‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 5 sur 138 · SUR LA MORT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT

• Il n'y a ni fiavail, ni projet, ni sricnce ni sagesse dans le lonibcaii, on tu vas, »

(ECCl.K.SIASTE,)

Le pâle, le froid, le lunaire sourire que la lueur de mél(''ore d'une nuit sans ('toiles verse sur une île solitaire cl ccinle par la mer, avant l'aube de la lumière victorieuse du matin ; telle est la (lammc de vie si inconsl;mte et si blême qui voltiiic aiilmir de nos pas jusqu'à ce (|ue leur force ne soit plus,

0 homme! affermis-loi dans le courage de l'âme à travers les ombres orageuses de la roule terrestre, et les vagues de nuages qui roidcnt autour de toi s'endormi-

ront dans la lumière d'un jour merveilleux, où l'enfer et le ciel l'abandonneront, libre, à l'univers de la destinée.

Ce monde est la nourrice de tout ce que nous savons, ce monde est la mère de tout €e que nous sentons, et la venue de la mort est un coup terrible pour un cerveau qui n'est pas cerclé de nerfs d'acier, alors que tout ce que nous savons, ou sentons, ou voyons, passera comme un mystère sans réalité.

Les secrets du tombeau sont où doivent être assurément toutes choses, excepté la forme humaine, bien que l'œil si finement ouvragé et la merveilleuse oreille ne doivent plus vivre pour entendre ou pour voir tout ce qu'il y a de grand et tout ce qu'il y a d'étrange dans le royaume sans limites du changement sans fin.

Qui peut raconter une histoire de cette mort qui ne parle pas ?... soulever le voile de ce qui est à venir? Qui peut peindre les ombres qui peuplent ces vastes labyrinthes de tombes souterraines ? Qui peut unir l'espérance de ce qui sera avec la crainte et l'amour de ce que nous voyons ?

UN SOIR D'ÉTÉ DANS UN CIMETIÈRE A LEGHLADE (Gloucestershire)

Lo vent a balayt' de rimmense atmosphère cliaque vapeur (|ui ohseureissait le rayon du soleil eouchant, et le pâle soil' entrelace sa ehevelui'c l'ayonnant»' en tresses de plus en plus sombres autour des yeux languissants du joui" ; silence et en'puscule, abhorrés des hommes, viennent en rampant, la main dans la main, de cette obscure valh'e là-bas.

Ils exhalent leurs charmes du côt*' du jour (|ui s'en va, enlaçanl la lei're, l'air, les ('toiles et la mei' ; lumière, son, monvemeril, reconnaissent leui' puissant empire, et répondent à leur eiiciianlement avec leur propi'e mystère. Les vents sont silencieux, ou l'herbe sèche de la tour de l'é-glise ne sent |)as h'ur douce impulsion quand ils passent.

Toi aussi, niasse aeriemie. doiit les pinacles s'(''lancent d'un seul sanctuaire c(»nMne des pyramides de (eu, tu obéis en sih'nce à leui's doux et solennels enciiantemenls, tu revêts des couleurs du ciel Ion obscui'c et lointaine aii,Miille, et autoiu'de sa point<' eflib'e et invisible se n'Unissenl au milieu des ('-toiles les miaires de la miil.

Les morts dorment dans leurs sépulcres; et pendant qu'en dormant ils tombent en poussière, un murmure qui fait tressaillir, moitié sensation, moitié pensée, se remue dans les ténèbres, exhalé de leurs lits de vers autour de toutes choses vivantes, et qui, se mêlant à la nuit silencieuse et au ciel muet, fait sentir, sans qu'on l'entende, son terrible chut.'

Ainsi pénétrée de solennité et de charme, la mort est douce et sans terreurs comme cette nuit très sereine. Ici je pourrais espérer, comme un enfant indiscret qui joue sur des tombeaux, que la mort cache aux yeux humains de doux secrets, ou qu'à côté de son sommeil sans haleine les rêves les plus charmants veillent à jamais.

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