LA QUESTION
Je rêvais que, pendant que j errais par le chemin, tout à coup l'Hiver nu fut changé en Printemps; et de doux parfums égarèrent mes pas, mêlés aux sons des eaux murmurantes, le long d'une pelouse en pente, qui s'étendait sous un taillis, et osait à peine jeter ses bras verts autour du sein du couiant, mais le baisait, et puis s'enfuyait, comme vous pourriez le faire en songe.
Là croissaient les gentianes bariolées et les violettes,
(les pàquei'eltos, ces arctures perlées de la terre, la fleur constellée qui ne se repose jamais ; les IVéles primevères, les tendres campanules, dont la naissance fait à peine soulever le gazon, et cette haute fleur (1), qui, semblable à un enfant qui pleure à la fois de tendresse et de joie, mouille le visage de sa nièie avec les larmes recueillies du ciel, quand elle entend la voix basse de la brise, sa compagne de jeux.
Et dans la chaude haie poussaient la sombre églanthie, le vert houblon, et l'aubépine aux couleurs de lune, el les fleiws de cerisier, et les blancs calices, dont le vin était la l)rillanle rosée, non encore bue par le jour, H les roses sauvages, et le lierre qui serpente, avec ses noirs boutons et ses feuilles vagabondes : et toutes sortes de fleuis, az.urées, sombivs, rayées d'or, plus belles que celles (jua jamais vues aucun soir à son réveil.
Et plus près du bord tremblant de' la rivière poussaient les larges glaïeuls, velus de pourpre et de blanc, et les boutons de rivièn; étoiles au milieu des glaïeuls, et les lis d'eau flottant, larges et brillants, éclairant le chêne suspendu sur la haie des rayons de lune de leur lumièi'e li(|ui(le, el les joncs et les roseaux dont le verl sombre reposait de leur sobre éclat les yeux ('blouis.
Il me seud)lail que de ces fleurs ivvi'es je faisais un bou(piet, oîi ces enfants des Heures gardaient, emprisonnées dans ma main, les mêmes nuances, le même arrangenuMil, où elles étaient confondues el diversifiées dans leurs berceaux naturels ; et alois, lier et joyeux, je nie liàlai de regagner le lien ddii j'étais venu, alin de |)ouvoir lOlfrir !.. oh ! à qui /
(1) L'Aspiiodi'lf on le Narcisse.
PETITS l'UÉMLS 173