‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 12 sur 138 · A WILLIAM SHELLEY · texte numérisé non relu

A WILLIAM SHELLEY

Les vagues sautent autour de la grève : la barque est faible et fragile ; la mer est noire, et les nuages qui l'enchaînent sèment de sombres rafales. Viens avec moi, délicieux enfant, viens avec moi ! Quoicjue la vague soil fai"oiu-h(\ el les v<'nls (h'chainés, nous ne devons pas rester, on bien les esclaves de la loi peuvent le déchirer et te jxi'dre.

il) Le plus jeune lils de Shelley, (|uil avait eu de Mary Wollonesciatl. Il veut l'emmener loin de lAuf^leterre, afin ipiil n'ait pas le s(»rt de ses deux premiers enfants, qui lui ont été enlevés au nuni de la loi ant^laise.

Ils ont pris ion cher frère et ta chère sœur ; ils ont si bien fait qu'ils ne sont plus rien pour toi ; ils ont flétri le sourire et séché la larme qui pour moi aurait dû être sacrée. Ils les ont enchaînés, esclaves dans l'aube de leur jeunesse, à une foi corruptrice et à une cause criminelle; et ils maudiront mon nom et le tien, parce que nous sommes sans crainte et libres.

Viens, aimé comme tu l'es ! Un autre dort silencieux près du cœur inquiet de ta douce mère, que tu rempliras de joie par tes beaux sourires d'étonnement jetés sur ce qui nous appartient en propre, et qui sur des plages lointaines sera pour toi le plus cher des camarades de jeux.

Ne crains pas que les tyrans régnent à jamais, ni les prêtres d'une perverse foi ; ils sont sur le bord de ce courant en furie dont ils ont infecté les eaux du poison de la mort. Il s'alimente aux profondeurs de mille vallées ; autour d'eux il écume et bouillonne et se gonfle ; je vois leurs épées et leurs sceptres flottant comme les débris d'un naufrage sur le flot de l'éternité.

Repose-toi, repose-toi, ne pleure pas, doux enfant ! Crains-tu le balancement de la barque, et le froid embrun et le bruit sauvage ? Assieds-toi là entre nous deux, toi le plus cher des enfants, enti-e moi et ta mère ! Nous connaissons bien l'orage qui te fait ainsi trembler, avec tous ses tombeaux noirs et affamés, moins cruel que les sauvages esclaves qui nous pourchassent sur ces vagues qui nous abritent.

Cette heure sera dans ta mémoire un rêve des jours depuis longtemps oubliés ; bientôt nous habiterons près de la mer azurée de la sereine et brillante Italie, ou de la Grèce, la mère des hommes libres ; et j'apprendrai à

ta langue enfantine à appeler ces anciens héros dans leur propre langue, et je moulerai ton esprit grandissant dans la flamme du savoir de la Gièce, afm que sous ce nom tu puisses revendiquer le droit de naissance d'un patriote.

VERS

Ce temps est mort pour toujours, enfant, — englouti, glacé,' mort pour toujours! Nous regardons vers le passé, et nos yeux hagards regardent avec stupeur les spectres gémissants , pâles et lugubres des espt'rances que toi et moi nous dérobions à la mort sur le sombre fleuve de la vie.

Le courant que nous regai'dions alors s'est enfui en roulant ; ses vagues ne connaissent pas le retour ; mais cependant nous sommes sur une plage solitaire, semblables à des tombes qui marquent le souvenir des espérances et des craintes qui s'évanouissent et s'envolent dans la lumière de l'obscur matin de la vie.

VERS A m CRITIQUE

Qui peut des vers à soie tirer du miel, ou de la soie (le la jaune abeille '! Le ga/.ou peut croîtr(; (;n la saison d'hiver, aussi fa(;ilement que la hain(^ eu moi.

Hais les hommes de cant et de prière, des hommes qui raillent comme toi ; ils te paieront de la même monnaie, car ils u ont pas la même léseive (jue moi.

Ou cherche quelque esclave du pouvoir et de l'or, pour en faire le cher compagnon de ton cœur ; ton amitié pourra toucher ce froid bigot, plus tôt que moi ta haine.

Une passion comme celle que j'éprouve ne saurait se diviser ; je hais en toi le manque de vérité et damour ; comment pourrais-je alors te haïr ?

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