‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 90 sur 138 · LES FUGITIFS · texte numérisé non relu

LES FUGITIFS

Les eaux étinccllent. la blanche grêle se précipite, les éclairs luisent, l'embrun blanchissant danse : fuyons I

Le tourbillon roule, le tonnerre gronde, la forêt s'agite, les cloches du monastère sonnent ; fuyons !

La terre est comme un Océan parsemé de débris et soulevé ; oiseau, bête, honnne et ver ont rampé loin de l'ouragan ; fuyons !

« Notre barque n'a qu'une voile, et le timonnier est pâle; bien hardi, je pense, serait le pilote qui nous suivrait à présent » , ciia-t-il !

Et elle cria : « Prends l'aviron ! quitte gaiement le rivage ! » Comme elle parlait, les traits d(^ la mort se mêlant avec la grêle marquèrent leur passage sur la mer.

Et de lile, de la tour et du rocher le bleu nuage, semblable à un phare, se fendit ; et quoique muet dans l'ouragan, le rouge canon flamboya de lueurs rapides sous le vent.

(Il

« As-tu peur ? As-tu peur ! Vois-lu ? Entends-tu ? Ne fuyons-nous pas libres sur la tcrriljle mer, moi et toi ? »

Un manteau de mariniei' couvrait lainiée et lamant ; leur sang bat à lunissDU ; ils murmurent tout bas de fiers et doux accents de bonheur ;

Tandis qu'autour d'eux l'océan fouetté, connne des montagnes en mouvement, se retire, se soulève, s'engoull're, éclate et se brise en tous sens.

Dans la cour de la forteresse, près de la pâle portière, connne un chien de chasse bien battu, le fiancé est debout, (h'voré par la lumle ;

Sur le sommet de la tour d'observation, comme un esprit présageant la mort, se tient le père, tyran aux cheveux gris ; à sa voix l'orage furieux semble s'apaiser ;

Et avec des malédictions aussi sauvages que celles qui jamais s'attachèrent à un enfant, il dévoue à la tempête le meilleur, le plus digne d'amour elle dernier de son nom.

La Musique, quand meurent de douces voix, vibre encore dans la mémoire ; les parfums, quand de suaves violettes agonisent, vivent encore dans le sens qu'ils excitent. Les feuilles de rose, quand la rose est morte, sont recueillies pour le lit de la bien-aimée ; ainsi sur tes pensées, quand tu seras partie, l'amour lui-même s'assoupira.

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