‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 130 sur 138 · A MARY · texte numérisé non relu

A MARY

Le monde est lugubre, et je suis las d'y errer sans toi, Mary ; il y avait toujours de la joie dans ta voix et dans ton sourire, et celte joie est partie, quand j'aurais dû pai'tir aussi, Mary.

Suivez-moi dans les profondes herbes du bois, suivezmoi à l'étroit vallon d'églantiers sauvages, où nous nous enfonçons pour nous entrelacer, et où la violette dit son conte à la brise parfumée ; car toutes deux elles ont assez à faire de ce qui nous occupe vous cl moi.

Et qui ressent maintenant la discorde ou le chagrin ? L'amour est aujourd'hui l'univers ; ils sont les esclaves de l'obscur demain, enténébrant les chemins du labyrinthe de la vie.

A la création de la terre, le plaisir, celle très divine progéniture, jaillit du sol du ciel, enveloppé de douces mélodies sauvages, — semblable à une exhalaison s'enguirlandant au son de laii- rcspiianl tout bas à liavers

les pins Eoliens, qui fout un ombrage et uu abri au lac d'où elle s'élève douce et lente; ses membres respirant la vie flottaient dans l'harmonie divine d'une ligne s'étendant toujours qui enveloppait sa forme achevée d'une beauté claire et chaude.

Une touchante histoire de deux jeunes amants, qui se rencontrèrent dans l'innocence et moururent dans le chagrin, et d'un cœur égoïste dont l'amertume s'attache à eux comme une malédiction. Etes-vous lents à emprunter à un tel conte le trésor de la vérité ? Ou bien dans la vallée déserte de ce monde, ne voyez-vous pas une étoile d'allégresse percer les ombres de sa tristesse, quand vous êtes froids ? Cet amour est une lumière envoyée du ciel, lumière inextinguible, pour réjouir l'innocent.

Vous, douces visites de calmes pensées ! conceptions semblables aux souvenirs d'une terre plus heureuse, qui venez enveloppées de pensées de peu de valeur, comme les étoiles voilées dans des nuages par de faibles brises ! — Mais les nuages s'en vont et les étoiles restent, et tandis qu'elles restent, vous, hélas ! vous partez !

Je suis ivre du vin de miel de l'églantine déployée par la lune, que les fées recueillent dans des coupes d'hyacinthe. Les chauves-souris, les loirs et les taupes dorment

dans les murs ou sous le gazon de la terre désolée du château. Et, quand ce vin est répandu sur la terre en été ou que ses lumées montent parmi la rosée, leurs rêves agréables sont pleins de liesse ; ils murmurent leur joie dans le sommeil ; car peu d'entre les fées portent ces coupes si nouvelles....

Quelqu'un t'a chantée, qui n'a pas fini sa chanson; semblable aux aurores mensongères qui meurent en naissant, semblable aux coupes vides dor, ciselées par l'art dédalien, qui se moquent des lèvres, en n'oUranl que de l'air à leur soif.

Il y a une chaude et douce atmosphère autour de la forme de celle que nous aimons, et connue dans une tendre brume nos âmes sont enveloppées dans le {rayonnement) de ce qui est pour nous la santé de la vie de notic propre vie.

Qu'il est doux de s'asseoir et de lire les contes des puissants poètes, et d'enlendie toujours la suave nuisique, lorsque l'allention tombe, remplir la pause obscure !

Peuple d'Angleterre ! vous qui peinez et gémissez, qui moissonnez des récoltes qui ne sont pas à vous, qui tissez les vêtements que portent vos oppresseurs, et vous revêtez de l'air inclément ; qui bâtissez de chaudes maisons vous êtes comme des dieux qui leur donnent tout ce qu'ils ont, et les nourrissent du berceau à la tombe !

Ce que les hommes gagnent honnêtement, ils peuvent le posséder ; et les enfants peuvent hériter de la paresse de celui qui la gagne. On le comprend, une injustice privée peut être un bien général. Mais celui dont le gain est dû au crime ignoble et armé, ou à la fraude coupable, ou à d'infâmes complaisances, peut être dépouillé, de même qu'on arrache à un voleur convaincu l'habit qu'il a volé, et qu'on le laisse, lui, dans la nudité de l'infamie.

Ne réveille pas le serpent — de peur qu'il ne sache quel chemin prendre pour s'en aller. Laisse le ramper pendant qu'il dort, couché dans l'herbe épaisse de la prairie. Pas une abeille ne l'entendra ramper ; pas un moucheron de mai ne s'éveillera, secoué dans la clochette bleue qui lui sert de berceau ; ni la lumière de l'étoile, pendant qu'à travers l'herbe il gHsse silencieusement.

Rome est tombée, vous la voyez gisante, entassement de ruines confuses ; seule la nature ne meurt pas !

Les capricieuses alternatives de la pluie, quand le vent froid, languissant comme sous la peine de sa propre lourde humidité, la pousse çà et là à travers l'atmosphère grise et sans rayons.

Je suis un esprit qui a habité dans son cœur des cœurs; j'ai senti ses sentiments, et j'ai pensé ses pensées, et j'ai connu la conversation intime de son âme, des intonations qui ne se font entendre que dans le silence de son sang, quand toutes les pulsations dans leur multitude sont limage du calme tremblant des mers pendant l'été. J'ai ouvert les mélodies d'or de son âme profonde, comme avec une maîtresse clef, je les ai épanchées, et m'y suis baigné moi-même, comme un aigle dans un brouillard orageux, revêtant ses ailes d'éclair.

N'est-ce pas assez d'aujourd'hui ? Pouiquoi regarder dans les ténèbres du jour à venir ? Demain n'est-il pas comme hier, et le jour qui vient changera-t-il ta destinée ? Peu de fleurs poussent sur le chemui de l'hiver ; et qui t'attend dans ce morne foyer d'où tu t'es enfui, 011 tu dois retourner chargé du fardeau qui t'accable et te désole ?

Est-ce que clans une sphère plus brillante nous nous séparerons des amis que nous y rencontrerons ? Ou bien voyons-nous l'Avenir passer sur l'obscur miroir du Présent ? Ou qu'est-ce qui fait que nous semblons rapiécer les fragments d'un rêve, dont une partie se réalise, et dont l'autre bat et tremble dans le cœur ?

Ce qu'est le lever du soleil à la nuit, le vent du nord aux nuages, le vol embrasé du tremblement de terre ruinant les solitudes de la montagne, éternelle Italie, que ces espérances et ces craintes le soient sur toi !

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