LE FANTÔME DE MAHOMET II
Je viens des lieux où tu dois aller! Le tombeau est plus disposé à prendre les vivants qu'à rendre les morts. Cependant ta foi a prévalu, et me voici. Les lourds débris du pouvoir qui tomba quand je m'élevai, semblables à des rocs et à des nuages informes, sont suspendus autour de mon trône sur l'abîme, et les voix d'une étrange lamentation bercent mon suprême repos, pleurant sur une gloire qui ne doit plus jamais revenir.
Un empire plus récent s'incline vers sa ruine; lautomne dune foi plus verte est venu; et le changement, semblable à un loup, hui'le du désir de dépouiller, comme l'hiver, le feuillage où la Uenommée, cette aigle, a bâti son aire, pendant que la Domination mettait bas au dessous. L'orage est dans ses branches, et la gelée est sur ses feuilles, et le blanc abîme attend oubli sur oubli, dépouille sur dépouille, ruine sur ruine. — Tu es lent, mon lils; les despolrs du monde t(''n(''breux gardent poui' toi un trône, autour duquel ton empire
gît sans bornes et sans voix; là pour sujets, lu gouverneras, comme nous, les ombres de ceux dont la vie a été assassinée, les fantômes des pouvoirs qui te gouvernent maintenant, passions mutines, et craintes séditieuses, et espérances qui se repaissent de poussière et meurent! Tout cela, déj)ouillé de sa force mortelle, comme toi de la tienne! LIslam doit tomber; mais nous régnerons ensemble sur ses ruines dans le monde de la mort; et si le tronc est desséché, la semence cependant se développ(M'a encore dans une forme qui trouvera sa naissances dans sa mort. Malheur! Malheur au j)eni)lc épuisé qui se lord sous l'étreinte de sa suprême agonie !
MAHMOUn
Kspril, malheur à tous! Malheur à la viclinie et au vengeur ! Malliein- au destructeur et à cehn (|ui est détruit! Malheur aux diii)és et aux dupeurs! Malheur à lOpprime'' et à rop|)i'ess(>ui'! Malheui' à la fois à ceux (jui soutirent et à ceux qui font soull'iir! A ceux qui sont nés et à ceux qui meurent!... Mais dis, ombre impériale de ce que je suis moi-même, quand, comment, par (|iii la Destruction doit-elle a(;conq)lir son œuvre?
Li: lAMOAU,
hemande à l'Heure frtiide et pâle, rielie en retours (le la moil toujours prêle, «juaiid lonibera celui doiU les cheveux mûrs et gris abritent le Souci, le Chagrin el rinfirmil('' ; poids (pu* le Crime, dont les ailes s'enq)lumeut avec les années, laisse, dans son vol de cu'ur en cœur ravagé, sur la lèle des hommes, et sous h'quel ils se courbenl «•ux-niènies juscpi au tombeau, l'auvre malheurenv! Il sajtpuie siu' sa bi-quilh', el parle d'années
à venii', il songe comment aux heures dune jeunesse renouvelée il ressuscitera ses joies perdues, et...
VOIX DU DEHORS
Victoire ! Victoire !
Le lunloiue s'ùvanouit.
M.VTLUOUD
Quel bruit de la terre importune a interrompu ma puissante extase ?
VOIX DU DEHORS
Victoire ! Victoire !
MAHMOUD
Faible éclair avant les ténèbres! Misérable et pâle sourire de l'Islam mourant! Voix qui es la réponse dune vide impuissance ! Suis-je éveillé et vivant? A-t-il existé de telles choses, ou ma cervelle inquiète, troubh'C par le langage insensé et sage du vieux Juif, a-t-elle pu se former à elle-même ces ombres de sa crainte? il n'importe! Car rien de ce que nous voyons ou l'èvons, de ce que nous possédons, perdons ou désirons d'étreindre, ne peut valoir plus que ce qu'il donne ou enseigne. Quoi qu'il arrive, l'avenir doit devenir le i)assé, et moi, je dois ressembler à ceux pour qui jadis cette heure présente, ce récif ténébreux du Temps auquel je m'accroche, semblait une île élysécnne de paix et de joie qu'ils ne devaient jamais atteindre. Je dois réprimer cette ivresse du triomphe avant qu'il ne meure, et qu'en mourant, il n'apporte le désespoir. — « Victoire ! « Pauvres esclaves !
M;tliiii(>ud sort.
VOLX DU DEHORS
l'oussez des cris daiLS la jubilation de la mort! Les
Grecs sont comme une portée de lions dans un filet, autour duquel les chasseurs royaux de la terre se tiennent en souriant. Despotes, qui faites votre nourritur(; quotidienne de malédictions, de gémissements et d'or, le fruit de la mort, depuis Thulé jusqu'à la ceinture du monde, venez, festoyez! La table gémit sous la chair humaine; la coujjc est écumante du sang d'une nation. La Famine et la Soif attendent! Mangez, buvez, et mourez !
PREMmU DEMI-CHOEUR
Le Mal victorieux, de son cri de vautour, salue le soleil levant, et poursuit le jour qui s'enfuit! Je l'ai vu, spectre seml)lai)le an rêve d'un tyran, percher sur la tremblante pyramide de la nuit, sous huiuelle, comme sous un pavillon, la tei're et tons ses royaumes sont couchés dans les visions dune aube de misère. Qui arrêtera son vol? Qui lui déi'obera sa proi<>?
VOIX DU DKIIOIîS
Victoire! Victoire! Les aigles affamés de la Russie n'osent point se jetei' sur la proie sous la lumière du croissant. Empalez le reste des Greeks ! Dépouillez ! Violez! Que leur chair soit plus vile que la poussière!