DEUXIÈME DI.MI-CID MUR
0 toi, voix qui es le iK'raul {\\\ mal cache'' dans la splendeur! Toi. ('mIio du eo'ur c!<'ux de la Monarchie, emporte-moi dans ton si'joiir, (juand la (h'-solalion ('clale sur un monde (h'truil: oh! eiiqxtite-moi vers ces îles (h; nuées dentelées (|ui llotteiit connue des montagnes sur h^ Iremhlenieiil de leiii'. :in milieu des oei'ims iusi:mlanés de 1 éclair, ou vers le sonnuel oiiiueilleux di'
quelque promontoire dcî solnhî tempête, dont la noire pyramide fendue pend sur les sources flamboyantes de ces déluges de feu aux teintes d'aurore, avant que leurs vagues expirent, quand le ciel et la terre ne sont plus que lumière et feu dans la nuit du tonnerre !
VOIX DU DEHORS
Victoire ! Victoire î L'Autriche, la Russie, l'Angleterre, et ce serpent dompté, cette pauvre ombre, la France, crient : « La paix ! » Et cela veut dire mort dans la bouché des rois! Holà! Apportez des torches, aiguisez ces rouges pieux ! Ces chaînes sont trop légères, plus faites pour des esclaves et des emjioisonneurs que pour des Grecs ! — Tuez ! Pillez ! Brûlez ! Que pas un ne reste !
PREMIEU DEMI-CHOEUR
Malheur à la Liberté! si le nombre, l'or, ou les années décevantes ou la deslim-e peuvent Irionq^her des hommes libres ! Malheur à la Vertu, quand les (onrments, les outrages ou les railleries de juges égarés peuvent bi'iser le cd'ur où elle habile ! Malheur, si l'Amour dont le sourire fait de ce sombre monde une splendeur, peut changer avec ses marées et ses saisons menteuses comme l'espérance et la crainte, malheur à l'Amour! Et toi. Vérité, qui erres solitaire et sans amis, si lu peux voiler ton miroir (jui consume le mensonge devant les yeux éblouis de l'Erreur, malheur à loi! Image du Très- Haut !
DEUXIÈME DEMr-CHoKUR
La l)(''route, avec ses plumes arrachées à la concjuete, conduisit les Dix Mille des liiiiiles du malin à lrav(>rs mainte hostile Anarchie ! A la lin, ils éelalèivnt eu sanglots, et crièrent : « La Mer ! la Mer ! »
350 œiVUES POÉTIQUES DE SHELLEY
A travers l'exil, la persécution, le désespoir, Home fut ce que deviendra la jeune Atlantide, letonnement, la terreur ou la tombe de tous ceux dont les pas éveillent le pouvoir endormi bercé dans son sauvage repaire.
Mais la (Irèce fut comme une enfant solitaire, dont les pensées et les membres merveilleux atteignirent l'épanouissement de la fennne, sous rinlluenec de rêves si doux, (|u'('lle ne connut ni la douleur ni le crime. Et maintenant, ô victoire, rougis ! et toi, ?'mpire, tremble d'abandonner les hommes libres ! Si la (irèce doit être un naufrage, ses débris se réuniront de nouveau, et se reconstruiront inexpugnables désormais dans un climat plus divin, aux accoi'ds d'un nouvel Am|)hion, sur (pu'hiue cap sublime, sourcillant au-dessus d«' la vaine écume du temps.
l'UEMiEU DEMi-cnoixn Que les tyrans gouvernent 1(> déseit (|uils ont fait ! Que les libres possèdent le paradis qu'ils appellent ! Que la fortune de nos farouches oppresseurs soil pesée avec notre désastre, notre ri'sislance et notre nom I
DEUXIÈME DEMI-CHOELR
Nos morts seront la semence de leur ruine ! Nos survivants seront l'ombre de leur orgueil ! Notre malln'ur, un lève «pii fuit : leur déshonneur, un souvenir éternel !
VOIX m DI.IIORS
Victoire ! Mctoil'e ! Le llielou acheté einoic j llshiui les clefs de l'Océan ! Maiutenanl le blason de l:i Cittix sera voilé, et l'Iiabih-té bi'ilanni(pie. dirigeant la loree ottomane, foudroiera la victoiic rebelle. <Ui ! célèbre/.
HELLAS ;^5l
ce saint jubilé de sang non vengé ! Tuez ! Écrasez ! Dépouillez ! Que pas un firec n'échappe !
PREMIER DEMI-CHfŒUR
Les ténèbres se sont levées comme une aurore à TOrient sur le Midi du temps ; les oiseaux de mort descendent à leur fête des régions de la faim. Que la liberté et la paix s'enfuient bien loin vers des bords plus ensoleillés, et suivent l'étoile levante de l'Amour aux contrées du soir 1
DEUXn'CME DEMl-CnœUR
La jeune lune a nourri sa corne épuisée du feu du soleil couchant ; le pâle jour est mort ; mais la nuit n'est pas née ! et semblable à une beauté palpitante de fougueux désirs, en même temps qu'elh; tremble de crainte et de volupté, Hesperus fuit devant la nuit qui s'éveille, et palpite dans sa beauté et sa rapidité, épandant une lumière d'un puissant l'ayonnement, douce et sereine. Toi, phare d'amour ! Lampe des âmes libres ! guide-nous, loin, bien loin, aux climats où maintenant voilée par l'ardeur du jour, lu t(^ caches à l'abri des vagues sur lesquelles midi lassé s'évanouit dans sa langueur d'été, au milieu de continents sans rois, aussi innocents que l'Eden, au milieu de montagnes et d'iles inviolablement resplendissantes sur la mer de saphir.
PREMIER DEMI-CnœUR
A travers le coucher de soleil de l'espérance, semblables aux formes d'un rêve, quelles îles paradisiaques de gloire étincellent ! Sous le dôme du ciel, leurs ombres flottent plus claires; le bruit de leurs oci'ans, la lumière de leur ciel, la musique et le parfum (ju'exhalent
leurs soliludcs, ('datent, comnio le matin sur un rèvc, et comme le ciel sur Ja mort, à travers les murs de noire prison.... Et la Grèce, qui était morte, s'est levée !
Le grand âge du monde renaît (1); les années d'or reviennent ; la terre comme un serpent, renouvelle ses vêtements usés de l'hiver! le Ciel sourit; fois et empires ne jettent plus qu'une faible lueur, semblables aux débris dun songe évanoui.
Une Hellas plus brillante élève au loin ses montagnes au dessus de vagues plus sereines; un nouveau Pénée roule ses eaux à la rencontre de l'étoile du matin. Où fleuril une Tempe plus belle, dorment les jeunes Cyelades sur un abîme jdus ensoleillé'.
lin Argo plus .superbe; fend la mei', chargé diin [ilus ré(;ent trésor; un nouvel Orphée chante encore, et aime, et pleurt, et meurt. Encore une fois un nouvel riyss(; abandonne Calypso pour sa tei-re natale.
Oh ! néci'ive/, plus Ihistoire de Troie, si la tei're doit être le livre de la .Moi-l! Ne mêle/ plus la fureur de Laiiis à la joie (|ui se lève sur les hommes libres; quand
(1) Le cliii'ur rni:il est vai,'ue cl obscur, i-omiiie le (ItMioiitMiicnl (lu clrauie vivant ddiil il prédit l'appidche. lu poète ou un prophrtc peut ou tout temps se jierniettre en toute sûreté des prophéties, des bruits de j,'Ucrre, etc.; mais anticiper mèiue obscurément une période de régénération et de bonheur, c'est là un exercice plus hasardeux de la lacullé (|ue les bardes possèdent ou fei}i;nenl de posséder. Le lecteur se souviendra <• )inii/no lire /iro.ri III 11.1 inlorvallo », d'Isaïe et tie \'iri;ile. dont les ardents esprits, dépassant le rèj^ne actuel du mal <pie nous endurons et déplorons, virent des lors la possibilité cl peul-ctre rap|)roche iliiii élal de société dans le(piel •• le lion sera couché avec l'ajjincaii, ■ cl oiiiiiis frirl oiiiiiin tr/liis ». Que ces },'rands noms soient mon auliuilé cl mon excuse. S.
môme un Sphinx plus subtil trouverait des énigmes de mort que Tlièbes ne connut jamais.
Une autre Athènes se lèvera, et aux temps à venir léguera, comme un coucher du soleil aux cieux, la spUîndeur de son aurore; et laissera, puisque rien d'aussi beau ne saurait vivre, tout ce que la terre peut recueillir et le ciel peut donner.
Saturne et l'Amour sortiront de leur long repos (1), plus brillants et meilleurs que tous ceux qui tombèrent, que le Seul qui s'éleva, que tant d'autres dieux encore debout ; ni l'or, ni le sang ne s'offrent sur leur autel, mais des larmes votives et des fleurs symboliques.
Oh! arrête/ ! la haine et la mort doivent-elles revenir?
(1) vSaturne et l'Amour furent du nombre des divinités d'un état réel ou imaginaire d'innocence et de boniieur. Tous ceuxqui tomljrrent, c'est-à-dire les Dieux de la Grèce, de l'Asie et de l'Egypte; le Sml (/)fi s'rlei'u, ou Jésus-Christ, à l'apparition de qui les idoles du monde païen furent dépossédées de leur culte; tant (ranlrcs ciicori' dchont, c'est à-dire les monstrueux objets de l'idolâtrie de la Chine, de l'Inde, des îles Antarctiques et des tribus indigènes de l'Amérique, tous ces Dieux ont certainement régné sur les entendements humains ensemble ou l'un après l'autre, durant des périodes où nous savons que le mal a triomphé d'une façon prodigieuse, et avec une activité toujours croissante, jusqu'à la renaissance des sciences et des arts. Les Dieux de la Grèce send)lent, en vérité, avoir été personnellement l»lus innocents, quoicpi'on ne i)uisse pas dire que, sous le rapport de la tempérance et de la chasteté, ils aient donné des exemples aussi édiliants que leur successeur. Le sublime caractère humain de Jésus-Christ a été défiguré par l'identification qu'on en a faite avec un pouvoir, qui tentait, trahissait et punissait les êtres que sa seule volonté avait appelés à l'existence: et pendant une période de mille ans, l'esprit du plus juste, du plus sage et du plus bienveillant des hommes a été apaisé par les myriades d'hécatombes de ceux qui se rapprochaient le plus de son innocence et de sa sagesse, immolés en sacrifices aggravés encore par l'atrocité et la variété des tortures. Les horreurs des superstitions mexicaines, péruviennes et indiennes sont bien connues. S.
354 œuvRES poétiques de shelley
Arrêtez ! les hommes doivent-ils tuer et mourir ? Arrêtez ! n'épuisez pas jusqu'à la lie lurne d'une amère prophétie ! Le monde est las du passé ; oh ! puisse-t-il mourir ou reposer enfin !