TROISIÈME FRAGMENT
C'était pendant la saison où la Terre s'éveille de son sommeil. Comme l'enfant d'une sphère angélique, ombrageant ses yeux de ses ailes vertes et d'or, se tient devant sa mère brillante et douce, dont l'air semble attendre la voix suave, de même elle se tenait devant le soleil, qui étincelait et souriait de voir s'éveiller ainsi joyeuse de ses rêves la Terre rafraîchie et radieuse. Le bocage blanchi devenait vert, et les fleurs s'ouvraient en éclatant comme des rayons d'éloilos. L'herbe tressaillait et sagilait dans la chaleur du soleil, et les bourgeons des fleurs de mer éclataient sous les vagues sereines. Combien alors, quoiqu'ils n'aient pei'sonne près d'eux à aimer, aiment l'ombre même de leur âme, à moitié vue dans quelque miroii', ou les jeunes mignons du Printemps, les feuilles ailées au milieu des taillis veits! (^lombieud'esjjrits alors, s'envolaul sur les ailes de la fantaisie, dépassent le veut qui (raine et leurs propres pas, et sur des espaces sans bornes glissent dans leur char traîné par le rêve, loin et vite, plus rapides que les ouragans, — pendant (|u'au-dessous d'eux le vaste monde dis])arait, — (piand l'hiver et le découi'agemenl sont passés !
Ce fut dans celte saison (pie le Prince Atliaiiase traversa les blanches Alpes, ces montagnes (pii délient les
aigles, endormies dans leurs linceuls de neige. Le long des chemins, les chutes d'eau étaient sans voix ; car jeurs sources étaient changées alors en mines de cristal sans soleil, ou taillées par les vents glacés en facettes de diamants, comme des ailes dairain retentissant au front de marbre des montagnes, restaient suspendues et remplissaient d'une lumière gelée le gouffre d'en bas