‹ OEuvres poétiques complètesChapitre 22 sur 58 · L\ON ET CYTH.NA · texte numérisé non relu

L\ON ET CYTH.NA

diges, je n'avais pas entendu l'histoire de leurs actions; mais les demeures d'une race dhommes plus puissants, les monuments de croyances moins cruelles racontent leur propre légende à celui qui'est sagement attentif au langage qu'ils parlent; et alors pour moi, la lumière de lune pâlissant les herbes en fleurs . les brillantes étoiles rayonnant sur la, mer sans brise, interprétèrent ces grimoires du mortel mystère.

L'hommeaétételetilpeulêtretelenrore! Oui... ilpeut y avoir des hommes plus sages, plus grands, plus nobles, que ceux mêmes qui sur les débris de ce dôme fracassé là-bas ont imprimé le sceau de leur pouvoir ! Je sentais la force du vaste courant des âges emporter mes flottantes pensées, mon cœur battre fort et vite ; et, comme un ouragan déchaîné sous le rayon de la lune silencieuse, mon espritallait toujours au-delà sous les fermes rayons de la vérité éclairant son agitation.

« Non ! il n'en sera plus ainsi ! Tro[) longtemps, trop longtemps, fils des glorieux morts, vous êtes restés enchaînés dans les ténèbres et dans la ruine ! L'Espérance est forte, la Justice et la Vérité ont trouvé leurs enfants ailés ! Réveillez-vous*! Levez-vous! Que le terrihle bruit de vos pas éparpille dans sa rafale lestrônesdes oppresseurs, et que le sol recouvre la dernière poussière dédaignée de l'autel . dont l'idole a si longtemps trahi votre confiance impie !

« Il doit en être ainsi ! J'éveillei-ai et soulèverai la mul-

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titude ef, comme un sommet sulfureux qui soudain a secoué de ses neiges l'engourdissement des âges, elle éclatera, et remplira le monde d'un feu purificateur ; cela doit être ! cela sera ! rien ne peut l'empêcher ! — El ([ui se tiendra debout au milieu de la terrible secousse, toujours inébranlable, sinon Laon dominant la terre déserte de la liberté comme une tour dont les murs de marbre résistent aux ouragans ligués ? »

Une nuit d'été, en compagnie de l'espérance ainsi profondément nourrie, je veillais, au milieu des ruines grisâtres, sous l'obscure voûte étoilée du ciel; et toujours, depuis cette heure, le fardeau de cette espérance pesa sur moi, et nuit et jour, en vision et en rêve, s'attacha à ma poitrine. Parmi les hommes, ou quand, loin d'eux, j'errais sur les plages ou les montagnes solitaires, c'était un hôte qui me suivait partout où j'allais et veillait pendant que je reposais.

Ces espérances trouvèrent des paroles à l'aide desquelles mon esprit chercha à tisser un lien de sympathie capable de répondre à la pensée qui désormais gouvernait ma vie; — et, comme les vapeurs s'étendent brillantes dans le large rayonnement du matin, ainsi ces pensées furent pénétrées de la lumière du langage : et une réponse sortit de toutes les poitrines, réponse qui porta son éclat partout où elle put, à travers les vastes et profondes ténèbres, passionner les esprits extasiés.

Oui, bien des yeux s'obscurcirent de larmes affo-

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lantes ; et souvent je crus avoir rencoulré le frère de mon propre cœur, quand je pouvais sentir le sens de l'auditeur ravi, et enteudre son haleine étouffer ses propres soupirs précipités à mesure que mes paroles les faisaient naître ; etplusd'un, je le crus follement, — sentit que nous étions tous les fils d'une seule grande mère ; et la froide réalité sembla un bien triste retour, comme si elle nous réveillait, dans le chagrin, de quelque songe délicieux.

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Oui, souvent, près du labyrinthe en ruine qui longe les cavernes blanchissantes du vert abîme, Laon et son ami, assis le soir sur un pan de mur grisâtre, pendant qu'autour de sa base rongée les vagues sauvages sifflent et sautent, entretinrent une attachante conversation ; et maintenant on peut dire avec calme que cet ami était faux ; c'est-à-dire que, comme les autres hommes, il pouvait verser des larmes qui étaient des mensonges, qu'il pouvait trahir et tendre des pièges à ce cœur sans artifice qui avait saigné pour le sien.

Alors, si une grande pensée n'eût contre-balancé mon chagrin, j'aurais cherché un sombre répit à son étreinte dans un repos sans rêve, dans un sommeil qui ne connaît pas de lendemain : car il est dur de marcher dans le désert désolé de la vie sans un sourire pour vous saluer, une voix pour vous bénir, au milieu des pièges et des railleries de l'humanité; mais je ne me trahis point, et avec un amour qui rougissait de revenir sur ses pas, je n'en cherchai pas moins à dissiper les nuages dont le tissu rendait aveugle sa sagesse.

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Mon âme entretint un commerce intime avec ces immortels esprits qui ont laissé partout où ils ont passé un sillon de lumière ; jusqu'à ce qu'enfin de cette glorieuse intimité, comme d'une mine de magique trésor, je pusse tirer des mots qui fussent des armes ; autour de mon cœur grandit l'armure de diamant de leur force, et de mon imagination des ailes d'or poussèrent. Cependant ces ailes ne portèrent pas le jeune Laon tout seul, ministre de la vérité, hors de la tour de la sagesse.

J'avais une petite sœur(l), dont les beaux yeux étaient des étoiles polaires de délices, qui m'attiraient à la maison, quand j'aurais pu m'en éloigner; et, de toutes les choses humaines qui sont sous le puissant dôme.dn ciel, aucune ne valait à mes yeux cette enfant. Aussi quand vinrent les tristes heures, et que l'espérance déçue s'attacha obstinément à moi comme la glace, quand -les parents furent froids, et les amis sans cœur et sans foi, je quittai tout pour être, Cylhna, la seule source de tes larmes et de tes sourires.

Qu'étais-tu alors ? Une créature tout à fait enfantine, et cependant s'aventurant bien au-delà de cet âge innocent, attentive à tout excepté à ses doux regards et à son divin visage. Déjà même, me semblait-il, ton jeune cœur engageait avec la rage tyrannique du monde une patiente guerre, quand ces yeux, mollement imprégnés

(1) Dans la Révolte de l'Islam à ce vers a été siilistitiK'; celui-ci : » Une ■oiplicline vivait avec mes parents... »

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dépensée à peine consciente, se remplissaient de pleurs au récit d'an conte ou à tes propres fantaisies, ou qu'une conversation passionnée illuminait leurs profondeurs de sa fugitive lumière.

Elle marchait sur cette terre comme une forme radieuse, une force qui n'empruntait à ses objets presque rien des impulsions de son être ; tout à fait semblable, dans sa légèreté, à un nuage rayonnant de rosée matinale, errant dans les vastes espaces bleus de l'air pour aller désaltérer quelque lointain désert; elle semblait, près de moi, sa beauté grandissant avec elle, comme l'ombre brillante, de quelque rêve immortel, marchant, pendant que la tempête sommeille, sur la ague du sombre courant de la vie !

Elle était pour moi, cette enfant, comme ma propre ombre, un second moi-même, bien plus cher et bien plus beau, revêtant d'un impérissable rayonnement tous ces sentiers escarpés que la tristesse et le désespoir des choses humaines avaient rendus si sombres et si nus, mais que je loulais seul ! Et jusqu'à ce que je fusse privé d'amis, accablé de solitaires soucis, je ne savais pas quelle consolation m'était réservée pour cette perte, quoique mon cœur confiant lut déchiré d'une amère blessure.

Auparavant elle m'était chère ; maintenant elle était tout ce que j'avais à aimer dans l'humaine vie... cette douce petite camarado de jeux, cette enfant de

douze ans ! C'est ainsi qu'elle devint mon unique compagne, et volontiers ses pas erraient avec les miens aux lieux où se rencontrent la terre et lOcéan, au delà des aériennes montagnes dont les vagues sans repos ne cessent de battre les vastes cavernes, à travers les immenses et antiques forêts, et les vallées gazonnées, où des rameaux d'encens pleurent sur des sources d'émeraude.

Plein d'ardeur et léger, je sentais sa main s'enlacer dans la mienne et la serrer; elle me suivait partout où j'allais, à travers les solitaires sentiers de notre immortelle terre. Celle-ci n'avait point de désert qui ne me livrât quelque souvenir capable d'enllammer mon cœur à sa tâche, quelque monument vivant pour l'esprit ; alors Cythna voulait demeurer à mon côté jusqu'à ce que les brillants rayons du jour s'éteignissent, ses regards me suppliant de rester, trop ardents et trop doux pour jamais leur rien refuser.

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Aussitôt que je le pouvais, j'écoutais ses désirs. Ainsi pour toujours, jour et nuit, nous étions tous deux unis, sans nous séparer jamais que pour les courts instants du sommeil : et, quand les pauses berçantes de l'air de midi près de la mer avaient préparé un abri à ses sens calmés, elle dormait dans mes bras ; et je veillais alors sur son sommeil, pendant qu'au gré des visions changeantes qui leffleuraient, dans son innocentrepos, elle souriait et pleurait tour à tour.

Et dans les murmures de ses rêves, on entendait quel-

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