‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 88 sur 105 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Celui qui a écrit les lignes suivantes est mort à Florence, au moment où il se préparait à faire un voyage à l'une des plus sauvages des Sporades, qu'il avait achetée, et où il avait fait arranger les ruines d'une vieille construction, espérant y réaliser un plan de vie, approprie' peut-être à ce monde plus heureux et meilleur où il habite maintenant, mais difficilement praticable dans celui-ci. Sa vie fut singulière , moins encore au point de vue des vicissitudes romanesques qui l'agitèrent, qu"à celui de la teinte idéale que lui donnèrent son propre caractère et ses propres sentiments. Le présent poème, comme la Vita Nuova de Dante, se fera suffisamment comprendre à une

certaine classe de lecteurs, sans l'exposition historique des faits et circonstances auxquels il se rapporte ; pour certaine autre classe, il doit toujours rester incompréhensible, vu le défaut d'un organe commun de perception pour les idées dont il traite. En tout cas, « ce serait pour un écrivain une grande honte daflubler ses rimes d'un vêtement ligure, et des couleurs de la rhétorique, si, interrogé, il ne savait pas dépouiller ses paroles de ce vêtement d'emprunt, de manière à leur donner leur véritable sens (1). »

Le présent poème semble navoir été dans l'intention de l'écrivain que la dédicace d'un poème plus étendu. La stance (jui se trouve à la page précédente est une traduction prescpie littérale de la fameuse Can/.one de Dante :

t Voi, ch' inlcndendo. il tcrzo ciel movete, etc.. ("3) »

La présomptueuse application des dernières lignes de cette Canzone à sa propre composition fera naître un sourire aux dépens de mon malheureux ami ; (|ue ce ne soit pas un sourire de mépris, mais un sourire de pitié.

(1) • Gran vcrgogna sarebhc a coliii. chc rimasse cosa sollo veste ^U figura, o (li colore reltoiico ; c doniaiidato non sajx-sse doniidarc le sue parole da cotai véslc, in guisa die a\csscro \eracc intcndimcnlo. »

Dante.

(2) Ou plutôt le Sonelto I de Dante :

« Parole mie, che i)er In mondo siete;

Vol che nasceste |)oicir io coniimiai

A dir per quclla donna in cui errai ;

Voi cir int( ndondo il ter/.o ciel movete : Aiidalcvcne a lei, che la sapele,

l'i.ingendo si, circlla oda noslri guai :

Dillclt^ : noi sein \ostie ; duiupie ornai

l'iii che noi senio, non ci \edrete, Cou Ici non .stale, die non v'c amorc ;

Ma gile allorno in abilo dolente,

A guisa délie voslrc anliche suorc ; Quanilo trovatc <loimc di \aliirc,

(IcItati'N ill- a' picdl uiiiileinciile.

Dicciicio : a \ol doxein nui I;ire onore. »

EPIPSYCHIDION

Doux Esprit, Sœur de cette orpheline, dont le seul empire est le nom sur lequel lu pleures, dans le temple de mon cœur je suspens pour toi ces guirlandes votives d'un souvenir fané (2).

Pauvre oiseau captif ! qui de ton étroite cage verses une telle musique, qu'elle pourrait adoucir les âpres cœurs de ceux qui font emprisonnée, s'ils n'étaient pas sourds à toute suave mélodie ; ce chant sera ta rose ; ses pâles pétales sont morts, il est vrai, mon rossignol adoré! Mais douce et parfumée est la fleur flétrie, et elle n'a gardé aucune épine qui puisse blesser ton sein.

Cœur sublime, ailé d'esprit ! qui pour toujours bats d'un vain effort tes barreaux insensibles, jusqu'à ce que ces brillantes ailes de la pensée avec lesquelles, toute parée de leur éclat, elle planait au-dessus des ombres basses de ce monde, gisent dispersées ; et que ta poitrine blessée et pantelante tache de son cher sang son nid non maternel! Je pleure de vaines larmes; le sang serait moins amer, et coulerait avec plus de joie s'il pouvait t'être utile!

(1) On lira dans V Appendice I les fragments de Shelley qui se rapportent à ce poème, et (jui en sont comme le complément.

(2) Nous avons suivi Tinterprétation de M. Garnett : l'orpheline dont il est question est Mary Shelley, dont Emilia Viviani aimait à se dire la sœur, et le nom sur lequel pleure Emilia est celui de Shelley lui-même.

Séraphin du ciel! trop douxpouretro humain, voilant sous celte radieuse forme de Femme tout ce qu'en loi le regard ne saurait soutenir de lumière, d'amour et d'immortahté ! Douce Bénédiction dans la Malédiction ('icrnclle ! Gloire voilée de cet obscur Univers! Toi, Lune au delà des nuages! Toi, vivante Forme parmi les morts! Toi, Éloih^ au-dessus de l'oui'agan! Toi, Prodige, toi Beauté, toi, Terreur! Toi, IHarnionie de lart de la nature! Tu es le Miroir où, comme dans la splendeur du Soleil, rayonnent de gloire toutes les formes sur lesquelles tu laisses tomber ton regard! Oui, les confuses paroles même qui en ce moment jetlenl une ombi'e sur loi, flamboient, comme un éclali-, d un layonnement inaccoutumé; ell'ace, je t'en prie, de ce triste chant, tout ce qu'il y a en lui de mortel et d'imparfait, avec ces gouttes limpides, qui, comme une rosée sacrée, jaillissent (les deux lumières jumelles à travers lesquelles ta douci' âme projette son ondjre ; pleure jus(|u'à ce que le chagrin devienne extase; i)uis souris à mon chant, de telle sorte cpiil ne i)uisse mourir.

Je ne pensais jamais voir avant ma mort la vision de ma jeunesse aussi paifaitemenl réalisée! Emily, je t'aime; dût le monde dédaigner de jeter sur cet amour le voile transparent d'un nom (pii liibrite dn nu'pi-is de sa honte! Ah! si nous étions les jumeauv d'une même mère! Ou si le nom (|ue mon cu'ur a prêté à une autre était eiUi'<' elle et toi un lien de sœur, unissant deux rayons d'une seule éternitc''! Cependant ces noms, tout h'gitime (]ue fut l'un, tout vrai (pie fnt l'autre, quoique eliers, ne sauraient peindre comme il le faudrait, combien au delà (h- t»tiUe reserve je suis à toi. Que dis-je?.. Je ue suis pas à loi; je suis luie partie de /<>/ !

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Douce lampe ! Ma Muse, comme une phalène, a brûlé SCS ailes; ou, comme un cygne mourant qui plane et chante , le jeune Amour voudrait apprendre au Temps, dans son propre style vieilli, tout ce que tu es. N'es-tu pas exemple dartifice, une âme digne d'amour, formée pour être bénie et pour bénir? Une source de félicité scellée et secrète, dont les eaux sont une lumière et une musique joyeuses, triomphant de la discordance et de l'obscurité? Une étoile immobile dans le mouvement des Cieux, unique? Un sourire parmi de sombres froncements? Un accent suave au milieu de rudes voix? Une lumière aimée? Une solitude, un refuge, un délice? Un luth dont les initiés qui ont reçu les leçons de l'Amour tirent une musique à adoucir le jour le plus brutal, et à bercer pour l'endormir le plus ardent chagrin ? Un trésor enseveli ? Un berceau de jeunes pensées d'un plaisir sans ailes? Un tombeau de la Douleur couvert dun linceul de violettes? — Je parcours le monde des imaginations, en cherchant une qui le ressemble, et je ne trouve, hélas! que ma propre infirmité.

Elle me rencontra, étranger, sur le rude chemin de la vie, et m'attira vers une douce Mort, de même que la Nuit par le Jour, l'Hiver pai* le Printemps, le Chagrin par la rapide Espérance, sont convertis en lumière, vie et paix. Une antilope, dans 1 impulsion suspendue de sa course rapide, serait moins éthérée et moins légère. L'éclat lumineux de sa toute divine présence frémit à travers ses membres, comme sous un nuage de rosée amassé dans le ciel sans brise de Juin, au milieu des étoiles ailées de splendeur, brûle la Lune dans son inextinguible beauté ; et de ses lèvres, comme d'une hyacinthe pleine d'une

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rosée do miel, tombe goutte à goutte uu muruuu'e liquide, qui fait mourir de passion les seus, aussi doux que les pauses de la musique planétaire entendue dans l'extase. Dans sa douce lumière dansent les esprits des étoiles, les rayons ensoleillés de ces sources qui toujours bondissent sous les éclairs de lame, trop profondes pour la courte sonde de la pensée ou du sens. La gloire de son être, qui en jaillit, tache lair mort, pâle et froid, de l'ombre chaude d'un entrelacement inextiicable de Inmière et de mouvement formé par l'amour; une dilliision intense, ime sereine Onmiprésence, dont les contours ondoient, et se confondent en ondoyant autour de ses joues et jusquà Textrémité des doigts luniiiieiix où sans interrni)ti()n le sang ('lincelle et frémit (connue dans la toison tie lair semblable à la neige frémit la pulsation cramoisie du vivant matin), et se prolongent sans intervalle et sans (in, jus(|uà ce (juils se perdent et se replient dans celte Heaut('' qni })énètre, enlace et i'enq)lit le monde; à peine visible à cause de son extrême cliarnie. lue chaude fragrance semble t(»nd)er de ses vèteuients légers et de sa cheveliM'c détachée; et quand l'air de sa propre vitesse a dénoué quel(|u'une de ses lourdes tresses, la douceur sembh; ass(uivir le vent |)ànu''; et dans l'âme on sent un pai'finn sauvage. (|ui (h'passe les sens, connue les r()S(''es lirùiaiiles (|ui se Inndeut dans le sein d'un bouton geh". Ilegarde-ia deb(»ul! uue forme mortelle l'cvèlue d'amoui", de vie, (h' lumièi'e et de divinit»'*; un mouvement (pii peut changer, mais ne jx'ut mourir; une iujage de (piHque biillante Kleriiile ; l'ond)!!' d'un l'ève d'or; nue Splendeur laissant la lidisienie s|ihère sans pilote; iMi Inubc icllrt de 1 Clciiicllf l.uiif (rAuiitur sous les

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mouvemenls de laquelle sagitent les mornes vagues de la vie; une ^Métaphore du Printemps, de la Jeunesse et du Matin; une vision qui est comme l'incarnation d'Avril, invitant de ses sourires et de ses larmes le squelette Hiver à rentrer dans son tombeau d'été.

Ah! malheureux que je suis! qu'ai-je osé? Où me suis-je élevé? Comment descendre maintenant et ne pas mourir?... Je sais que l'Amour rend toutes choses égales; j'ai entendu mon propre cœur confirmer cette heureuse vérité ; l'àme du ver sous la terre , dans l'amour et son culte, se confond avec Dieu !

Épouse! Sœur! Ange! Pilote d'un Destin dont la course a été si longtemps sans étoiles! 0 trop tard aimée! trop tôt adorée par moi! Car c'est dans les champs de l'immortalité que mon âme aurait dû pour la première fois rencontrer la tienne, la divine présence dans un séjour divin ; ou bien (>lle aurait dû se mouvoir près d'elle sur la terre, une ombre de sa substance, dès sa naissance; et non comme maintenant.... Je t'aime; oui, je sens que sur la fontaine de mon cœur un sceau est posé, afin de garder pour toi ses eaux pures et brillantes, puisque tu trouves tes délices dans ces pleurs. Nous.... ne sommes-nous pas formés, comme des notes de musique, l'un pour l'autre, quoique nous différions l'un de l'autre? Cette dilï'érence sans désa(!cord est telle qu'elle peut produire ces très doux sons, auxquels tous les esprits frémissent comme des feuilles tremblantes dans la brise ininterrompue.

Ta sagesse parle en moi et m'invite à éclairer comme d'un phare les rocs où des cœurs élevés ont fait naufrage. Je n'ai jamais été attaché à cette gi'ande secte qui a pour doctrine que chacun de nous doit choisir, en

dehors do la multitude, une maîtresse ou un ami, et abandonner tout le reste, fût-il beau et sage, à un froid oubli; quoique cette doctrine fasse partie du code de la morale moderne et qu'elle soit le chemin battu que de leurs pas lassés foulent ces pauvres esclaves, qui s'acheminent veis leur foyer au milieu des morts à travers la large grande route de ce monde, et font, ainsi enchaînés à un ami, peut-être à im jaloux ennemi, le plus lugubre et le plus long voyage.

L'Amour vrai dillère en ceci de lor et de l'argile, que le diviser n'est pas le faire disparaître. L'Amour est comme rentcndemcnl, qui ac(iiu('rl de la lumicic en conlemplant un grand nombre de vérités : il est comme ta i)ropre lumièi'c, ô Imagination! (pii de la terre (M du ciel, et des profondeius de Ibumaine fantaisie et de mille j)rismes et miroirs, lire les glorieux rayons dont elle remj)lit l'univers, en tuant le ver Erreur, avec les mille traits semblables au soleil de sou éclair réverbéré. Étroits soiU le cd-ui- (pii aime, le cerveau qui contemple, la vi«' (|ui consume, l'esprit ([ui eice un seul objet, ime seule forme, et s'y constiiiit un sépulcre ])Our son ('lernité !

L'esprit dillèi"e de son objet surtout en ceci : le mal dillère du bien; la misère du bonheur; l'abjection de la noblesse; l'impur et le fiagile de ce (|ui est ])ur et l'ait |)our dui'er. Si vous divisez la soullVance ou les scories, vous pouvez les diminuer jusqu'à ce (piCiles soient entièiement consumées ; mais si vous divisez le plaisir et l'amour et la pensée, chaque partie dé-passe le tout; et nous ne savons pas, tant (pi'il i-este une parcelle (pii ne soit i)as (livis(M\ combien de plaisir peut être gagné, coml»ien de cbagriii peut être «'•paigni'. C.i'tte

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vérité est la profonde source d'oii les sages ont tiré la lumière non enviée de lespérance; la loi éternelle en vertu de laquelle ceux-là vivent, pour qui ce monde de la vie est un jardin ravagé, et dont l'efTort tend à cultiver, en vue de la promesse d'une naissance ultérieure, le désert de cette terre Élyséenne.

Il y eut un Être que souvent mon esprit rencontra dans ses pérégrinations visionnaires, bien loin dans les l'égions supérieures, à la première aube dor radieuse de ma jeunesse, sur les îles féeriques d'une clairière ensoleillée, au milieu des montagnes enchantées et des cavernes du divin sommeil, et sur les vagues aériennes du rêve merveilleux dont le parquet tremblant soutenait ses légers pas. Sur un rivage imaginaire, sous la grise pointe de quelque promontoire, elle me rencontra, revêtue d'une gloire tellement excessive que je ne pus en soutenir la vue. Dans les solitudes, sa voix venait à moi à travers les bois pleins de chuchotements, sortant des fontaines, et des senteurs profondes des fleurs, qui, semblables à des lèvres murmurant dans leur sommeil les doux baisers qui les avaient bercées, ne respiraient que d'elle dans l'air énamouré; et des brises silencieuses ou bruyantes, et de la pluie de chaque nuage qui passait, et du chant des oiseaux d'été, et de tous les sons, et du silence même. Dans les mots d'un vers antique ou d'un sublime roman, dans une forme, un son, une couleur, dans tout ce qui maîtrise l'ouragan, qui étouffe le passé avec les débris du présent, et dans cette philosophie supérieure qui, pour ceux qui la goûtent, fait de ce froid et universel enfer, notre vie, un destin aussi glorieux qu'un ardent martyre, son Esprit était l'harmonie de la vérité.

Puis des cavernes de ma jeunesse rêveuse je m'élançai comme quelqu'un chaussé d'ailes de feu, et vers l'étoile jiolaire de mon unique d(''sir je menvolai, semblable à une phalène étourdie, dont le vol est comme celui d'une feuille morte dans la lumière du crépuscule, quand elle cherche dans la sphère immobile d'Hesperus une mort radieuse, un sépulcre de feu, comme si elle était une lampe de la flamme terrestre. Mais elle, insensible alors aux prières ou aux larmes, passait, dans le lugubre cône de l'ombre de notre vie, comme sur le trône d'une ])lanète ailée un Dieu dont les ailes brfdantes l'évenlent pour décupler sa vitesse; et comme un homme consterné d'une perle irréparable, je voulais la suivre, (|Uoi(|ue entre nous le londteau s'ouvrît béant connue un gouilre dont on ne voit pas les spectres, quand une voix dit : « 0 loi le plus faible des cœurs, le fantôme (lue tu cherches est à côté de toi! » — « Où? > dis-je aloi's, et l'écho du monde répondit : « Où? » Et dans ce silence et dans mon dési spoir, j interrogeai chaque veut miici qui passait sur ma tour désolée, lui demandant s'il savait où avait fui celle âiu<' hors de mon âme; je murmurai des noms et des charuies qui exercent un emigre sur les aveugles tyrans de notre destinée; mais ni prières ni vers ne purent dissiper la nuit qui se fermait sur elle, ni auc-aulir ce uiondc dans ce Chaos, qui (''tait moi, et dont elle était la I)iviiiil('' voih-e, je veux dire, ce monde de pens(''es qui lui icndaicnt un culte. Alors, en proie à l'espérance, à la crainte, à toutes les douces passions, malade jus(ju'à la mort, nourrissant uia course du souffle de l'attente, je continuai mon cheiuin dans la forêt iiivernale de noire vir; et luttant avec de vains cllorts au miliru de sou errciu-, tr(''buciumt dans

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ma faiblesse et ma précipitation, à moitié égaré par l'apparition de nouvelles formes, je passai cherchant, parmi ces ignorants habitants de la forêt, si je pourrais trouver une forme ressemblant à la sienne, sous laquelle elle aurait pu se masquer à mes yeux. Là, une forme, dont la voix était une mélodie empoisonnée, était assise près d'une source sous les bleus berceaux de la belladone. La respiration de sa bouche menteuse était semblable à des fleurs flétries ; son toucher était un poison électrique; une flamme sortant de ses regards m'entra dans les veines ; et de ses joues vivantes et de son sein s'écoula un air homicide qui perça comme le miélat la moelle de mon cœur vert, et s'étendit sur ses feuilles; jusqu'à ce que, semblables à une chevelure grisonnant sur un jeune front, elles cachèrent son printemps flétri sous les ruines d'un hiver prématuré.

Dans beaucoup de formes mortelles je cherchai inconsidérément l'ombre de l'idole de ma pensée. Les unes étaient belles, mais la beauté meurt et s'en va; d'autres étaient sages, mais les paroles mielleuses trahissent. L'ne fut vraie : oh ! pourquoi ne fut-elle pas vraie pour moi? Alors, comme un daim blessé qui ne peut plus fuir, je me retournai vers mes pensées, et restai aux abois, blessé, afîaibh et pantelant; le jour froid tremblait de pitié pour mon angoisse et ma peine, quand, semblable à une aurore étincelante comme le midi, la délivrance brilla de nouveau. Une forme se tenait sur ma route, qui semblait être à la forme glorieuse que j'avais rêvée, ce qu'est la Lune, avec le cercle restreint de ses phases, à l'éternel Soleil ; la froide et chaste Lune, la Reine des brillantes îles du Ciel, qui rend

belles toutes les choses auxquelles elle sourit, cet écrin errant de flamme douce mais glacée, (jui toujours, transformée, reste cependant toujours la même, qui néchauH'e pas, mais (]ui illumine. Jeune et belle comme l'Esprit descendu de cette sphère, elle m'abi'ita, comme la lune peut abriter la nuit de ses propres ténèbres, jusqu'à ce que tout fût brillant entre le Ciel et la Terre de mon esprit calmé ; et, comme un nuage voiture par le vent, elle me conduisit à une caverne en ce lieu sauvage, et s'assit à côté de moi, sa face illuminant d'en haut mes assoupissements, comme la Lune croissant et déclinant penchée sur Endymion. Et j'étais couché endormi, esprit et UKMubres, et tout mon être devint brillant ou obscur, comme limage de la Lune dans une mer d'été, selon qu'elle souriait ou sourcillait sur moi; et là, je l'cslai étendu dans un lit chaslc cl froid. Hélas! je n'étais alors ni vivant ni nioi'l ; car à sa voix d'argent vinrent la iMort et la Vie, oublieuses de leur lutte accoutumée, sous le masque de deux enfants jumeaux, une sœur et un frère, les espérances errantes d'une seule mère abandonnée; et à travers la caverne elles fuyaient sans ailes, et criaient : « Partons, il n'est pas de notre bande. » Je pleurai, et, quoique ce ne soit ([u'un l'ève, je pleui'e.

Quels ouragans ('branièrenl alors l'océ-an de mon sommeil, ellaeanl cette Lune, dont les lèvres pâles et évanescentes disparurent alors comme dans le malaise dune éclij)se ; cond)ien mon âme fut send)!;d)le à une mer sans luniièi'e, en |)r(»ie à sa propre tempête; et (|iiaiiil 1,11e, la IManele de celle heure, fut «'leiiUe, (|uelle gelée lauipa sur ces eauv, jiis(|uau moment où de liva^c en rivayc les values mouvantes de mon être

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tombèrent dans une mort de glace, inébranlable; et alors quels tremblements de terre la firent bâiller et se fendre, pendant que la blanche Lune lui souriait toujours, ces paroles le cachent. Sinon, chacune d'elles serait la clef d'intarissables larmes. Ne pleure pas pour moi !

Enfin, dans l'obscure Forêt, vint la vision que j'avais cherchée à travers angoisse et honte. Au milieu de ce désert glacé d'épines, ses mouvements firent éclater une splendeur semblable à celle du Matin, et de sa présence la vie fut irradiée à travers la grise terre et les branches nues et mortes; si bien que son chemin fut pavé et voûté de fleurs aussi suaves que les pensées de l'amour en boutons, et de sa respiration une musiqne émana comme une lumière ; tous les autres sons furent pénétrés du faible, silencieux et doux esprit de ce son, de telle sorte que les vents sauvages restèrent suspendus muets tout alentour, et des parfums chauds et frais tombèrent de sa chevelure, dissolvant le froid inerte dans l'air glacé. Douce comme une incarnation du Soleil quand la lumière se change en amour, cette glorieuse et unique Forme flottait dans la caverne où j'étais couché, et appelait mon Esprit, et l'argile rêvante fut soulevée par la chose qui rêvait au-dessous d'elle comme la fumée par le feu, et dans le rayonnement de sa beauté je me levai, et sentis que l'aurore de ma longue nuit me pénétrait de sa vivante lumière ; je reconnus que c'était la vision voilée à mes yeux pendant tant dannées, — que c'était Emily.

Sphères jumelles de lumière qui gouvernez cette Terre passive, ce monde d'amour, ce moi ; et dans leur germe réveillez tous ses fruits et toutes ses fleurs, et

dardez une puissance magnétique au plus profond de son cœur; qui soulevez ses vagues et ses brouillards, et par des lois éternelles guidez chaque vent et chaque marée à son nuage et à sa caverne destinée; qui endormez ses orages, chacun dans l'âpre tombeau qui fut son berceau, attirant sur les bosquets flétris les armées des averses ailées d'arc en ciel ! Semblables à ces lumières mariant leurs rayons, qui des tours du Ciel projettent au dehors leuis regards, et enveloppent le globe errant d'un sonnneil et d'une splendeur li(|uide, comme d'une robe, unissant leurs multiples inlluences confondues, égales mais diverses, pour concourir à une seule douce fin ; — vous de même, brillantes souveraines, alternant votre em|)ire, gouvernez la sphère de mon être, nuit et jour! Toi, sans dédaigner même une puissance empruntée, et toi, sans éclipser une lumière plus lointaine ! A travels l'ombre des trois saisons, du Printemps à la maturité flétrie de l'Automne, éclairez-le dans l'Hiver de la Tombe où il peut mûrir pour une floraison plus brillante! Et loi aussi, ô belle Comète enflanmiée, qui entiaînas le cœur de ce frêle Univers vers le tien ; jusqu'à ce (jue, naufrag<''s dans c<'ll(' convulsion, alternant entre l'attraction cl la lépulsion, le tien s'égarât cl que le sicM fût déchiré en deux, oh! flotte de nouveau dans noli'tt ciel azuré! Sois y à ton retour l'étoile levante de l'amour; le vivant Soleil te nourrira de son urne de feu d'or; la Lune voilera sa corne dans les derniers sourires; le Soir et W. Malin en adoiation te rendront un culte avec reiiceiis d'une calme haleine et avec des himièics et des ouibres, culte semblable à celui que icudent à l'étoih; de la Mort et de la Naissance ces sauvages sanirs qui s'appellent l'Kspt'ranee et la Crainte

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(leurs olTraiidos sont amoncelées sur le cœur); de ce divin sacrifice un Monde sera laulel.

Dame de mon cœur, ne méprise pas ces fleurs de pensée, ce faible germe qui de son cœur des cœ'urs met au jour une plante dont le fruit, devenu parfait par la vertu de tes yeux ensoleillés, sera comme le fruit des arbres du Paradis.

Le jour est venu où tu dois t'envoler avec moi. Pour tout ce qu'il y a en moi de pesante mortalité, reste une sœur, une vestale silencieuse ; mais à cette partie vivante, profonde, impérissable, qui nest pas mienne, mais qui est moi-même, sois désormais unie, comme une jeune

mariée, ravissante et ravie. L'heure est venue

L'Étoile fatale s'est levée qui doit descendre sur une prison vide. Les murs sont hauts, les portes sont solides, serrées les sentinelles ; mais jamais ces obstacles nont retenu l'amour vrai ; il franchit toute clôture, comme l'éclair, (jui de son invisible violence perce ses enveloppes; comme le libre souffle du Ciel, échappant à la main qui voudrait le saisir; comme la Mort, qui chevauche la pensée et se fraye son chemin à tiavcrs temples, tours, palais, rangs de bataille armés. L'amour est plus fort qu'elle et que tout le reste; car il peut briser son tombeau et affranchir les membres dans les chaînes, le cœur dans l'agonie, lame dans la poussière et le chaos.

Emily, un vaisseau flotte maintenant dans le port, une brise voltige sur le front des montagnes ; il y a un sentier sur le parquet azuré de la mer, sentier que nulle carène jusqu'ici n'a jamais labouré; les alcyons couvent autour des iles sans écume; le perfide Océan a abjuré ses arlilices ; les mariniers joyeux sont hardis et

libres; dis, sa'ur de mon ccL'ur, veux-tu voguer avec moi? Noli'e barque est semblable à un albatros, dont le nid est un Eden lointain de l'Orient empourpré; et nous nous assoirons entre ses ailes, pendant que la Nuit et le Jour, rOuragan et le Calme poursuivront leur vol, nos doeiles serviteurs, à travers la Mei- sans bornes, mareliant étourdiment sur les talons lun de l'autre. 11 y a sous les eieux de llonie une île, belle eomme une épave du Paradis; et, car les ports ne sont ni sûrs ni favorables, cette terre serait restée une solitude, si un peu])le de pasteurs n'y était né, qui dans l'air élyséen, clair et doré, a l'ccueilli le dernier souille de l'âge d'or; peuple sinq)le et doué d'âme, innocent et liaidi. La bleue Egée enveloppe celle demeure cboisie de bruits toujours changeants de lunnère et d'écume, baisant les sables tamisés, et les cavernes chenues; et tous les vents qui errent le long du rivage ondulent au gré de la mar(''e ondulante; il y a des bois épais où habitent des formes de sylvains; et mainte fontaine, ruisselet et lac, aussi <-laiis (pi'un diamant ('h'menlaire, ou l'air serein du Matin; et bien loin au delà, les traces moussues laissées par les chèvres et les daims (que le rude berger ne foule qu'une fois par an) aboutissent à des claiiières, des cavernes, des beiceaux et des salles avec des murs de lieri-e, des chutes d'eau (|ui les illuminent, et un bruil (]iii ne man(jue jamais d'accompagner les rossignols de midi. Tout ce lieu est peuple de doiic«'S brises ; le brillant vl clair élénu'nl qui baigne lile est chargé d»' la senteur des lleurs de citroimier, (jui Hotte comme ime l)ruine épaisse avec des averses invisibles el tombe sur les païqùèies connue un sonnneil alangui; ei du sein de la mousse i»ercenl des violettes el des

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jonquilles, dardant leurs parfums comme des traits dans la cervelle jusquà ce que vous vous évanouissiez sous cette d(''licieuse peine. Chaque mouvement, chaque odeur, chaque rayon, cluKiue sou est en harmonie avec cette piofonde musique; cest une âme dans lame; on diiait les échos d'un rêve d'avant la naissance. C'est une île suspendue entre le Ciel, l'Air, la Tern^ et la Mer, bei'cée dans une limpide tranquillité, aussi brillante que cet Eden errant, Lucifer, baignée par les suaves et bleus Océans dune jeune atmosphère. C'est im lieu favorisé. Jamais la Famine ou le Fléau, la Peste, la Guerre ou le Tremblement de terre n'ont paru sur les sommets de ses montagnes; vautours aveugles, ils poursuivent bien loin de ces bords leur fatal chemin. Les ouiagans ailés, allant chanter leurs psalmodies tonitruantes pour d'autres terres, laissent sur cette île des gouifres azurés de calme, ou se pleurent eux-mêmes en une rosée où ses champs et ses bois renouvellent sans cesse leur immortalité verte et d'or. Là de la mer s'élèvent et du ciel tombent de claires exhalaisons, suaves et brillantes, voile après voile, recelant chacune un charme particulier que le Soleil ou la Lune ou le Zejihyr recueillent jusqu'à ce que la beauté de File, comme une épousée nue, rayonnante à la fois d'amour et de grâce, rougisse et tremble de son ])ropre excès; cependant, comme une lampe ensevelie, une Anie n'en brûle pas moins dans le cœur de cette délicieuse île, un atome de l'Éternel, dont le sourire se déploie de lui-même, pour être senti, mais non vu, sur les rochers gris, les vagues bleues, et les forêts vertes, remplissant leurs nus et vides interstices.

.Mais la grande merveille de ce désert est une habita-

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lion solitaire; par qui et comment elle fut bâtie, personne de ces rustiques insulaires ne Ta jamais su; ce n'est pas une foi'teresse, quoique sa liaiiteur domine les bois; mais elle a été élevée poui" le jjlaisir par quelque sage et tendre Hoi de l'Océan, avant que le crime ait été inventé, à l'aurore de la jeunesse du monde, un prodige de ces simples temps, un oi)jet d'envie pour les îles, une maison de plaisance consacrée à sa su'ur et à son épouse. Cest à peine si l'on y reconnaît une épave de l'art bumain, c'est plutôt une œuvre Tilanique; après avoir pris sa forme dans le co'ur de la Terre, elle grandit dans les montagnes, sortant de la |)ierre vivante pour s'élever en cavernes brillantes et liantes; tous les symboles antiques et savants sont effacés, et à leur place le lierre et la vigne sauvage y entrelacent le fouillis de leurs mille blanches entortillées ; des (leurs |);u'asites illumiiu'iil de* leiu's gemmes de rosée les sombres salles, et, (juand elles sont llétries, le ciel perce à travers le réseau de leur trame d'hiver avec des plaques de lumière (\v lune, ou des atomes ac(''rés dc'toiles, ou des morceaux du join- iiilense et serein, traçant une mosaupie siu' leurs |)ar(|uels de Paros. Et, le jour el la null, au loin, (ki haut des lours et des Icrr'asses ('levées, la Terre el lOcéan seml)i<'iil dormir dans les bras l'un de l'autrct el rêver de vagues, »le (leurs, de nuages, de bois, de rochers, de tout ce (juc nous lisons dans leurs soui'ires, el (|iie nous appelons ri'-alilé.

(>elle île el celle maison scnit à moi. et j :ii jnre (pie

lu sei'ais la dame de celle solilnde Kl j \ ai arrangé

(|uel(|Meseliainlii'es (|iii regardenl du C('>|(' delOi-ienl d'oi', »'t s'ouvrent de plain-pied aux br-ises vivantes, qui cou-

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lent coinnie des vagues au-dessus des vivantes vagues inférieures. J'y ai envoyé des livres et de la musique, et tous les instruments dont se servent les esprits élevés pour évoquer l'avenir de son berceau, le passé de son tombeau, et faire durer le présent dans des pensées et des joies qui sommeillent, mais ne peuvent mourir, enveloppées dans leur propre éternité.

Notre vie simple a peu de besoins, et le véritable goût ne prend point à son service le pâle homme de peine qui s'appelle Luxe, pour gâter la scène quïl voudrait embellir ; mais la silencieuse nature avec tous ses enfants fréquente la colline. Le ramier dans le lierre en berceau prolonge sa plainte amoureuse, les hiboux voltigent le soir autour de l'habitation, et les jeunes étoiles brillent au milieu des rapides chauves-souris dans leur danse du crépuscule ; les daims mouchetés se couchent à la fraîche lumière de la lune devant notre porte, et la lente et silencieuse nuit se mesure aux palpitations de leur calme sommeil. Que ce soit là notre foyer dans la vie, et lorsque les années amasseront leurs heures flétiies, comme des feuilles, sur notre déclin, nous deviendrons le jour à jamais suspendu, l'âme vivante de cette île Elyséenne, conscients, inséparables, ne faisant qu'un. En attendant, tous deux nous nous lèverons, nous nous assoirons, et nous promènerons ensemble sous la voûte du bleu ciel de l'Ionie ; nous errerons dans les praiiies, ou gravirons les montagnes moussues, où les cieux bleus se courbent avec leurs vents les plus légers pour toucher leur amante ; ou bien nous nous attarderons là où le rivage, pavé de cailloux, sous les baisers vivants et pâmés de la mer, tremble et élincelle comme dans l'extase ; possédant tout ce qu'il y a dans cette calme

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enceinte de bonheur et en étant possédés, nous possédant lun lautre, jusqu'à ce qu'aimer et vivre ne fassent qu'un;... ou bien à l'heure de midi, nous irons où quek|ue vieille caverne blanche semble garder encore eudoi'mie la lumière de lune de la nuit expirée, sans que jamais le jour éveillé puisse y percer.

Un voile pour cacher notre retraite, aussi épais que celui de la Nuit, où un sommeil tranquille pouri'a tuer les lumières de tes yeux innocents; le sommeil, cette fraîche rosée delamour languissant, cette pluie dont les gouttes éteignent les baisers jusquà ce qu'ils se rallu- Kient de nouveau. Et nous caus(;rons jusqu'à ce que la mélodie de la pensée devienne trop douce pour l'expression, et qu'elle meure en paroles, pour revivre en regards, qui dardent leurs intonations pénc'liantes dans le cœur sans voix, faisant du silence une silencieuse harmonie. Nos souffles se mêleront, nos poitrines s'enchaîneront, et nos veines battront ensemble ; et nos lèvres, avec une autre éhxiucnce rpie celle des mots, éclipseront lAinc (pii brnic niti'c elles; et les sources qui boin'Iloiiiieiil sous les pins iiilinies <"ivités de notre être, les fontaines de notre vie la plus profonde se confondront dans la pureté d'or de la passion, comme les sources des montagnes sous le Soleil du matin. Nous deviendrons le même être, nous ne sei'ons plus qu'un esprit en deux corps... Oh ! ponrcpioi i\r[\\ ? l'ne seule p;ission eu t]ru\ <'(rurs jum<>aux, (pii gi-andit et s'étend juscpià ce (|ue, connue deux UK'téoi'cs de llannne (''j)an(lue, ces deux sphères embrasées par elle deviennent la «nême, se touchent, se mêlent, se transligurent ; biûlant toujours, et toujours inconsumables ; (ron\:nii nii Mlinicnl dans la substance l'une de laiilre, connue des llannnes trop

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pures, trop légries, trop ('thérées pour nourrir leur brillante vie d'une indigne pioie , qui se dirigent vers le ciel et ne peuvent jamais s'évanouir ; une seule espérance en deux volontés, une seule volonté sous l'ombre de deux esprits, une seule vie, une seule mort, un seul ciel, un seul enfer, une seule immortalité, un seul anéantissement ?

Malheureux que je suis! Les paroles ailées avec lesquelles mon âme voudrait pénétrer les sublimités du rare univers de l'Amour, sont des chaînes de plomb autour de son vol de feu ;.... je palpite, je tombe, je Iremble, j'expire !...

Faibles vers, allez , agenouiilez-vous aux pieds de votre souveraine, et dites-lui : « Nous sommes les maîtres de ton esclave ; que voulez-vous faire de nous et du nôtre et du tien ? » Puis appelez vos sœurs de la caverne de l'Oubli, et chantez bien haut: « La peine même de l'Amour est douce ; mais sa récompense est dans le monde divin, qu'il bâtit, sinon ici, au-delà du tombeau. » Ainsi vous vivrez quand je serai là. Alors hâtez-vous de visiter les cœurs des hommes jusqu'à ce que vous rencontriez Marina, Vanna, Primus, (1) et les autres; et in^itez-les à s'aimer l'un l'autre et à être bénis : laissez la troupe qui erre, et qui réprouve; et venez et soyez mes hôtes... car je suis celui de l'Amour.

(1) Sous le nom de Marina, il faut voir Mistress Shelley, et probablement, comme le conjecture M. Rossetti, sous celui de Vanna et de Primus, les Williams, les nouveaux amis de Shelley.

ADONAIS

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