‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 20 sur 105 · I.rCRETIA · texte numérisé non relu

I.rCRETIA

La paix de linnoeeiiee, jus(]u'à ce (pi à votre iieure vous soyez appelée au ciel. Quoi (pic vous ayez pu souf-

fi'ir, vous n'avez fail aucun mal. La mort doit ôlre la punition du crime, ou la récompense de ceux dont les pieds se blessent aux épines que Dieu a semées sur le chemin qui mène à l'immortalité.

BÉATRICE

Oui, la mort est le cMlinicnt du crime! Je t'en prie, ô Dieu, ne me laisse pas m'égarer dans mes jugements. Si je dois vivre jour après jour, et garder ces membres, temple indigne de ton Espi'it, comme un immonde repaire, d'où ce que tu abhorres puisse se rire de toi, impunément... Non, cela ne sera pas! — Le suicide! Non, ce ne peut être un abri, car ta loi est comme un enfer qui sentr'ouvrc entre la volonté et lui. — Oh ! dans ce monde mortel, il n'y a ni vindicte ni loi qui puisse juger et exécuter l'arrêt vengeur de l'acte dont je souHre !

Entre Oisinn. — Elle s'approche de lui solennellcinent.

Ami, soyez le bienvenu! J'ai à vous dire que, depuis que nous nous sommes rencontrés, j'ai enduré un forfait si énorme et si étrange, que ni la vie ni la mort ne peuvent plus me donner le repos. Ne me demandez pas ce que c'est ; car il y a des actes qui nont pas de forme, des souffrances qui n'ont pas de langue.

ORSIXO

Et quel est celui qui vous a ainsi outragée ?

BÉATRICE

L'homme qu'on appelle mon père; un terrible non]!

ORSINq

Ce ne peut être...

50 (tKUVIlES POETIQUES DE SHELLEY

BÉATRICE

Si cola pffiit (Hre, ou n'èlrc pas, abstonoz-vous do le ponsor. Cola est, cola a été ; consoilloz-mol do manière à CO quo cola no soit plus une autre fois. J'ai songé à mourir; mais unv crainte religieuse me lotiont, la peur que la mort mémo no puisse être un refuge contre la conscience de ce qui n'a pas encore été expié. Oh, parlez!

ORSINO

Accuse-le de cette action, et laisse à la loi le soin de le venger.

BÉATRICE

Conseiller au cœur do glace! Si je pouvais trouver un mot capable do faire connaître le criuie iU' mon bourreau; et, cola fait, si ma langue pouvait, comme un oouioaii, arracher le secret (|ui ronge comme un chancre le cieur de mon C(rur.... oui, tout mottie à nu, do telle soi'to (\uv ma rononuni'o immacuh'o deviemio dans la bouche des plus viles counnères une histoire rebattue, une farce, une fable, un étoimomont.... Si cela pouvait être (ce «pii no sera jamais), songez donc à l'or de rononsour, à sa haine redoutée, à l'étrangx' horreur du récit accusatein-, (h'Iiant toute croyance <'t dépassant tout langage, (|u'on ose à peine murmurer, tant il est inimaginable, env<'lop|)é dc^ hideux soupçons. — Oh ! la belle! la sûre défense !

OHSINO

Alors vous voulez. rendiM'or?

lU.ATlUCK

I/ondinvr !... Orsino, votre ctmseil sond)lo jteii ju-ofi-

labh'. Kilo se liLkiunic, cl se parle à iui-%oi\ ;\ ellc-i)u''iiic

Oui, tout doit ôtrc soudainement résolu et exécuté! Quel est ce brouillard confus de pensées qui s'élèvent ombre sur ombre, sobscurcissant lune l'autre?

L'olFenseur doit-il vivre ? triompher dans son méfait? et de son crime, quel qu'il soit (crime terrible, sans aucun doute) faire, par l'habitude, ton élément ? jusqu'à ce que tu sois tout à fait perdue, ravalée jusqu'à revêtir les apparences de ce que tu laisses faire?

BÉATRICE, à elle-niôme

0 puissante mort ! Ombre au double visage ! Seul

juge ! le plus équitable des arbitres!

Elle se retire, absorbée dans sa pensée.

LUCRETIA

Si le tonnerre de Dieu descendit jamais pour venger... ORsmo

Ne blasphémez pas ! Sa haute providence remet le soin de sa gloire sur cette terre, et celui de leurs propres méfahs, entre les mains des hommes; s'ils négligent de punir le crime...

LUCRETIA

Mais si un misérable, comme celui-ci, parvient avec de lor à se moquer de l'opinion, de la loi, du pouvoir? S'il n'y a aucun appel possible à ce qui fait trembler les plus coupables? Si, parce que nos maux sont si extraordinaires, étranges et monstrueux, qu'ils dépassent toute croyance.... 0 Dieu ! si pour les raisons mêmes qui devraient nous assurer la réparation la plus prompte et la plus sûre, notre oll'enseur triomphe ? pendant que nous, les victimes, nous supportons un pire châtiment que celui que mérite notre bourreau ?..

52 <»-:UVRKS POKTIQUES DK SIIKLLEY

ORSINO

Croyez Ijicn (|iril y ;i rôpai'alion là où il y a çrimo ; sculcmont il faut rtro assez liai'di pour s"en saisir.

LICUETIV

Comment ? S'il y avail (luelque moyen de loul assurer, je ne le connais pas, mais je pense qui! serait bon de...

ORSINO

lf('' (|uoi ? ce dernier outraj^e à lU>alrice ! Car il est tel, autant (pie je ))uis vaguement le conjecturer, qu'il t'ait du remords un dt'shonneur, et ne lui laisse, à elle, qu'un unique devoir, celui de trouver sa vengeance ; à vous, qu'un seul refuge contre» des maux mal endurés, et à moi, (pi'un seul conseil....

LICRETIV

Non, nous ne pouvons espérer voir se lever pour nous

l'aide, la justice, lappui, d'aucun côté où tout autre les

trouverait sans (>n avoir autant besoin (pie nous.

Ik'atrirc revient.

ORSINO

Eh bien !

BÉATRICE

Sil(Mice, Orsinoî Et vous, lionoii'e dame, tandis que je |»aile. je vous en prie, rejetez loin de vous, comme des vêtements usi'-s, indulgence et res|>ect, remords et crainte, toutes les contraintes habituelles de la vie quotidienne, (pie nous avons subies de|)iiis notic enfance, mais (pii aujourd'hui seraient une raillerie à ma cause |>lus sainte, .b' l'ai dit, j'ai souHérl un mal. (pii. tout en restant inexprimable, esl tel (piil demande une e\j)ialion, et pour ce (|ui s'est passé, l't de peur que je ne

LKS r.K>ci 53

sois réservée, jour après jour, à accumuler crimes sur crimes dans mon âme déjà surchargée, et à di'venir.... ce que vous ne pouvez rêver. J'ai prié Dieu, jai conversé avec mon cœur, j'ai démêlé ma volonté enchevêtrée, et jai fini par décider ce qui est juste. — Es-tu mon ami, Orsino? Faux ou vrai ? Jure-le sur ton salut avant que je parle.

ORSIXO

Je jure d'employer mon habileté et ma force, mon silence, et tout ce qui est en moi, à exécuter tes commandements.

LUCRETIA

Vous pensez que nous devons tramer sa mort?

BÉATRICE

Et exécuter notre trame, et sans retard. Nous devons être prompts et hardis.

ORSINO

Et surtout prudents.

LUCRETIA

Car les lois jalouses puniraient en nous de la mort et de l'infamie ce qu'elles devraient faire elles-mêmes.

BÉATRICE

Aussi prudents que nous pourrons , mais prompts. Orsino, les moyens ?

ORSINO

Je connais deux scélérats ineptes et féroces, qui font de lame dun homme le cas de celle dun ver, et tout prêts à écraser, pour le moindre caprice, la jjIus vile

54 (lEUVRKS POl^niQlKS Dl'- SHELLEY

comme la plus noblo vie. Cette espèce a cours ici, à Uoinc. Ils licnncnl la niarcliandisc dont nous avons besoin.

LUCRETF.V

Demain, avant lamoie, Cenci doit nous transporter à ce rocher solitaire de I NI relia, dans les Aj)ennins de lApulie. S'il y arrive....

BÉATRICE

Il ne faut pas qu'il y arrive.

or.siNo Fera-t-il nuit, avant que vous n'atteigniez la tour?

LK.RETLV

Le soleil sera à peine couché.

lîKATRir.E

Mais je me souviens, à deux milles de ce côté du fort, la roule liaverse un ravin profond ; elle est escarpée et étroite, et scî di'ronle en toui'nants ahiupts le long- du précipice. Et dans sa profondeur il y a un loc puissant qui, depuis lui n(>nd)re ininiaginaltie d'aïuK'es, s'est soutenu p(''niblement et plein de terreur au-dessus d'un j^ouffi'e ; à voir l'effort ai^onisant avec leqnelil se cramponne à la montagne , on dirait (pi'il s'all'aisse lentement, connue une Ame mis('i-;ible (pii heure |»ar heure se ci'amjtonne ;i la masse de la vie; et. tout en se er:im|)onnanl, il pcnilie; et. en iiciicliani, il asNonihril cncctic l'aliîme formidalile oii il a |ieur de londter. Sous ce roc.inunense connue U'. d('-sespoir, la nielaneoliipu' nn>ntagne, connut* épuisée de lassitude, bâille. Au bas, on entend, sans le

LES CENC.I 5d

voir, un torrent impétueux, qui bouillonne avec rage au milieu des cavernes, et un pont traverse le gouflre. Audessus Jiien haut, croissent, avec leurs troncs qui sentrecoupent, de rocher en rocher, des cèdres, des ifs et des pins, dont la chevelure entortillée forme une solide voûte d'ombre avec les noirs enlacements du lierre. Là, à midi, c'est l'heure du crépuscule, et au coucher du soleil la nuit la plus noire,

ORSINO

Avant d'atteindre ce pont, trouvez quelque prétexte pour éperonner vos mules ou pour vous attarder, jusqu'au moment où...

BÉATRICE

Quel est ce bruit?

LUCRETIA

Ecoulons! Non, ce ne peut être le pas d'un serviteur; ce doit être Cenci, qui revient à l'improviste. Trouvez quelque excuse à votre présence ici.

BÉATRICE, à Orsino, en s'en allant

Ce pas que nous entendons s'approcher ne doit jamais franchir le pont dont nous avons parlé.

LiiLML'tia et Béatrice sorlent.

ORSIXO

Que vais-je faire ? Cenci va me trouver ici, et il me faudra soutenir l'impérieuse inquisition de ses regards qui me demanderont ce qui m'y a amené ! Masquons les miens d'un souriie insignifiant et vide.

Entre Giaionio avec préciiiitation.

Comment ! Vous vous aventurez ici ? Saviez- vous donc que Cenci était absent?

56 («■UVRF.S POÉTTQIKS T)E STIKLLEY

OIACOMO

(-■('St lui quo jo oliorcho ; ot j'attendrai son rotonr.

ORSIXO

Grand Diou ! posoz-vous tout lo danpfor do voire tômérité ?

GIACOMO

Oui! Et lui, mon l)ourroau , oonnaît-il son jnopre dani?er ? Nous ne sonunos plus aujourdhui, connue autrefois, père et enfant, mais houuuo à liounno, roi)presseur en face de l'opprimé, lo oalonuiiat(>ur en face du calomnié, l'ennemi on faco de rennonii. 11 a r('jol(' la Nature qui était son houolior, ot la Nature lo icjotto, lui qui osl sa lioiUo ; et moi je les UK-prisc et ropoussc tous doux. Est-oo un pore, celui dniii je v;iis secouer la gorge, en lui disant: « Je ne demande point d'or; je ne réclame pas dhourousos années, ni les souvenirs dune paisible enfanc<' . ni lamour ahi'it*' an foyer; quoicpie tu maies arraclu'' tout cela, et pins encoïc : je ne demande (|ue mon lionneur intact, le seul trc'-sor de |)ai\ (luoje croyais déi'obé à ta haine, sons lamas de misère (pie lu as ac<'umulée sur moi ; ou bien je... » Diou peut conipren(lr(^ et pardonner ; poui(pioi madresser à un lionnno?

OliSIX»

(lalmo/.-vous, mon cliei' ami.

r.i \<.o>io

Oui, je vais vous dire avec calme ce (pilla lait. Ce vieux ErancoscoCenci, comme vous le savez. urenq»runla la dot do ma fenuno, et puis nia cet en)prunt. Il me laissa ainsi dans la pauvrol('', si bien (jne je songeai à

LES CENC.I 0/

l'alléger en aceeplani un pauvre office dans lÉlal. 11 m'avait été promis, et déjà j'avais acheté des vêtements neufs pour mes enfants en haillons , et ma femme souriait, et mon cœur connaissait le repos, quand lintervention de Cenci, ainsi que je l'ai découvert, fit accorder cet office à un misérable dont il paya ainsi les plus ignobles services. Je rentrai avec ces mauvaises nouvelles, et nous nous assîmes ensemble, tristes, consolant notre découragement avec les larmes d'une affection et dune fidélité à toute épreuve, capables de tempérer les plus cruelles amertumes de la vie ; quand, selon sa coutume, il vint nous faire des reproches et nous maudire, se moquant de notre pauvreté, et nous disant que c'était un châtiment de Dieu sur des fils désobéissants. Et alors, afin de pouvoir le rendre muet de honte, je lui parlai de la dot de ma femme; mais lui, il forgea une petite histoire fort spécieuse, racontant comment j'avais dissipé cette somme en secrètes orgies ; il vit que cela touchait ma femme, et il s'en alla en souriant ! Et quand je m'aperçus de l'impression produite, quand je sentis que ma femme insultait de son silencieux mépris à mon ardente sincérité, quelle avait l'air hostile et froid, je sortis aussi; mais je revins bientôt. Pas assez tôt cependant pour que ma femme n'ait eu le temps d'apprendre à mes enfants ses blessantes pensées ; et tous criaient : « Donnez-nous des vêtements, père ! Donnez-nous une meilleure nourriture ! Ce que vous dissipez en une nuit nous suffirait pour des mois ! » Je les regardai, et je vis que mon foyer n'était plus qu'un enfer. Et je ne retournerai plus dans cet enfer, jusqu'à ce que mon ennemi m'ait fait réparation ; sinon, de même qu'il m'a donné la vie, moi, renversant la loi de la nature, je...

58 CEUVRES POÉTIQUES DE SIIELLEY

ORSIXCt

Crois-moi, lu réparation (\uv lu viens chercher ici te sera refusée.

GIACOMO

Alors.... N'ètes-vous pas mou ami? Navez-vous pas, l'autre joui*, quand nous conversions ensemble, fait allusion à cette alternative sur le boid de hKiuelle vous voyez que je suis en sus])ens? Alors mes ij^riefs étaient moindres. Ce mot « parricide », quoicjue je sois bien l'ésolu, me hante comme la crainte.

OUSIM»

C'est la chose qui est à craindi'c, car le mot en luimême est une moquerie creuse. .Mais remai'(piez comment Dieu très sai^c rassendjle en un même point les (ils d'un juste arrêl, en le saiicliliaul ainsi : ce à quoi vous songez est, poui' ainsi dire, accompli.

GIAC.OMO

11 est mort!

Sa londte esl prêle. Appi-eiiez-le, depuis (pie nous ne nous sununes vus, Cenci a oulrayc' sa lille.

oi.vr.oMo Quel oulrai^c?

onsiNo l'n oulraiic (pi'idle ne dit pas, mais (pie v(»us pouvez conjeclurei' à demi, connue je le lais, de sa pâleur lixe cl (le la diinleiM' lianlaiiie de sou l'niiil dm cnii'iil cuiiriMr dans le vide, de sa voi\ sevt-re et uu»notone, où se noient i\ la l'ois tendresse el leiicui- ; eiiliu de ceci

LES r.ENCI 59

pendant que sa belle mère et moi, perdus dans notre propre horreur, nous causions ensemble avec d'obscures allusions (sans nous comprendre l'un lautre, devinant confusément et effleurant timidement la vérité, tout en songeant à sa vengeance), elle nous interrompit, et son regard nous dit, avant cpie ses lèvres l'aient articulé : « Il faut qu'il meure ! »

CIACOMO

Il suffit. Tous mes doutes sont apaisés. Il y a ici, pour cet acte, une plus haute raison que la mienne ; il y a un juge plus saint que moi, un vengeur plus irréprochable. Béatrice, toi qui dans la grâce de ta douce jeunesse n'as jamais marché sui' un ver, jamais meurtri une fleur vivante, sans t'élre apitoyée sur leur sort en versant des larmes inutiles ! Charmante sû'ur, toi en qui les honunes s'émerveillaient de voir la beauté et la sagesse s'unir sans se détruire l'une l'autre! on ta déshonorée! 0 mon cœur, ne demande pas d'autre justification ! Dois-je attendre, Orsino, qu'il revienne, pour le poignarder à sa porte ?

ORSIXO

Non ; quelque accident pourrait intervenir et le sauver d'une issue maintenant très assurée; vous, pris au dépourvu, vous ne sauriez où fuir, comment vous excuser ou vous cacher. Non, écoutez-moi; tout est tramé,

le succès est si sûr que.... Entre Béatrice.

BÉATRICE

C'est la voix, de mon frère ! Ne me reconnaissez-vous pas?

GIACOMO

Ma sœur, ma sa'ur perdue!

GO UiUVIlES POÉTIQUES DE SHELLEY

BÉATRICE

Oui, perdue!... Je vois quOrsiuo vous a parlé, et que vous eonjeeturez des choses trop horribles à dire, et cependant bien loin de la réalité. Mais, ne vous arrêtez pas, il peut revenir. Embrasse-moi ; je saurai qualors lu consens à sa mort. Adieu, adieu! Que la piété envers Dieu, (pie lamour Iraternel, que la justice et la clémence, (pie tout ce qui peut attendrir les c(ji'urs les j)lus durs, endurcissent le lien, ('> mon frère! — Ne réponds rien.... adieu !

Ils sortent si'i)arcmcnt.

SGKXK II

In |K,'lil apiiartonionl dans la maison ilc Giaconio

GIACOMO seul 11 est niinuil, et Orsino ne vient pas encore.

Tonnerre, le ))ruit (Pun orage.

Kh (pioi! les ('lernels (''U'Uients sympathisent-ils avec un ver tel que l'homme? Si! en était ainsi, le Irait de l'éclair ailé de piti('' ne tomberait ])as sur les pierres et les arbres. Ma lemme et mes enfants dorment ; ils sont maintenant plongés dans des rêves insiiji^nifiants ; et moi, je dois veillei', toujours incertain si celle action 1res m'-cessaire est juste. 0 loi, lampe épuisc'c, dont la llamme moiuanle est secou(''(^ ])ar le vent, et sur le bord de ia(|ii('ll(' V(>llii;(' robs(uiil<'' dcvoraiilc. loi. petite (hunme, (pu vacilles en Ions sens, comme le pouls d'iui mourant (pii sCleve cl (pu l<»mbe! Si je ne h* d(»nnais pas dalimeiil, connue tu lomiierais bieiili'il. et sei'ais coinme si lu n'avais jamais ('le ! Ainsi se consume et t<»nd)e. en ce! JMsiîuil même |)eul-êli"e. I;i \ ie (pii a allinné' la

mienne ; mais aucun i)ouvoir ne sau l'ait remplir de riuiile vilalc celte lampe de cliair une fois épuisée. Ha ! c"est le sang-, dont se sont nourries ces veines, qui coule jusqu'à ce qu'il soit tout entier refroidi ; c'est la forme ofi s'est mouh'e la mienne, qui tombe dans les spasmes blêmes et livides de la mort; c'est l'àme, dont j'ai i-eçu la parure de la ressemblance immortelle avec Dieu, qui maintenant se tient toute nue devant le tribunal du ciel ! une cloche sonne.

Une lieure ! Deux heures ! Les heures se traînent toujours; et quand mes cheveux seront blancs, mon lils peut-être veillera aussi alors, torturé entre une juste haine et un vain remords; gourmandant le tardif messager de nouvelles semblables à celles que j'attends! Je voudrais presque qu'il ne fût pas mort, (}uel({ue grands que soient mes maux; cependant.... Mais c'est le

pas d'Orsino. Entre Oibino.

l'arlez !

Je viens vous dire ({u'il a échappé.

GIACOMO

Échappé !

ORSINO

Et qu'il est sain et sauf dans Petrella. 11 a passé à l'endroit fixé pour l'action, une heure trop lût.

GIACOMO

Sommes-nous les jouets de tels hasards? Et faut-il donc perdre ainsi en d'aveugles appréhensions les heures oîi nous dirions agir? Ainsi le vent et le tonnerre, qui semblaient hurler son glas, ne sont que le retentissant <''clat d(^ rire avec lequ<'l le ciel se moque

62 OELVUES POÉTIQUES DE SIIELLEY

de noire faiblesse! Désormais je ne me repenlii-ai plus d(^ rien de ce que j'aurai projeté ou l'ail, mais seulement de mon repentir.

onsiNo Vois, la lampe s'est éteinte.

GI.VCOMO

Si nous n'avons aucun remords (|uand l'air obseur a bu celte llamme innocente, pourcjuoi l'aiblirions-nous, ((uaiid la vie de (]enci, celle lumière à la clarté de hujuellc les mauvais espi'ils voient les aciions l'xi'crables (piils inspii'ciU, doit s'c'teindi'e pour toujours? Non, maintenant me voilà endurci.

Page 1