‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 98 sur 138 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

Ici sont deux amis, dont les vies furent unies; que leur mémoire le soit aussi, maintenant qu'ils ont glissé sous la tombe ; que leurs os ne soient pas séparés, car leurs deux cœurs dans la vie n'en faisaient qu'un.

FRAG3IENTS

A MARY WOLLSTONKCRAFT GODWIN

Mes yeux étaient troubles de larmes qui ne tombaient pas ; oui, je restai ferme. Alors tu ne l'étais pas. Mes regards déconcertés brûlaient, et cependant craignaient de rencontrer tes regards. Je ne pouvais savoir avec quelle anxiété ils chercbaient à rayonner d'une pitié apaisante sur les miens (1)

Etre assis, essayant de calmer la rage muette de l'ànie qui se ronge elle-même dans la solitude, maudire la vie qui est la cage du chagrin enchaîné qui n'ose pas gémir, cachant à tant d'yeux indifférents le fardeau méprisé de Tagonie.

Pendant que toi seule, toi que je ne regardais pas,

alors toi seule, tu devais être Passer

ainsi des années, pour être récompensé, comme toi, doux amour, tu me récompensas, quand il n'y avait plus personne près de moi ! Oh ! pour l'amour de ce moment je me réveillai de ma torture !

Sur mon cœur tes suaves accents de paix et de pitié tombèrent, comme la rosée sur des fleurs à moitié mortes ; tes lèvres rencontrèrent les miennes avec tremblement ; tes yeux noirs firent pénétrer dans ma cervelle leur tendre persuasion, faisant fuir sous le charme son rêve de chagrin.

(1) Fragment autobiographique. Voir uolre étude sur Shelley.

Nous ne sommes pas heureux, douce amie! notre situation est étrange, pleine de doute et de crainte ; il nous faut encore plus de ces paroles qui triomphent des maux ; loin de notre amitié sacrée la réserve ou la censure,' de peur qu'il nenous reste ni à toi ni à moi aucune consolation.

Tu es charmante et bonne et douce ; et je ne saurais vivre, si tu cessais de paraître autre chose que toimême, ou si tu détournais ton cœur de moi, ou te penchais pour prendre le masque du mépris, fiit-ce pour cacher l'amour que tu sens pour moi.

Juin 1811.

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