses par legouvernssnent fusse, eellfreiestlâ mieux constatée. Outre Toukaze Impérial du 24 mars 1833 , qui ordonne renlèvement des orphelins (ce qui rtgnllle, selon U dé«»itlon autocratique : l« toqt enfant qui n'a pas de père, quelle que soit la fortune persounelle de Tentent; V" tout enfant dont les parents sont pauvres et liois d'état de le maintenir ooDvenablemenl)i nous avons sous les yeux les ordres ofadels signés da priooe GortschakolT, du président Tymowski et du prince Paskéwltch, pour la;mise à exécution de l'ookace; puis, le néeit authentique inséré dans la Gazette de Brunstvick en août dernier, avec la spéclttcation la plus détaillée des dates etdes lieux. '- Noos devons rappeler les traits suivants t « Pour assurer le succès de cette «esure à Varsovie, radminlstraUon lit publier que 8. M. I., ayant patevnelleraettt résolu de venir au secours de ses sujets indigents. Ions les parents qui avaient de la peine à nourrir leurs enfants étaient invités à se faire Inscrire dans les bureaux officiels. Une foule de malheureux y aceoumsent ; cl les listes une fois dressées, on 8*en sertit pour procéder fégulièrement à l^nlèvement des enftots qui y étalent portés..* Six cents enfents avalent été enlevés de noitt en quatre convois différents, avant le ft mai it»8. Le I7 de œ mois, on fit partir un convoi en plein jour ; on entendait dans toutes les rues les cris et les lamentations des mères qui couraient après les charrettes chargées de leur» enfftnts et dont quelques-unes se Jetaient sous les roues : les gendarmes les écartaient en Jurant.. Le I8, on«nleva tous les enfants qui se trouvaient dans les rues, occupés à travailler ou à vendre certaines denrées. Le I9, on vida toutes les écoles paroissiales et de charité, celle des orphelins de l'Enfant-Jésus, elc — Bien que la mortalité des enfants pendant la marche soit orâfanirement des quatre-cinquièmes (sur 460 enfants partis de Varsovie, tl n*en est arrivé & Bobruysk que ild vivants), les convois rendus au lieu de leur destination se trouvent au grand complet ; car les Kosaks de l'escorte enlèvent les premiers enfants quils rencontsent le long de la route on dans les haltes, pour remplacer les morts de chaque journée. Quand un enfant devient trop faible pour continuer, on le laisse sur le bord du chemin, avec du pain pour trois Jours. Les gens du pays racontent quils ont souvent vu les cadavres de ces innocents étendus à côté de leur pain, quils n'avaient pas eu la force de toucher. Ces mesures sont encore plus générales dans les provinoes andennement réunies à la
« nr onegfMeâpéolale de l^sapeffeor, fnl aiWU qet^ apéciflcation de sa propre •iMriii'SQr ta aenleMe, atrès iVQlr fM^snOtt \9» pri^rçs de a» pfoprje femme et des princesses de la maison Ssngnszko.
Digiti
456 hoxHS. : .. '
Ruttie, ffoe dan» le royaime ; les Kosaks et les Basyrs des escortes y veor dent souvent les enfants aux Jalfs... Les enfants qui survivent à la transplantation sont réunis aux ootonles militaires , les garçons pour y servir dès qu'ils auront l'àge, les filles pour devenir les épouses ou les maiteesses des soldats, b — Pour comble d'ignominie, TEurope a entendu toutes les feuilles soldées. par les rois. répéter audacieusemeqt rexplicaiion donnée par la Gazette d'État de Prusse^ qui soutenait que ces mesures élâiênL dânis Tinlérèt de la population et dictées par la plus pure pliilantbropie (die reinr su MenêchenHebej, Voyez la Gazette é^Augsbourg du 14 août i832.
« La postérité répétera d*àge en âge les malédictions lancées contre le tzar Nicolas^ par celte mère qui stécriajt daqs Je^ jrueç de Varsovie : « Que ne peiU»U se noyer dasu nos larmes l a» le 23 mai isa2. \ '
« Pour accomplir de grandes choses, il a toujours fallu de grandes victimes, et des victimes innocentes et pures; pour expier ravilissement moral du dernier siècle, pour briser, la longue conspiration des despotes, des pbilosoplies et des faux libéraux^contre la dignité et l'indépendance de rhomme, il fallait une victime qui concentrât en elle toutes les vertus et toutes les souffrances de la race humaine : il fallait une Pologne, elle s'est trouvée.
< Si quelquefois la patience maiK]ue aux nations, et si le désespoir vient glacer leurs cœurs, c'(;st que leur vie est courte et qu'elles ne revivent pas ailleurs, filles n'ont pas, comme le simple chrétien , le refuge d'une autre ?ie; elles ne peuvent pas se dire comme lui : souffrons, gémissons, inangeons en silence le pain de l'esclavage, nous serons libres dans le ciel. Non, elles savent que leur destinée s'achève ici-bas ; il leur faut une Justice, une vengeance dès ce monde. Aussi Dieu, n'a-t-il Jamais refusé cette Justice aux peuples qui l'ont méritée. »
^ Cette comparaison du martyre de la Pologne avec la Passion de Notre- Sélgoeur est la pensée inspiratrice de Miçkiewicz; elle dominé dans tous • ses derniers écrits. Les années qui se sont écoulées depuis l'apparition du Livre des Pèlerins ont i^outé à ce parallèle un terrible et dernier trait de ressemblance : la persécution religieuse. Le Domitien du Nord semble avoir pris à tâche d'acoomplirtoutes les prophéties du poète polonais, et chacun des actes de ce despote répond à chaque parole du proscrit. Lès temps - de persécution recommencent, et le ciel s'est repeuplé de martyrs. La Russie, c'est l'empire romain à rebours, en commençant par les temps de son délire et de sa décadence. Nous voyons le parti sublime que Miçkiev^icz a su tirer de cette frappante analogie. Mais une capitale et profonde différence s'établit entre les deux plus grands sacriiices qui se soient passés sur la terre, savoir, la mort du Messie et la chute de la Pologne. Rome, la persécutrice de la foi, Rome, la maîtresse du monde, Rome athée, devint la première prosélyte du Christ et plus tard ouvrit son Panthéon à la foi des apétres ; tandis que ni Moskou, ni Saint-Pétersbourg, coupabies du meurtre de la Pologne» ne deviendront Jamais les métropoles de la liberté.
44 Depuis qu'un roi de France, en prenant honteusement la fuite, a laissé la Pologne livrée h tous les désordres de l'éligibilité, chaque noble polonais, se disant issu de Piast, préteodi^t être candidat naturel à la ooa-
Digiti
LIVftE DK6 ^àLBRINS. 4&1
roDAe de Pologne. Cette vicieiue oeganlsatioa, dont letn ZamoyaU a laine le germe faueste dans nos lois, ne tarda pas à porter ses fruits ; les velléités monarcbiques des nombreux prétendants & la oomonne ont perdu Tancienne Pologne, malgré ses héroïques sacrifices et le débordement de splendeur qu'elle prodigua durant la dernière période de son histoire. Ai^urd'hui même, lorsque cette splendeur, en s*ételgnant, n*a laissé qu'une auréole de martyre sur un tombeau, les échos lointains de son organisation vicieuse se font encore sentir dans ce qui reste de la Pologne, au milieu même de Texil : comme après l'amputation d'un membre malade, on croit encore éprouver dans ses articulations retranchées tes anciennes douleurs et les anciens tressaillements.
^ Une variété de la bariléomanie ou la manie d*étrc roi, si commune de nos Jours, est aussi la démiomanie ou la manie d*étre bourreau, qui fort heureusement ne s'est pas encore manllestée en Pologne. Le fait cité par Miçkiewicz est arrivé tf Bourges ; et parmi les 866 candidats à la succession du bourreau décédé, les bouchers étaient en minorité.
^ Voilà un petit discours tout à fait en règle et pouvant se comparer, à cause du parfum classique qu'il exhale , à celui de Curius Dentatus refosant Tor des Samnites. Vient ensuite le dender paragraphe, qui, de même que le chœur antique, tire la conclusion et l'enseignonent final de ce qui précède. La forme du drame homérique se fait Jour dans cette composition à travers le langage de Moïse et des propliètes ; et, selon moi, la perfiBction de Tart serait de pouvoir fondre dans un seul Océan ces deux grands fleuves de poésie, rantiquilé grecque et l'antiquité chrétienne.
*'' QuMl nous soit permis dedifféreren cela d'opinion avec Tauteor, et une seule fois dans tout le cours de cet ouvrage. Les talents que Dfasa a mis en nous sont destinés à être exercés en ce monde pour le bien de nos senlblables et non pas à fructifier pour la vie future; car Dieu, la suprême inlelligenoe et le suprême amour, n'a rien fait d'inutile.
*• L'histoire de la Russie est rhlstoire des massacres :
« C'était dimanche, le 17 avril I83i .Dans cette saison, les matUiées sont froides ; mais déiià la verdure reparaît, et la terre commence à se r^ieunir par la douce chaleur du soleil printanier. Son lever pur et sans nuages semblait annoncer une i)elle journée. La population des environs d*OsKmiana se rendait à la ville, les uns pour .vendre leurs grains et vaquer aux affaires, les autres pour rendre grtees à Dieu de ses bienfaits.
« Vers les onze heures du matin, quelques coups de fusil se firent entendre.Le commandant des francs-tireurs osa, avec son peloton, disputer lepassagede la rivière à l'ennemi vingt fois plus fort que lui. La fusillade dura une heure entière. Tous les nôtres tombèrent sous le plomb ennemL
R Les Russes ! s'écria un insurgé accourant dans la ville tout couvert de sang.
— Les Russes ! répétèrent avec effroi les habitants fuyant de tous côtés.
— Mabiata! (enfants) la ville est à vous, s'écria en entrant le colonel Wierzulin, commandant des Moskovites.
(c Et comme des chiens léchés par le chasseur, la soldatesque, avide de butin, se dispersa dans les rues et se mit à piller les maisous que les habitants avaient désertées.
« Le plus grand nombre se réfugia dans le temple, espérant trouver son salut dans la sainteté du lieu. C'étaient des enfants , des femmes et des vieillards. Quelques Jours auparavant^ les jeupes gens étaient partis en
Digiti