‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 38 sur 105 · CAMU.LO · texte numérisé non relu

CAMU.LO

.le renvoie les piocédures à une ('poque ultérieure, et Je veux, en faveur de ces très touehantes et très nobles personnes, employer toulc mon influence auprès du Sainl-l*ère.

LE ju(;e Qu'alors le bon plaisir du Pape se fasse. En attendant, conduisez ces coupables chacun à une cellule séj)aré«'. Et que l'on tienne les engins prêts ; car cette nuit, si la résolution du Pape est aussi yrave, aussi pieuse et aussi juste que par le passé, de ces nerfs et de ces muscles j'exprimerai en les tordant la vé'rité, gémissement par gémissement.

Ils sorlfiit.

SCK.NK ill

I ne (('lliilt' lie la |)ris(tn. — PKATKK'E «-st cndonnif sur sa (•(.«(■lie. - Knliv iJKKNAKDO

ItF.UNAr.lx)

Avec (picllcs('T(''nilt'' le sonuiicil repose sur son visage, comme les dernières pensées d un jour doucenient rempli, se fermant dans la nuit et les lèves, el se prolon-

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géant encore ! Après les tourments qu'elle a endurés la nuit dernière, comme sa respiration s'exhale légère et douce ! Hélas ! il me semble que je ne pourrais plus jamais dormir. Mais je dois de celte douce lleur repliée secouer la céleste rosée du repos ; ainsi.... Eveille-toi ! Eveille-toi ! Eh quoi, sœur, tu peux dormir ?

BÉATRICE, s'éveillant

Je ré vais justement que nous étions tous en paradis. Tu sais bien que cette cellule semble être une espèce de paradis, en comparaison de la présence de notre père.

BERNARDO

Chère, chère sœur, pourquoi ton rêve est-il un rêve ? 0 Dieu ! Comment dire ?..,

BÉATRICE

Que voudrais-tu dire, mon doux frère ?

BERNARDO

Ne jette pas sur moi des regards si calmes et si heureux, ou, quand je songe à ce que j'ai à dire, mon cœur va se briser !

BÉATRICE

Eh bien ! vois, tu me fais pleurer. Comme tu serais véritablement sans ami, cher enfant, si je mourais ! Dis ce que tu as à dire.

BERNARDO

Ils ont avoué ; ils ne pouvaient plus endurer les tortures....

BÉATRICE

Qu'y avait-il donc à avouer ? Ils doivent avoir dit

104 fœiVRFS POÉTIQUES DE SHELLEY

quelque lâche et coupable mensonge pour (latlor lours bourreaux. Ont-ils dit qu'ils étaient coiq)al)l('s ? 0 blan(;lie Innocence, te voir obligée à porter le masque du crime pour cacher ton redoutable et ti-ès serein visage à ceux qui ne te connaissent pas !

Liitroiit le Juge ;ivec Liicictia et (iiiicoino ; gardes.

Cœurs ignobles ! Ainsi pour quelques courts spasmes de douleur, aussi mortels au moins que les membres à travers lesquels ils passent, des siècles de haute splendeur sont couchés dans la poussière ! Et cet éternel honneur qui aurait dû vivre en rayonnant comme le soleil au-dessus des vajxMirs de la moi'lelle renommée est devenu une UKxjuerie, une fable !... Quoi ! Voudre/vous donc livrer ces corps pour être traînés aux sabots des chevaux, alin que notre chevelure puisse balayer les traces des pas de cette foule vaine et insensible, qui, pour se faire de notre infortune un culte et un spectacle, laissera ses églises et ses théâtres aussi vides que ses propres c(eurs ? La multitude h'-gèi'c pourra-t-elle, à son choix, j«'ter sur nous des maledictions ou une pilie impuissante, triste ili'ur funèbre pour parer un cadavre vivant, (juand nous passerons, pour passeï' à jamais, et laisser... quel souvenir de ce que nous avons été ? linfamie, le sang, la terreur, le (h'-sespoii-! — 0 toi qui fus une mère |)oui' rvxw (\n\ ("laieni sans parents, ne tue |)as ton enfant ! Ne laisse pas ses malheurs te tuer ! Frère, couche-toi avec moi sui' la roue, et soyons tous Avux muets eoiimie un cadavre ; elle sei'a bientôt aussi douce (pi'un tombeau ! II n'y a (|ue le mensonge arrache par la crainte (pii ]>uisse rendre la roue cruelle!

(.IA(.OMo

Elles liuii'ont par t';u'racher la véiité à t(»i-mème, ces

LES CENCl Î05

cruelles lortiiros. Ah ! par pitié ! maintenant dis que tu es coupable.

LLCRETIA

Oh ! avoue la vérité ! Que nous mourions tous rapidement ! Après la mort, c'est Dieu qui sera notre juge, et non pas eux : il nous fera miséricorde.

BERNARDO

Oh ! si cela peut être vrai, parle, ma chère sœur ; et alors le Pape bien certainement vous pardonnera, et tout ira bien.

LE JUGE

Avouez, ou je vais tordre vos membres dans de si tranchantes tortures....

BÉATRICE

Des tortures ! Changez donc la roue en un rouet à iiler ! Torturez votre chien, afin qu'il puisse dire quand pour la dernière fois il a lappé le sang versé par son maître !... mais non pas moi ! 3Ies angoisses sont celles de l'esprit, celles du cœur et celles de l'âme ; oui, de l'âme la plus intime, qui pleure au-dedans d'elle-même des larmes de fiel brûlant, de voir, dans ce monde méchant où personne n'est vrai, de voir les miens mentir à eux-mêmes, quand tous les abandonnent ; et lorsque je considère toute la misérable vie que j'ai vécue, et maintenant sa misérable fin , le peu de justice témoigné par le ciel et la terre à moi et aux miens , et quel tyran tu es, et quels esclaves sont ceux-ci , et quel monde nous formons, oppresseurs et opprimés... ces tortures-là me forcent de i-épondre. Que voulez-vous de moi ?

100 (JEIVRES l'OÉTIQUES DE SHELLEY

LE JUGE

Ncs-lu pas coupable de la mort de ton père ?

BÉATRICE

Oh ! que n'accuses-tu plutôt le juge suprême, Dieu, qui a permis un 'M'U^ semblable à celui que J'ai soufl'ert, et (juil a vu ! acte inexprimable, et pour lequel il na laissé danlie refnge, d'autre vengeance, d'autre conséquence possible que ce que lu as appelé la mort de mon père ! Est-ce ou n'est-ce pas ce que les hommes appellent crime?... lai-je fait ou ne lai-je pas l'ail ? dites ce que vous voudrez ! .le ne nieiai |)Ius rien. Si vtms désirez qu'il en soit ainsi. (|u'il en soit ainsi ! Kt tout sera fini.... Maintenant, laites votre volonté ; aucune autre torture ne m'arrachera d'autre parole.

LE JIGE

Elle est convaincue, mais elle n'a jias avoué. Cela suffit. Jusqu'à leui- sentence dernier*', que personne ne puisse leur parler. Vous, jeune seigneui", ne restez pas

im':atp.I(,e

Oh ! ne me TenU'vez pas !

LE Ji r.i',

(lardes, faites voire devoir.

BERNAHno, ciiil.iass;!!!! II.mIi ii(>

Oh ! V(^uIez-vous donc s(''pai'er h' corps (h' Tànu; ?

IN OFKK.n.R

Cela est l'alVaire du boui'reau.

Tons siirlciil, cNccptr Liicrctia, llc.nirii'o cl Ciacoino.

GIACOMO

Ai-je donc avoué ? Tout csl-il donc lini ? l*lus d'espérance ? plus de refuge ? 0 faible et scélérate langue, qui m'as perdu, que ne t'ai- je i)lnlôt auparavant coupée et jetée aux chiens ! Avoir d'aboid tué mon père, et puis trahi ma sœur !... Ah ! toi ! la seule chose innocente et pure de ce ténébreux et criminel monde, t'avoir livrée au sort que je nai que trop mérité ! Ma femme, mes petits enfants, abandonnés, sans espérance ! et moi !... 0 père ! 0 Dieu ! Peux-tu pardonner à ceux même qui n'ont pas pardonné, quand leurs cœurs trop pleins se brisent ainsi.... ainsi ?...

, Il se (ouvre le visngc et pleure.

LUCRETIA

0 mon enfant ! A quelle teri'ible fin nous voilà tous arrivés ! Pourquoi ai-je faibli ? Pourquoi n"ai-je pas supporté ces tortures ? Oh ! puissé-je tout entière me dissoudre dans ces rapides et inutiles larmes, qui coulent et ne sentent pas !

BÉATRICE

Ce que la faiblesse a fait, il y a encore plus de faiblesse à le déplorer, une fois que c'est fait. Prends courage ! Le Dieu, qui a connu mon malheur, et a fait de notre prompte exc'cution l'ange de sa colère, semble, mais sembl(! seulement, nous avoir abandonuf'S. Xe nous imaginons pas que nous allons mourir pour cela. Frère, asseyez-vous près de moi ; donnc/.-moi votre ferme main : vous aviez un cœur viril. Courage ! Courage ! 0 très chère dame, mettez votre douce tète sur mon sein, et essayez de dormir un peu; vos yeux sont pâles, creux et exténués, sous le poids de la veille et d'un lent cha-

grill. Venez, je vous chanterai tout bas un air qui porte au sommeil, ni gai, ni cependant triste ; quelque ancienne et simple mélodie, dune monotonie surannée et hors d usage, telles que celles cpie chantent en filant les bonnes femmes de nos campagnes, au point d'en oublier presque de vivre. Couche-toi ! Ainsi... Bien !.., Ai-je oublié les paroles ? Ma foi ! elles sont i>lus tristes que je ne pensais.

Faux ami, le verru-t-on sourire ou pleurer,

Quand ma vie s'endormira ?

Il s'inciuièle peu dun sourire ou dune larme

Le cadavre froid comme l'argile dans la bière !

Adieu ! Hélas ! Hélas !

Qu'entend-on murnuirer loul bas '?

C'est un serpent dans Ion sourire, mon cher,

Et un poison amer dans ta larme !

Doux sonnueil ! si la mort était comme toi,

Ou si tu étais mortel toi-niéme.

Je voudrais l'ermer ces yeux di; douleur.

Pour me réveiller... (juand ?... Jamais plus !

0 monde ! Adieu !

Ecoute la cloche (pii pass»; !

Elle dit : toi et moi. nous devons nous séparer,

Avec un cœur léger et avec un co'ur lourd !

I,a scène se renne.

SCK.NK JV

Une salle de la prison. — Entrent CA.MILLO et HKUNAKDO.

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