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LA MASCARADE DE L'ANARCHIE

POÈME ÉCRIT A l'oCCASION DU MASSACRE DE MANCHESTER

Un jour, on Italio, comme j'étais endormi, il vint une voix de la haute mei', dont l'irrésistible puissance m'entraîna dans le champ des visions de la Poésie.

Je rencontrai sur le chemin le Meurtre. Il avait un masque ressemblant à Castlereagh. Son regard était doux, et cependant horrible ; sept chiens de sang le suivaient.

Tous étaient gras ; et ils pouvaient bien être en merveilleux état, car un par un, deux par deux, il leur jetait des cœui's d'hommes à dévorer, quil tirait de dessous son vaste manteau.

Après venait la Fraude; elle avait, comme loid Eldon, une robe d'hermine ; ses grosses larmes, car elle savait bien pleurer, se changeaient en meules de moulin, à mesure qu'elles tombaient ;

Et les petits enfants qui jouaient étourdiment autour de ses pas, prenant chaque larme pour un diamant, s'y brisaient la tête (l).

(Il Shelley affectionnait cette image si énergique empruntée à Shakespeare : nous hi retrouvons plus loin dans Sircllfoot Ti/ran, p. 120.

« La quatrième et la cinquième strophe, dit Hunt dans la belle préface qu'il a mise en tète de ce poème, offrent une

Revêtue de la Bible, eomme de la lumière et des ombres de la nuit, semblable à Sidmoulli (1), venait ensuite l'Hypocrisii» montée sur un erocodile.

Et beaucoup d'autres Desiru(;tions jouaient dans eelte mascarade de spectres, toutes déguisées, jusqu'aux yeux mêmes, en évêques, hommes do loi, pairs ou espions.

En dernier lieu venait l'Anarcliic ; elle élait montée sur un cheval blanc, tout éclabousse'' de sang ; elle ("lait pûle jusqu'aux lèvres, connue la Mort dans l'Apocalypse.

Et elle portail une couronne royale, et dans sa main un sceptre brillait ; sur son l'roiU je vis cette inscription : « Je SUIS Dieu, et Koi, et Loi. »

D'un pas ferme rt rapide sur la terre anglaise elle passa, foulant dans un bourbier de sang la midtitude qui l'adorait.

Et autour d'elle une puissante troupe ('branlait le sol de ses tr(''|)ign('ments, chacun brandissant une <''|)(''e sanglante au service de son maîtr(\

Dans un glorieux lriom|)he, ils chcvaucbaicnt à travers l'Angleterre, fiers et gais, ivres juscju'ii l'intoxicalion du vin de la (h'solation.

Sur les champs et les villes, de mer à mer, le collège passait rapide et libi-e, (h'chirant et écrasant jus(|u'à ce (|u'il arrivât à la ville de Londres.

Et cha(|U(' li:\bilanl, lrapp('' de panicpic, sciuil s(»n

iiiliisioii (|iii devient bien louclianle. (nianii on songe à ce que Sliclley ilul ressentir en les écrivant. Il pensait à ses enfants, (jui lui .ivaienl clt' enlevés par le feu lord Clianctdier Kldiui. ■• ill I^ord Sidmoulli. clianceiier de réchiquier, i)lusicurs fuis luinislrc. 1res dévoiu- au roi Georges III.

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cœur navré de terreur, en entendant le cri de tempête du triomphe de l" Anarchie.

Car avec pojnpe vinrent au-devant d'elle , revêtus d'armures comme de sang et de flammes, les assassins gagés, qui chantaient: « Tu es Dieu, et Loi, et Roi!

« Nous avons attendu, faibles et solitaires, ton arrivée, ô Seule puissance ! nos bourses sont vides ! nos glaives sont froids ! donne-nous gloire, et sang, et or ! »

Hommes de loi et prêtres, foule bigarrée, inclinèrent jusqu'à terre leurs pâles fronts , murmurant comme une prière mauvaise, qui n'ose se faire entendre : « Tu es la Loi et Dieu ! »

Puis tous crièrent à l'unisson : « Tu es Roi, et Dieu, et Seigneur! Anarchie, nous nous inclinons devant toi; que ton nom soit sanctifié désormais ! »

El le squelette Anarchie s'inclina en grinçant des dents devant chacun d'eux, aussi bien que si son éducation avait coûté dix millions à la nation.

Car elle savait que les palais de nos rois étaient la nuit siens ; siens, le sceptre, la couronne et le globe, et la robe tissée d'or.

Aussi elle envoya en avant ses esclaves s'emparer de la Banque et de la Tour, et se mit en marche pour aller au-devant de son Pai'lement gagé.

Alors une forme passa, une vierge en démence, et son nom était Espérance ; elle parla ; mais elle ressemblait plutôt au Désespoir ; et elle cria dans l'air:

« Le Temps, mon pèri', est débile et gris à force d'attendre un meilleur jour : voyez comme il se tient là semblable à un idiot, tâtonnant avec ses mains tremblantes !

« Il a eu enfant sur enfant ; et la poussière de la

mort s'ost accumiili'c sur (huciin d'eux excepté sur moi... Misère ! Oh ! Misère ! »

Alors elle s'étendit dans la rue, toute droite devant les pas des chevaux, attendant d'un œil i)atient le Meurlre, la Fraude et l'Anarchie ;

Lorsque entre elle et ses ennemis, une brume, une lumière, une image s'éleva, petite d'abord, faible et frêle, comme la vapeur d'une vallée.

Mais bientôt, comme les nuages grandissent au souflle du vent, semblables à des g(''ants couronnt's de tours aux l'apides enjamlx-es, et lancent en fuyant d'éblouissants éclairs, et parlent au ciel avec la voix (Ui tonnerre ;

Ainsi cette forme grandit, icvètue dune armure plus brillante que l'écaillé de la vipère, et portée sur des ailes dont le grain <''tait comme la lumière d'une pluie ensoleilh'c.

Sur son cimier rayonuail au loiu une planète semblable à celle du matin; cl à ti'avers ses ailes |)leuvait sa lumière c(nnme une on<lee de rosc'e cramoisie.

Avec un pas aussi (hnix (pie la brise, elle passa sur les tètes des hommes ; si rapide (piils recoiuuu'ciU sa pn''seuee et regardèrerU... «'t tout l'air élail vide !

(ionmie les (leurs se rt'veillent sous h's pas de Mai, connue les («loiles s'i'parpillenl de la chevelui'e d(''nou(''e de la .Xuil, counne les vagues se lèvent cpiatid les venls releiuissanls les appellent, ainsi les pensc'es jaillii'cnt partout où tombèrent ses pas.

El la mullilude prosterné-e leva les yeux, regarda... Et, les pieds enloiicc's jus(prà la clieville dans le sang, rEsp(''raiice, celle vierge très sereine, inarcliail avec un visage trancpiille.

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