EXHORTATION
Les caméléons se nourrissent de lumière et d'air ; la
(1) M. RosseUi présume avec raison que ce poème est celui rpie Siieliey envoya à Mistress Gisi)orne le 8 mai 1820 avec la remarque suivante : « En excuse de mon lneurai)ie stupidité, je vous envoie ce petit rien sur les poMes; il pourra aussi servir d'excuse pour NVordswortli. ■■
ŒUVRES l'OÉTIQUKS DE SIIELLEY
nouiTiliu'c (lu ytoi'lc csl l'ainoiir cl la gloire. Si, dans ce vaste monde d'angoisses, les poètes pouvaient se la procurer avec aussi peu de peine que les caméléons, changeraient-ils toujours aussi de couleur, comme les brillants caméléons, la modifiant avec; chaque rayon vingt fois par jour?
Sur cette froid(^ terre, les poètes, comme les caméléons, pourraient être cachés dès leur première naissance, dans une caverne sous la mer. Là où il y a lumière, les caméléons changent ; là où il n'y a pas d'amour, les poêles changent aussi. La gloire est un amour déguisé ; s'il en est peu qui rencontrent l'un ou l'autre, ne regarde/ pas connue étrange que les poètes soient du nombre.
Ce|)en(lant n'ose/ pas souiller de richesse ou de pouvoir le libre et céleste espi'il diin poète. Si les brillants caméléons pouvaient avoir d'auti'e nourriture que les rayons et le vent, ils deviendraient bientôt aussi terrestres que leiuvs frères les lézards. Enfants d'un astre plus <'nsoleillé, esprits émanés des régions au delà de la lune, — oh! refuse/, ce bienfait I