‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 19 sur 105 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

SCKMî I

Un ai)parlonu'nl dans le palais (lenoi — Ll'CKETIA, puis BÉATlilCE, (pii rentre chancelante et tout etFarée.

Bl^ATUICE

Vite ce mouchoir !... J'ai le cerveau blesse ; mes yeux sont pleins do sang ; essuyez-les pour moi; je ne distingue plus rien.

LUCRETIA

]Ma douce enfant, non, vous nave/, point de blessure; ce n'est qu'une rosée froide qui Jaillit de votre clicr front... Hélas ! hélas! qn'est-il arrivé ?

UKATr.IC.K

Cette chevehu-e d(''(aile !... comment cela se fait-il ? Ce doivent être ses mèches lloltantes (pii maveuj^^laient ainsi, et pourtant je les avais attachées bien solid<'ment. Oh ! horreur! LepavésengoulVre sous mes pas! les murs louineni autour de moi !... .le vois une fennne, là, jdeuranl, delioul. cahue et innnohiie, tandis (|ue moi... je l'Hsse, éperdiimenl emporli'e (hins le vei'lii^c (hi monde. — .Mon Oieii ! Le beau ciel bleu esl laehele de sanj; ! Le rayon ihi soleil, sur le parquet, esl noir! L'air s'est changé en vapeurs telles (|ne celles (|u"c\lialent les moi'ts dans les cliarniers ! l'onah ! .r(''touire ! il lamjie autour <ie moi un brouillard i;luant. noir, flelris.sant ;

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quelque chose de solide, de pesant et dépais, que je ne puis arracher de moi, car il colle mes doigts et mes membres rmiàlantre ; il mange intérieurement mes nerfs, et dissout ma chair pour n'en faire quune souillure, empoisonnant le sidHil, le pur, le plus intime esprit de vie ! Mon Dieu ! Je ne savais pas jusqu'ici ce qu'éprouvaient les fous ! car, sans aucun doute, je suis folle !

A\ec plus d'ellaroment

Non, je suis morte ! Ces membres tombant en pourriture enferment comme dans un sépulcre l'âme pantelante, qui voudrait s'échapper dans l'atmosphère errante!... Pause

Quelle hideuse pensée vient encore de massaillir? Elle est partie; et cependant son poids est encore là, sur ces yeux stupéfiés.... sur ce cœur harassé! 0 monde! 0 vie! 0 jour ! 0 misère ! . . . .

LLCRETIA

Qu'est-ce qui te fait mal, ma pauvre enfant? Elle ne répond pas.... Son esprit a conscience du sentiment de la douleur, mais non de sa cause; la souffrance a desséché la source d'où elle est sortie.

BÉATRICE avec égarenient

Comme un Parricide, la misère a tué son père; cependant son père était loin de ressembler au mien ! — 0 Dieu! que suis-je donc?

LICUETIA

Ma très chère enfant, qu'a fait votre père?

BÉATRICE avec doute

Qui es-tu, toi qui me questionnes? Je n'ai pas de

père....

^ part

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(]"os( la i^ardo-malado do la maison dos fous qui me soij^nc; c'osl un pitoyable office.

A Lucrclia, d'une voix lente cl liasse

Vous le savez, je pensais que j'étais cette infortunée Béatrice dont parlent les hommes, que son père quelquefois ti'aine de chambi'e en chambre par sa chevelure emmêlée; que d'aiili'es fois il enferme tt)ule mie dans des caveaux humides où ranq)enl des reptiles couveils d'éeailles, et où il la pi'ive de nourrilui'e jusqu'à ce qu'elle consente à manger d'étranges viandes. Cette déplorable histoii'c, je lai tellement ressassée dans mes rêves malades, (lue je me suis imaginé... Non, cela ne peut être! Il y a eu dans ce monde sauvage dhoiiibles choses, de [jrodigieiix accouplements, d'étranges confusions de bien et de mal; et la pensée en a conçu de pires encore, qui n'ont pas trouvé un co'ur capable de les réaliser. Mais jauiais fantaisie n'a imagine'" une action

semblable à celle....

Klle s'arrotc, revenant siil>itenienl à elle-inéme.

Qui cs-iii? ,lure-moi, avant que je meure dune allcule

terrible. (|u'en vérité lu n'es pas ce (|iie tu semi>les....

Mérc!

LLCRETI.V

Oh! ma douce enfant! vous savez bien.... iii'-.ATnici.

Ne le dis pas; car alors, si (•"esl la vérité", cette autre chose aussi doit être une vi-rilc", une vi'rité assurc'-e. dinable. qui s"("nchaiu(" avec chac|ue circonslance suec("ssive de la vie, (|ui ne ditil jauiais changer, jamais s'évanouir.... Oui, il en est ainsi! OCst bien le palais Cenci : toi, tu es Lucr("lia ; et moi jesuis Hc-ati-ice!... .1 ai dit (pu'hjiies paioles <''gai'<'"es ! mais je n'en dirai

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plus... Mère, viens près de moi; à partir de ce moment,

je SUIS Sa voi\ meurt et s'éteint.

LUCRETIA

Hélas! enfant? que t'esl-il arrivé? Qu'a fait ton père?

BÉATRICE

Ce que jai fait? Ne suis-je pas innocente? Est-ce mon crime, si un homme aux cheveux blancs, au sourcil impérieux, qui ma torturée, dès mes plus tendres années oubliées, comme des pères seuls osent le faire, peut s'appeler lui-même mon père et l'être en effet?... Oh! que suis-je? Quel nom, quelle place, quelle mémoire seront les miens? Quel souvenir du passé survivi'a même à mon désespoir?

LLCRETIA

C'est un violent tyran, sans doute, mon enfant; la mort seule, nous le savons, peut nous affranchir, sa mort ou la nôtre. Mais (jue peul-il donc avoir fait, quel outrage plus terrible, ou quel forfait plus criminel?... Tu ne te ressembles plus; il sort de tes yeux comme un étrange esprit d'égarement.... Parle-moi : dénoue ces pâles mains dont les doigts sont enchaînés l'un à l'autre.

BÉATRICE

C'est ma vie sans repos que torture leur étreinte. Si j'essaie de parler, je deviendrai folle. Oui, quelque chose doit être fait; quoi?... je l'ignore.... quelque chose qui réduise ce que j'ai souffert à n'être plus qu'une ombre dans l'éclair terrible qui doit le venger; quelque chose de prompt, de rapide, d'irrévocable , qui détruise la conséquence de ce qu'il ne peut guérir. Une telle chose, il faut la souffrir ou la faire ! Quand je saurai

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quoi, jo serai Inniqiiille ol calme, et rien ne me tourmentera plus. Mais niainlenanl!.... 0 sang-, qui es le sang (ic mon père, eii'culant à travers ces veines souillées, si du moins, versé sur la terre polluée, tu pouvais laver le erimc et la peine dont je soudre!... Non, cela ne se peut! lUen dautres pouri-aienl douter qu'il y a un Dieu là-haut, (|ui voit et permet le mal, et mourir dans ce doute; cette foi, aucime agonie ne l'obscurcira en moi !

M'CHKTrV

Ce doit être en v('ril('' (pielque mal bien amei-; lequel? je n'ose le deviner. Oii! mon enlanl jxM'due, ne cache pas dans une douleur (»rgu<'illeuse, impi-m'lralih', tes souiïrances à ma craiiile!

r.KATnicE Je ne les cache ])as. Quelles paroles voudrie/.-vous m'entendre dire? Moi, (jni ne peux me faire dans mon espiit aucune image de ce (pii ma transformée,... moi, dont la pensée est comme un spectre enveloppé du linceul de sa propre horreur sans forme! De tous les mots (pu servent à Ic'change des pensées mortelles, lequel voudrais-tu entendre? car il n'y en a point pour dire ma misère. Et si une autre comiaissait jamais quelque chose de seiiddahle à ce (|ne j'ai connu, elle mourrait, connue je moin rai, et, connue moi, sans lui laisser nu nom. 0 .M(»il! Mort ! noire loi et uotre religion lappelleiH un cliàliiueiil, et inie i('(^>nq)ense.... Oh! lequel ai-je m(''ril(''?

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