‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 8 sur 138 · LE COUCHER DU SOLEIL · texte numérisé non relu

LE COUCHER DU SOLEIL

Il y avait nagiièivs un lioiumc dans lètre subtil duquel, commo la lumière et le vent dans quelque nuage délieat qui s'évanouit au milieu du ciel bleu sous le soleil de midi, le g('>nie (>t la mort ('talent aux prises. Personne ne saurait imaginer la douceur de la joie qui fil pâmer son haleine, ainsi que les extases de lair d'été, quand, avec la dame de son amour, ([ui alois pour la première fois connut l'abandon de deux êtres confondus, il se promenait le long du sentier d'un champ, ombragé à l'est d'un bois blanchissant, mais qui à l'ouest s'ouvrait vers le ciel... Maintenant, le soleil a disparu; mais des lignes d'or, sus[)endues sur les images ccndn'S, sur les pointes du long talus de gazon et les lleurs qui s'inclinent, sur la l)arbc blanchie du vieux pisseidit, se mêlent aux ombres du crépuscule, et s'étendent sur la masse brunie des bois. A l'est la large lune enllanunc'e s'est lev(''e lentement entre les troncs noirs des arbres serri's, jiendaiU (|ue les pâles ('toiles se rassend)laient sur nos têtes. — « N'est-il pas ('trange, Isabelle, dit le jeune homme, (|ne Je n'aie jamais vu le levei" du soleil? Nous viendrons demain nous [promener ici ; et tu le verras avec moi. »

Cette nuit-là, le jeune homme et sa dame la passèrent unis dans lamour et le sommeil ; mais quand vint le matin, la dame trouva son amant mort et froid. Que personne ne croie que Dieu fit preuve de miséricorde en frappant ce coup. La dame ne mourut pas, et ne devint point folle ; mais elle vécut bien des années encore... En vérité je pense que sa résignation, sa patience et ses tristes sourires, sa volonté de ne point mourir, mais de vivre pour soigner son vieux père, étaient une espèce de folie, si la folie consiste à ne pas ressembler à tout le monde. Car rien que la voir, c'était lire un conte arrangé par quelque ingénieux poète pour fondre les cœurs les plus durs dans une douleur qui enfante la sagesse ; ses yeux étaient noirs, sans éclat et éteints ; ses cils étaient consumés par les larmes ; ses lèvres et ses joues étaient comme mortes, tant elles étaient pâles ; ses mains étaient amaigries, et à travers leurs veines errantes et leurs frêles articulations on pouvait voir la lumière vermeille du jour. La tombe de ton être mort, qu'habite nuit et jour une ombre tourmentée, pauvre enfant pei'du, c'est tout ce qui maintenant reste de toi !

« Héritier de plus de bien que n'en saurait donner la terre, calme sans passion, et silence sans reproche, — soit que les morts trouvent, oh ! non pas le sommeil, mais le repos, et soient véritablement ce qu'ils semblent être, des choses qui ne se plaignent pas; soit qu'ils vivent, et descendent dans la profonde mer de l'amour, — que mon épitaphe, comme la tienne, soit celle-ci : Paix ! » Ce fut le seul gémissement qu'elle fit jamais entendre.

Bishopgate, printemps 1816.

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