CHOEUR
Dans le grand rnatin du monde, l'Esprit de Dieu déploya avec puissance le drapeau de la liberté sur le chaos, et tous ses despotes s'enfuirent par bandes comme des vautours épouvantés s'enfuient de l'Imaus, devant les pas du tremblement de terre. — Ainsi du sein de l'orageuse aurore du temps, la splendeur de la Liberté jaillit et brilla; Thermopyles et .Marathon, comme des montagnes illuminées par des fanaux, s'allumèrent à sa flamme jaillissante. La gloire ailée s'abattit à moitié sur les champs de Philippes comme un aigle sur un promontoire. Ses ailes infatigables purent éventer les cendres inextinguibles de iMilan (l). D'âge à age, d'homme à homme, elle vécut et embrasa de plage en plage Florence, Albion, la Suisse.
Puis la nuit tomba ; et comme du sein de la nuit, reprenant son vol enflammé, la rapide Liberté vint de l'Ouest, contre le cours du ciel et du destin, un second soleil revêtu de flamme, pour brûler, allumer, illuminer. De la lointaine Atlantide ses jeunes i-ayons chas-
(1) Milan fut le ccnlrt* île resistance de la Ligue lombarde contre le tyran austrien. b'reilerio Barberousse brûla la cité jusqu'à ses fondements ; mais la liberté vécut dans ses cendres, et s'éleva comme une exhalaison de ses ruines. Voir Vllistoirc des Républiques Italioinos de Sisniondi, livre qui a beaucoup concouru à réveiller chez les Italiens le désir de marcher sur les traces de leurs grands ancêtres. S.
316 œiVRES POÉTIQUKS DE SHELLEY
sèrent les ombres et les rêves. La France, avec toutes ses vapeurs de sanc^, la cacha, mais sansléteindre ; et la voilà ([iii de nouveau à travers les nuages fait i)l(Mivoir ses traits de gloire des limites de lextrème Germanie à l'Espagne.
Connue une aigle, nourrie des rayons du matin, dédaigne l'avertissement de la tempête rang('>e en bataille, alors qu'elle regagne son aire aérienne suspendue dans la chevelure des cèdres de la montagne, et que sa couv(''e attend le bruit de ses ailes à ti-avers l'air sauvage, malade de faim; ainsi à (;e qui reste de la Grèce la Liberté aujourd'hui revient. Ses blanches ruines élincellent comme les montagnes de l'Orient perdues dans le jour. Sous le sûr abri de ses ailes, ses nourrissons régénérés jouent et dans les éclairs nus de la vi'-rité retrempent leurs yeux éblouis. Que la Liberii' laisse partout où elle vole un désert ou un pai'adis ! Que le beau et le bi'ave partagent sa gloire ou son tombeau !
PREMU'.R DEMI-CnOiUR
Des dons de l'allégresse la Grèce a semé ton berceau.
DEi'xn>,ME DEMi-cnoiun
Des larmes de la tristesse la Grèce a ai-ros»' ton linceul.
PREMIER DEMI- CIIOErR
Avec rafleclion d'ime orpheline elle a suivi la bière à travers le temps.
DEixubrE i)EMi-r.n(ii,iR Kt à ta résurrection, elle reparaît, comme toi, sublime !
PPxEMIER DEMI-CIIOKLR
Si le ciel devait le rciJiendre , son esprit montera jnsqu'au ciel.
DEUXIÈME DEMI-CHmiR
Si l'enfer devait t'ensevelir, ses cœurs élevés descendront jusqu'à l'enfer.
PREMIER DEMI-CnœUR
Si l'anéantissement....