ORGIE
C'est le jour du patron , le jour solennel ! Les komthours et les frères se hâtent vers la capitale ; le drapeau blanc flotte sur les coupoles : Konrad va fêter les chevaliers par un brillant repas '9.
Cent manteaux blancs s'agitent autour d'une table *".
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Chaqae mantean est noim d'une emi» Ce sont les frères; 'et debout derrière eux se tiennent les no(vices> prêts à ks servir.
Konrad est à là. place â'kohneflsir*. ▲ sa gâaclie , Yitold avec ses hetmans^ jadis enneofi&de» oroiiiés', aujounThiii leur conviTe. H a pa^iisé avto bnx , c()ntre la Lithuanien sa pairie I ^
u Aéjouissons^aom éti Bieu^'' I » dit Konmd en m levant et en donnant le sigoial du festia^ « Aéjvuisfiofts^nQiis en IHéu ! 1» répètent en cheenlr initte. voix samises ) Torgeot des coupes résonne le vin ruisselle.
Wallenrod s'assied. Adtôudé sUr la table > il pïéte dédaigneusement Toreille aux joyeux propos. Le bruit cesse; à peine quelques platsaitteories à éemirvoiE interrompent le son léger des amphotes^. «
<c Réjouissons-nous ! dit encore Konrad^. Eh quoi ! mes frères j est-ce ainsi qu'il eonvientà des chevaliers de se Ftijouir? Gr'abord le tumulte d'une orgie et puis des murmures timides! Sommes^ous des moines on sommes^nous des brigands?
« C'était une autre coutume de mon temps! Lorsque sur un ohamp de bataïUe jonché de m(M*ts^ sur les monts de Castille ou dans les forêts de Finlande > nous buvions aux feux des bivacs^^^ alora t'étaient des chants! N'y a-t-il pas dans cette foaie quelque barde ou ménestrel? Le vin réjouit le cœur de l'homiUis/* ; mais le chant, c'est le vin de la pensée ! p
Divers chanteurs se lèvent. Ici, un obèse Italien , au gosier de rossignol, exalte le courage et la dévotion de Konrad ; là , un troubadour des bords de la Garonne, chante les aven*
* Bivac est un mot allemand , heywacht, garde de convoi ; il a passé dans le français avec Içnsquenei, êatretadie, maréchal, mat^ttii et une fo«le d*autN8.
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24 KONBAD WÂfXBNBOD.
turesdes ber^rs amoureux^ des dames ^chantées ^ de chevaliers errants. '
Wallenrod sommeille; les chants s'arrètent..RéTeillé soudain par rinterruption du brait ^ il jette à Tltalien \ine ceinture garnie de pièces d'or. « Tu n'as chanté y dit-il^ que mes seules louanges. Un'^seul ne peut donner une autre récompense. Prends, et retire-toi. Pour ce Jeune troubadour, qui sert tour à tour et la gloire et Tamour, qu'il pardonne si dans cet essaim de soldats il ne se trouve dame gentille qui, par reconnaissance , veuille bien orner son pourpoint d'un vain bouton de rose.
<( Ici toutes les roses sont fanées! 11 me faut un autre barde ; le moine-chevalierveut une autre chanson. Il faut qu'elle soit rauque et sauvage commet le son du cor et le bruit des armes, sombre comme les murs d'un cloître, ardente comme un solitaire enivré*
« Pour nous qui sacrons et massacrons les païens, qu'une chanson de mort annonce le jour sacré. Qu'elle nous provoque, nous irrite, nous endorme et soudain nous ef&ate. Telle est notre vie, telle sera notre chanson. Mais qui nous la chantera? Répondez!
« — Moi ! » dit en se levant un vieillard vénérable qui était assis à la porte entre les écuyers et les pages^ Prusse ou Lithuanien, comme son costume l'annonce. Une barbe épaisse et blanchie par les années retombe sur son sein; un reste de cheveux blancs couronne sa tète chauve ; son front et ses yeux sont couverts d'un voile, : ses traits sont sillonnés par l'âge et les souffrances.
Sa main droite porte un vieux luth prussique , et sa gauche, étendue vers la table, semble demander audience. On se tait. <( Je chante , leur dit-il. Autrefois je chantais pour les Prusses et les Lithuaniens ; maintenant les uns sont morts en défendant leur patrie ; les autres, dédaignantde lui survivre , préfèrent s'achever sur son cadavre : comme ces
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OBGIE. 25
fidèles serviteurs qui périssent^ heur ou malheur^ sur le bûcher de leur maître. Quelques-uns cachent leur honte au fond des forêts; les derniers, comme Yitold, demeurent parmi vous.
Cl Maiis après la mort... Allemands, vous le savez vous autres... Interrogez vous-mêmes les transfuges, traîtres àlQur pays ! Que deviendront-ils lorsque, condamnés aux flammes éternelles , ils voudront invoquer leurs aïeux au séjour des élus? Dans quelle langue pourront-ils implorer merci? Sous leur parler germanique, ces aïeux reconnaîtront-ils la voix de leurs descendants ?. . .
« quelle honte, enfants , pour la Lithuanie !... Aucun, aucun de vous n'a pris ma défense quand des marches de • Tautel, Vaïdelote impuissant, je fus traîné dans les fers des Teutons ! Solitaire , j'ai vieilli sur le sol étranger ; chanteur, je ne sais plus pour qui je dois chanter : Lithuanien, j'ai perdu les yeux à pleurer ma patrie. Aujourd'hui , si je veux adresser un soupir de regret au toit quim'a vu naître, je ne sais plus où elle est, cette maison chérie, ici... là... ou ailleurs!...
« Là seulement, dan& mon cœur, j'ai sauvé l'âme de ma patrie; et ces faibles débris de mes anciens trésors, Teutons , prenez-les-moi ! Prenez mes souvenirs !
t< De même qu'un guerrier vaincu dans un tournoi ne sauve sa vie qu'au prix de son honneur; et, las de traîner des jours couverts d'opprobre, revient une dernière fois auprès de son vainqueur, lui jette un dernier défi , et rassemblant ses forces, brise son arme à ses pieds :
« Ainsi je veux tenter une dernière épreuve. A moi le luth ! Que le dernier Vaïdelote vous chante en lithuanien la dernière chanson !..• »
Il dit, et attend que le grand-maître ait parlé. Tous attendent comme lui. Konrad épie d'un- œil railleur et pénétrant les gestes et les traits de Vitold.
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Tous ont pu l'observer; lorsque le Y aidelote'pariait des traîtres à la patrie^ Yitold avait changé de couleur. Blême de honte et pourpre de colère» il saisit enfin le pommeau de son épée; il bondit^ fend la foule étonnée^ regarde le vieillard... et s'arrête soudain» Le nuage de courroux qui planait sur sa tête se résout en un torrent de larmes. Yitold revient^ s'assied à sa place ^ cache sa figure dans les pUs de son manteau et se plonge dans de mystérieuses rêveries.
Et les Allemands de se dire tout bas : « Deyons-nous ad^ mettre à nos banquets de ces misérables mendiants?... Qui veut écouter leurs chants et qui peut les comprendre ? » Des éclats de rire de pbis en plus bruyants se mêlent à ces murmures; les pages s'écrient en sifflant dans des noix vides : « Yoici l'air de la chaasoa lithuanienne*^ ! »
Ronrad se lève et dit : «cYaleureux chevaliers^ selon l'antique usage^ l'Ordre aujourd'hui reçoit les présents des cités et des provinces. C'est comme tribut d'un pays esclave que ce vieux mendiant nous apporte ses rhapsodies; agréons son offrande : ce sera le denier de la veuve.
a Nous voyons parmi nous le prince des Lithuaniens; ses généraux aussi sont les hôtesde l'Ordre : il leur sera agréable d'entendre le souvenir de vie«tx faits d'sttmes^ rajeunis dans l'idiome qui leur est familier. Qui ne peut comprendre peut s'éloigner; quant à moi^ j'aime ces accents inin* telligibles et mornes de la chanson lithuanienne : comme j'aime le fracas des tempêtes ou le bruit léger d'une pluie de printemps... elle nous berce et nous endort. Chante donc^ vieux mage ! »
CHANT DUYAÏDBLOTE.
« Quand la peste doit frapper la Lithuanie, Tœil^du mage entrevoit son approche; car, s'il faut en cfolre les Vaïdelotes^ souvent la vierge fatale *< apparaît sur les tombeaux et les bruyères, vêtue de Wanc, une couronne de feu sur la
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