ORGIE
tête : son front dépasse les arbres de Bialowiez, et sa main agite un roile sanglant.
« Les gardiens des châteanx cachent leurs jeux sous les casques ; et les chiens des campagnes enfoncent leurs museaux dans la terre, fouillent en flairant la mort, et poussent d'affreux hurlements.
« La vierge s'avance d'un pas sinistre à travers villages , châteaux et villes opulentes; autant de fois^ qu'elle secoue •son voile, autant de châteaux deviennent des déserts : où son pied a passé, partout s'élève une tombe.
«Funeste apparition!... Mais il est pour les Lithuaniens des présages plus formidables; le cimier germanique au panache éclatant, le manteau germanique àla croix funèbre.
«i Ou les pieds d'un pareil fantôme ont laissé leur empreinte, ce n'est rien que la ruine des bourgs et des cités ; une contrée entière devient une tombe. Si ton âme est encore lithuanienne, qui que tu sois, oh! viens, nous irons nous asseoir sur le cercueil des nations, rêver du passé, répandre des chants et des pleurs !
t< Chant populaire , arche d'alliance entre les temps anciens et nouveaux ; c'est en toi que le peuple dépose les armes de son héros, la -trame de ses pensées et la fleur de SCS sentiments!
ce Arche sainte, à jamais inviolable si ton, peuple ne te -profane lui-même ! Chant dn peuple , gardien du sanctuaire national des souvenirs ! si la voix et tes ailes sont angéliques, tu tiens aussi parfois le glaive de l'archange!
« L'histoire tracée au pinceau, la flamme peut la dévorer; vos trésors, les larrons porte'glaives*^ viendront les piller; le chant seul échappe et survit : le chant parcourt la foule , et si les âmes viles ne savent plus le nourrir de regrets et l'abreuver d'espérance, il fuit dans la montagne, il ^'attache aux décombres, et raconte au désert l'histoire des temps passés. Tel le rossignol fuit les palais envahis par les
Digiti
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flammes; il se pose un instant sur le toit^ et quand le toi s'effondre^ il fuit dans les forêts : là^ d'une voix sonore, audessus des tombeaux et des ruines^ il chante aux voyageurs les hymnes de la mort.
« Ce chant^ je l'écoutais!... Souvent un centenaire heurtait des ossements du soc de sa charrue^ s'arrêtait et jouait sur le chalumeau la prière des morts; ou pleurait des stances à votre gloire »^, vénérables aïeux : morts sans postérité*!... Les échos répondaient; moi J'écoutais de loin!... Ces tableaux et ces chants m'exaltaient d'autant plus que j'étais seul à les voir et seul à les entendre !
« Comme au jour du jugement le clairon de l'archange évoquera du tombeau les siècles ensevelis, ainsi les ossements que je foulais se dressaient sous mes pas à la voix du chanteur et pren&ient des formes de géants. Les ruines montaient en colonnes, s'érigeaient en arcades superJDes; les lacs endormis retentissaient du. bruit des rames : on voyait à travers le portail des châteaux les couronnes des princes, les armures des guerriers, les ménestrels chantant leurs louanges, les jeunes filles dansant à leurs joyeux refrains... Le rêve était divin; mais quel fut le réveil *7j
K Proscrit, les bois et les montagnes du pays ont disparu à mes yeux ! La pensée, fatigant son aile à travers l'étendue, tombe enfin et se réfugie dans l'enclos domestique ; le luth s'échappe d'uaemain défaillante : au milieu du gémissement de mes frères je n'entends plus la voix du passé , Mais les étincelles d'un jeune enthousiasme ne sont pas mortes dans mon cœur ! Souvent elles s'embrasent, raniment ma pensée et fécondent ma mémoire. Alors cette mémoire, comme une lampe de cristal coloré, bien que ternie paria poussière et les ans^ si l'on vient à placer une flamme
* Sans postérité s'exprime en polonais par an seul mot, hez*dzietny^ cemme dans le grec anatc.