‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 97 sur 138 · VERS ÉCRITS DANS LA BAIE DE LERICI · texte numérisé non relu

VERS ÉCRITS DANS LA BAIE DE LERICI

Elle m'a laissé à cette heure silencieuse où la lune a cessé de gravir le sentier azuré de l'escarpement du ciel, et où, semblable à un albatros endormi, balancée sur ses ailes de lumière, elle planait sur la nuit de pourpi'c, avant de regagner son nid de l'océan dans les chambres de l'ouest. Elle ma laissé; et, moi je suis resté seul, pensant toujours à chaque accent, qui, bien que silencieux pour loieille, pouvait se faire entendre du cœur enchanté, comme des notes qui meurent en naissant, mais qui hantent toujours les échos de la colline ; et sentant toujours (oh sentant trop !) les tendres vibrations de ses touches, comme si sa douce main, encore à présent, treuiblait légèrenuMit sur mon Iront. Et ainsi, quoiqu'elle fût abs<'nle, la mémoire me donna d'elle tout ce que l'imagination même ose réclamer. Sa présence avait aiïaibli et apaisé toutes les passions, el je vivais solitaire dans le temps qui est vraiment à nous ; le passé et lavcnir elaient oublié's, comme s'ils n'avaient jamais rU'\ ou ne devaieul jamais êli'e. Mais l)ientôt, lange gardien |>arli, le (li'uioii reprit son li'ùne dans mou ('(pur épuisé, .le jiOse dire mes pensées; mais ah)rs, troublé et faible, je m'assis, et je vis les vaisseaux glisser sui' le l)rillant et immense océan, connue des chars ailés despril envoyés sur (|uel(|ue élénu'nt très serein

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poui' délranges et lointains ministères, comme s'ils faisaient voile vers quelque étoile élyséenne à la recherche d'un breuvage capable de guérir quelque douce et amère peine semblable à la mienne; et le vent qui donnait des ailes à leur fuite venait de la terre frais et léger ; et la senteur des fleurs ailées , et la fraîcheur des heures de rosée, et la douce chaleur laissée par le jour, s'éparpillèrent sur la baie scintillante ; et le pêcheur , avec sa lampe et son harpon, rampa au pied des rocs bas et humides, saisissant le poisson qui venait adorer la flamme décevante. Trop heureux ceux chez qui le plaisir poursuivi éteint tout sentiment et toute pensée du regret que laisse le plaisir, — ne détruisant que la vie et non la paix !

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